Disparition de George A. Romero : « they're (still) coming to get you »

17.07.2017 / 17:32

Si les morts vivants de The Walking Dead (Frank Darabont) traquent une poignée de rescapés soumis à une logique clanique, si ces walkers, comme ils les surnomment, paraissent vulnérables à cause de leur errance ralentie, mais surpuissante dès lors que la masse déliquescente déclenche un phénomène entropique sans précédent, bref, si la figure du mort vivant a fait tout le succès de cette série aux innombrables saisons (elle‑même adaptée du comic de Robert Kirkman et Tony Moore), on le doit à un cinéaste visionnaire, Monsieur George Andrew Romero (4 février 1940‑16 juillet 2017).


Souvenons‑nous : dans le contexte tumultueux de 1968, le jeune réalisateur déboule du documentaire. Avec le budget modique de 100 000 dollars, il provoque un véritable séisme cinématographique : Night of the Living Dead exhume les cadavres de leurs tombes et contraint les vivants à se retrancher dans une maison de campagne isolée. Choc esthétique, joyau d’horreur artisanal, flanqué d’un sous‑texte politique et métaphysique audacieux, ce chef‑d’œuvre rompt définitivement avec le cinéma classique et dissémine les codes subversifs emblématiques du Nouvel Hollywood.


À chaque décennie, son zombie symptomatique d’une Amérique nécrosée. Dawn of the Dead (1978) rallie la masse cadavérique accro au shopping dans un mall édénique et chromé, tandis que Day of the Dead (1985) tente l’amère expérience d’une cohabitation entre scientifiques et militaires fous furieux. 

 

Zombies, vampires et autres monstres

Outre la remarquable suite de l’aventure zombifère (Land of the Dead, Diary of the Dead, Survival of the Dead réalisés entre 2005 et 2009), le père des zombies movies n’a jamais cessé de conter des histoires de vampires et sorcières coincés entre un foyer ordinaire (encore que) et leurs déviances fantasmatiques (Martin, Season of the Witch), ou de réveiller les monstres de la crypte. En 1982, Creepshow donnait lieu à une très belle collaboration avec Stephen King au scénario, réitérée en 1993 avec La part des ténèbres.

 

La question de l'homme et son animalité

Rebaptisé Incident de parcours dans l’Hexagone, le magnifique Monkey Shines (1988) réactive l’une des problématiques chères au cinéaste, à savoir la frontière trouble mais ténue entre l’Homme et son animalité. La force du film résulte du point de vue d’Ella, petit singe sapajou domestiqué par un jeune handicapé, une étrange dépendance réciproque engendrera une confusion des genres (humain vs animal ?) brillamment mise en scène. Une fois de plus, le maître de l’horreur se jouait des marquages conventionnels et laissait aux minorités brimées (dans ce cas, Ella est victime de mauvais traitements en laboratoire avant d'être malmenée par son maître) une seconde chance (thème très fordien, quand on sait que le cinéaste s’est éteint en écoutant la bande originale de L’homme tranquille) de revendiquer leur place au soleil.


Reste à le remercier pour ces peurs bleues, ces giclées écarlates, ces aubes blafardes et déceptives, lesquelles enténèbrent un horizon insulaire, finalement inatteignable. Tant d’inspiration. Reste à tenter de nous consoler également, puisque les morts n’auront jamais fini de marcher sur Terre.

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