le 17 janvier 2013 - 18h35

Joe Dante, l'enfant terrible de l'Amérique

Toute la filmographie de Joe Dante peut se résumer en une charge féroce contre la propagande médiatique. Justement, les médias lui rendent bien… Retour de cet enfant de l'horreur à la carrière finalement méconnue.

A

En vingt‑cinq ans de carrière, Joe Dante s’est illustré comme l’un des cinéastes américains les plus corrosifs, minant le système hollywoodien de l’intérieur dans chacun de ses films. Même s’il s’est essentiellement cantonné dans le cinéma de genre (fantastique, horreur et SF), Dante est assurément l’un des rares cinéastes politiques contemporains. En dépit de quelques succès majeurs (Gremlins, L’aventure intérieure, Small Soldiers, Hurlements), Dante demeure un outsider de la galaxie cinématographique. Trop subtil pour l’industrie de l’entertainment, trop Américain pour les autres, le réalisateur fut toujours un peu marginalisé.

 

Petits cinémas et productions fauchées

Tout commence en 1953, lorsque le jeune Joe Dante assiste à une projection en 3D de It Came from Outer Space (Le météore de la nuit de Jack Arnold) puis de Them ! de Gordon Douglas. « Pendant des mois, j’ai eu peur chaque fois que j’entendais un grillon dans la cour », avoue‑t‑il. Bercé de comics, de séries TV (surtout The Twilight Zone dont il réalisera un épisode en 1983) et de films de série B, Dante n’est qu’un adolescent lorsque la science‑fiction des années 50 vit son âge d’or. Toute la filmographie de Dante sera imprégnée de cette prime cinéphilie et des petits cinémas qui projetaient les productions de Roger Corman ou celles, encore plus fauchées, de William Castle. Il lui rendra d’ailleurs un vibrant hommage en 1993 avec Panique sur Florida Beach. En 2009, il reviendra même à la 3D avec le tournage de The Hole, film explorant les peurs les plus primaires des Américains.

 

La part maudite de l'Amérique

Dante est donc un pur produit de la télévision américaine, nourrissant tous ses films d’innombrables références (il fut également critique de cinéma dans Famous Monsters of Filmland), à l’instar de John Carpenter ou de John Landis. Si ses films ont toujours privilégié le divertissement, ils possèdent, pour la plupart d’entre eux, plusieurs niveaux de lecture. Dans Gremlins, son plus gros succès qu’il réalise en 1984 sous la férule de Steven Spielberg, Dante s’attaque à l’esprit paisible des petites bourgades américaines. Ces petites peluches, qui se transforment en monstres au contact de l’eau, représentent la part maudite de l’Amérique de Capra (La vie est belle par exemple, dont Gremlins offre au passage une parodie caustique). Dans The Burbs (Les banlieusards en français), il croque sur un ton burlesque l’instinct de propriété du citoyen américain, prêt à toutes les ignominies pour préserver son territoire. Dans Small Soldiers, le cinéaste nous propose le négatif de Toy Story et, via la guerre à laquelle se livrent deux armées de jouets, dénonce le culte de la violence inhérente à la culture américaine.
« J’ai fait une tentative délibérée de ressusciter certains genres et de rattacher les films que je fais aujourd’hui à ceux qui se faisaient avant, explique Dante. Je vois cela comme un tout. Si on regarde un film de genre, j’aime pouvoir faire ressortir la ressemblance avec quelque chose qui a déjà été fait, ou montrer comment telle idée correspond à l’idée que quelqu’un d’autre a pu avoir dans le passé. Ce n’est pas vraiment une croisade éducative mais mes films sont mieux appréciés par les gens qui ont vu beaucoup de films et qui ont un passé avec le cinéma » (propos tirés de Joe Dante et les Gremlins de Hollywood, Les Cahiers du Cinéma/Festival international du film de Locarno).

 

Haro sur la propagande médiatique

C’est à la New World, la compagnie de Roger Corman, que Dante fait ses débuts. D’abord réalisateur et monteur de bandes‑annonces, il passe derrière la caméra en 1976 et signe en 1978 un film d’horreur à petit budget inspiré par le succès des Dents de la mer, Piranhas. Dès Hurlements (1981), dans lequel il rend hommage aux films de loups‑garous, Dante s’impose comme une valeur sûre de la nouvelle génération des années 70. Le grand sujet des films de Joe Dante est sans conteste le pouvoir de l’image. Dans Gremlins 2, les bestioles ont pris de l’assurance et s’en prennent désormais au support filmique. Au cours de l’une des séquences les plus désopilantes du film, on voit les Gremlins interrompre le déroulement de la pellicule et envahir les chaînes de télé. Toute la filmo de Dante peut ainsi se résumer en une charge féroce contre la propagande médiatique. Son ombre planera ainsi sur toutes les années 80. 

 

Filmographie

1966-1975 : The Movie Orgy • 1976 : Hollywood Boulevard • 1978 : Piranhas • 1981 : Hurlements • 1983 : La quatrième dimension (épisode 3 : It’s a Good Life) • 1984 : Gremlins • 1985 : Explorers • 1987 : Cheeseburger Film Sandwich, l’aventure intérieure • 1989 : The Burbs • 1990 : Gremlins 2 • 1993 : Panique sur Florida Beach • 1998 : Small Soldiers • 2002 : Les Looney Tunes passent à l'action • 2005 : Vote ou crève • 2009 : The Hole

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