Interview
Kenneth Branagh - Wallander saison 2
Adaptée des romans de Henning Mankell, la saison 2 de Wallander (trois épisodes) est une version toute britannique de la série suédoise, sublimée par Kenneth Branagh (Harry Potter et la chambre des secrets, Henry V, Hamlet), actuellement en train de réaliser Thor, le blockbuster américain de l’été 2011. Le comédien se confie.


Comment avez-vous découvert Kurt Wallander, qui est d’abord un personnage de romans ?
KB : c’est un ami, fan de polars, qui m’a conseillé il y a quatre ans de lire un bouquin. Je l’ai tellement aimé que je me suis procuré tous les autres livres de la saga, que j’ai littéralement dévorés.

Pourquoi en faire une série ?
KB : je me demandais sans arrêt si l’opportunité d’en faire une adaptation en langue anglaise (la série est à la base suédoise, NDLR) ne serait pas une fantastique option. J’en ai parlé avec des producteurs, et vraiment très peu de temps après, j’étais à Ystad en train de jouer Kurt Wallander.

Avez-vous rencontré Henning Mankell, l’auteur ?
KB : oui, j’ai eu la chance de le rencontrer et il a été extrêmement clair en précisant qu’il ne souhaitait pas s’impliquer directement dans le projet. En dehors du fait que c’est un homme très occupé, il voulait nous laisser vivre notre propre expérience. Il a conclu en disant : « Merci d’aimer, maintenant, c’est à vous de jouer ».

Avez-vous d’abord pensé à adapter la série en tant que comédien, ou en tant que réalisateur ? 
KB : au début, l’idée de réaliser a été évoquée avec les producteurs. Mais rapidement, j’ai pris la mesure de la difficulté du rôle, de l’énergie et de la concentration qu’il demandait. J’ai déjà tenté de faire les deux par le passé, mais c’est tellement difficile… Je ne ferme pas définitivement la porte à cette possibilité, mais pour le moment, je préfère procéder ainsi. Finalement, je suis ravi, les deux réalisateurs ont réussi à restituer l’esprit et le style des romans. Je suis très content du résultat.

Comment décririez-vous votre personnage ?
KB : c’est un obsessionnel émotionnellement constipé (rires). Dans certaines scènes, je me suis senti très proche du personnage, particulièrement celles avec mon père de fiction, qui m’ont renvoyées à mon propre père, décédé. J’ai 50 ans et il est essentiel de bien utiliser le temps qu’il reste. Le temps file et il n’y a pas d’exception, pour personne ! C’est parfois difficile à accepter, surtout pour Wallander…

Comment avez-vous obtenu la lumière aussi splendide et atypique de la série ?
KB : nous tournons en été en Suède, et à cette période‑là, la lumière est fabuleuse. Chaque plan est comme une peinture. Pour tous ceux qui aiment la photo, ces paysages sont une invitation permanente au voyage.

Qu’est‑ce que la télévision vous apporte en tant que comédien, que le cinéma ne satisfait pas ?
KB : de la visibilité. C’est un média fantastique. Lorsque j’ai réalisé Henry V pour le cinéma, le film a été programmé pendant plusieurs mois dans la même salle. Je crois que 200 000 personnes l’ont vu. Lorsque le film est passé à la télévision sur la BBC, c’est 5 millions de personnes qui étaient devant leur poste au même moment. Je crois que c’est une chance énorme pour un comédien de pouvoir passer à la télévision.

Y aura-t-il une saison 3 ?
KB : oui, nous allons encore tourner trois histoires. Deux adaptations et un récit original.

Êtes-vous fan de séries TV ?
KB : oui, j’adore des séries comme Breaking Bad, je trouve que Cranston est extraordinaire. Avant, c’est le cinéma indépendant qui était audacieux et prenait des risques. Depuis quelques années, je pense que les auteurs de séries ont pris le relais. Dexter est un bon exemple de la liberté artistique acquise par la télévision.

Pourquoi avoir accepté de réaliser pour le cinéma un énorme film de commande à 100 millions de dollars de budget, qui est l’adaptation du comics Thor avec Anthony Hopkins, et qui semble ‑sur le papier du moins‑ ne pas du tout vous convenir ?
KB : justement. C’est parce que je n’ai jamais eu un budget aussi important et parce que je n’ai jamais travaillé avec des effets spéciaux. Je vois beaucoup de films, y compris ceux qui ont des budgets pharaoniques, et la plupart du temps, je les trouve mauvais. Il était temps que j’arrête de les critiquer et que je me confronte moi‑même à ce genre de challenge.

Est-ce facile pour vous, un acteur shakespearien, de jouer un personnage comme Wallander ?
KB : on ne joue pas un personnage comme Wallander. On est Wallander. La question a toujours été : être ou ne pas être, non ? (rires).

Par Cédric Melon • Publié le 22/03/11
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