Interview
Florent Siri - Otage
Après avoir réalisé Nid de guêpes en France et bien avant Cloclo, Florent Siri s’envolait pour Hollywood tourner Otage avec Bruce Willis, son premier film de commande. Nous l’avions alors rencontré et revécu avec lui cette drôle d’aventure, étape par étape.

Avez-vous été déçu des résultats mitigés d’Otage aux États-Unis ?
FS : là‑bas, le film a moyennement marché au cinéma pour différentes raisons, alors qu’en vidéo, ça a été un énorme carton. On en a vendu plus de 3 millions. Aujourd’hui, le marché du cinéma d’action est très orienté DVD. Les gens ne se déplacent plus en salles pour voir de la castagne. Du coup, pour un film comme Otage, les studios ne misent pas tout sur les salles. Il n’y avait pas plus de 2 000 copies en circulation. Ça se calcule maintenant dès la préproduction.

Était-ce une volonté délibérée de réaliser un film aux États‑Unis ?
FS : non, ils sont venus me chercher. Ils avaient vu Nid de guêpes au Marché International du Film à Los Angeles en novembre 2003. Le film avait été applaudi, ce qui est assez rare. Du coup, pas mal d’agents m’ont appelé pour me représenter aux USA. Il s’est passé un peu de temps, puis j’ai choisi de faire confiance à quelqu’un qui a fait circuler la copie du film dans un maximum de studios. J’ai ainsi obtenu beaucoup de rendez‑vous.

Comment avez‑vous concrétisé vos prises de contact ?
FS : en mars 2004, je suis resté une semaine à Los Angeles. J’en ai profité pour faire le tour des studios. J’ai rencontré Bruce Willis, qui était un gros fan de Nid de guêpes, mais pas libre avant deux ans compte tenu de son emploi du temps. Michael Douglas, qui voulait que l’on fasse quelque chose ensemble aussi, m’a proposé en juin un film appartenant à la Paramount. Mais le studio a annulé le rendez‑vous au dernier moment : on ne confie pas de long métrage à un metteur en scène de premier film. À partir du moment où je n’avais pas fait Nid de guêpes aux USA, ça ne comptait pas. En août, Bruce Willis m’a appelé. Il avait un projet qu’il avait fait développer et son réalisateur s’était désisté : « Si ça t’intéresse, tu fais le film. Je te donne 24 heures ».

Quand vous l’avez lu, quelle a été votre première réaction ?
FS : j’ai eu un peu peur. J’ai dit à Bruce que le scénario contenait de bonnes idées mais qu’il fallait travailler certaines choses. Son rôle n’était pas assez développé. Cette maison de banlieue ressemblait à toutes les autres, alors qu’il fallait en faire un personnage à part entière. Cette bande de jeunes faisait également très cliché. Bref, il y avait plein de problèmes. Puis j’ai dit à Bruce que je voulais jouer avec son image de héros. J’ai soufflé un grand coup et je lui ai demandé : « Quel est le studio qui produit ? ». Réponse : « Paramount ». Je lui ai aussitôt raconté mon histoire, assez circonspect. Deux semaines après, mon agent m’a appelé et m’a dit que la Paramount refusait toujours de faire le film avec moi.

Que s’est-il passé alors ?
FS : je me suis dit que c’était foutu, complètement mort. C’est là aussi que j’ai vu que Bruce Willis était un type bien. Comme il avait les droits du livre et du scénario, il a dit à la Paramount d’aller se faire foutre et il a trouvé l’argent ailleurs, juste pour m’imposer. Il m’a laissé ramener mon équipe française de Nid de guêpes, le même chef‑opérateur, le même directeur artistique, le même compositeur. Et ensuite, il a engagé le scénariste de Die Hard et Bad Boys et a fait réécrire le scénario avec mes indications. C’est comme ça que cette aventure a commencé.

Comment s’est déroulé le tournage ?
FS : avec les acteurs et les techniciens : très bien. L’équipe américaine était formidable et il y avait une vraie énergie sur le plateau.

Et la production ?
FS : là, c’est autre chose. Tu ne fais pas un film de la même manière en France qu’aux États‑Unis. Ce n’est pas seulement une histoire d’argent, mais plus de pression. Au lieu d’avoir un producteur, tu en as dix, avec tous les adjoints et sous‑adjoints. Tu dois tout justifier. Parfois, j’ai vraiment dû me battre pour imposer certains acteurs, notamment Ben Foster, le méchant dans le film. Il faut vraiment être très diplomate. Pour régler des problèmes, j’ai même joué sur le fait que j’étais Français. Quand ils voulaient m’imposer quelque chose qui ne me convenait pas, je leur disais : « OK, peut-être que finalement je ne suis pas le bon réalisateur… ». C’est le genre de propos qui les perturbe beaucoup. Les metteurs en scène là-bas se battent pour filmer, alors quand ils sont sur un tournage, ils se comportent comme des premiers de la classe. Le fait d’être Français et d’avoir un cinéma en France m’a donné une force supplémentaire.
Par Cédric Melon • Publié le 05/04/13
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