Amplificateur audio-vidéo

Taga HTA-800

Par Gwendal Lars - Publié le 10/04/18
Mustav
Prix indicatif : 569 € TTC
Note AVCesar.com
Type : ampli stéréo
Agrément THX : non
Décodage : sans
HDMI : sans
Puissance : 2 x 50 W
Dim. (L x H x P) : 142 x 430 x 380 mm
Poids : 8,1 kg
470 €
Amazon.fr
L’essentiel

Les nostalgiques du « son tube » sont nombreux, qu’il s’agisse d’amplificateurs spécifiquement dédiés aux instruments, comme la guitare, ou plus généralement d’éléments Hi‑Fi. Cependant, réaliser un amplificateur intégralement équipé de tubes et capable de délivrer une puissance confortable est coûteux. Notamment en raison de la présence des transformateurs de sortie, indispensable pour adapter le signal haute tension délivré par les tubes à la faible impédance des enceintes. C’est l’avènement des transistors de puissance qui a permis à nos équipements de salon de passer le cap des 100 W, voire beaucoup plus avec les dispositifs d’amplification numérique Class D. 

 

Reste que les tubes ont toujours leurs adeptes. L’idée est donc née de créer des amplificateurs hybrides. Ils associent un préamplificateur à tubes à des étages de puissance plus traditionnels s’articulant autour d’un push‑pull de transistors de puissance travaillant en Class AB. Ainsi le préamplificateur assure la « signature sonore tube » tandis que les étages transistorisés garantissent une puissance disponible conséquente sans faire s’envoler le prix de l’ensemble.

 

 

Une maîtrise des solutions hybrides

C’est sur ce concept que la marque polonaise Taga a conçu son intégré Harmony HTA‑800. À noter, l’entreprise dispose déjà d’une certaine notoriété dans le domaine de l’amplification hybride. Son produit « tout en un » HTR‑1000 CD avait su séduire le monde audiophile. Sur le HTA‑800, le préamplificateur met à contribution deux doubles triodes 6N3 de fabrication chinoise, soit une par canal. Il s’agit là de tubes de préamplification très classiques et assez proches de doubles triodes d’origine européenne telles que les célèbres 12AX7 ou ECC 83. Les étages de sortie, pour leur part, délivrent une puissance de 2 x 60 W sous 4 ohms. L’impact majeur de cette technologie hybride se situe au niveau de l’alimentation. En effet, les tubes requièrent une tension élevée pour fonctionner, typiquement aux alentours 200 volts continus. L’alimentation devra donc comporter une section capable de délivrer une telle tension, suffisamment filtrée et stabilisée pour éviter l’apparition de ronflement.

 

Mesure contre subjectivité : le grand débat

Par ailleurs, la signature sonore bien particulière des amplificateurs à tubes soulève quelques interrogations car, sur le papier, leurs performances paraissent être bien inférieures à celles de leurs homologues à transistors ou, mieux encore, numériques. Taga est d’ailleurs parfaitement honnête et les chiffres qu’annonce la marque pour son intégré peuvent laisser dubitatifs. Par exemple le rapport signal/bruit annoncé n’est « que » de 75 décibels. Une valeur qui correspond, si l’on se place sur un système numérique, à une quantification sous 12 bits seulement. Donc, de quoi faire sourire le possesseur d’un amplificateur de dernière génération. D’ailleurs, pour le faire passer du sourire narquois à une franche hilarité il suffit de lui annoncer le taux de distorsion du Harmony HTA‑800. Très honnêtement, ici encore, Taga l’annonce à 0,5%, ce qui peut paraître énorme puisque la plupart des amplificateurs actuels un peu évolués annoncent un taux inférieur à 0,05%, soit dix fois moindre.

 

 

 

Mesures nécessaires mais pas suffisantes…

Cependant s’il s’agit là de chiffres, certes bien réels, ils sont issus de mesures qui n’ont parfois pas grand‑chose à voir avec la manière selon laquelle nos oreilles et surtout notre cerveau perçoivent la musique. Nous sommes particulièrement sensibles à certains « défauts » et beaucoup moins à d’autres. Dans le premier cas, il est délicat de comparer directement un rapport signal/bruit à un niveau de quantification. En effet, le bruit de fond est essentiellement du « souffle », un très léger bruit rose, lié à la présence des tubes. Sur le HTA‑800, il reste même imperceptible, sauf si l’on tourne le bouton de volume au maximum en l’absence de musique. Mais notre oreille tolère beaucoup mieux ce léger bruit de fond que les fronts raides et autres ruptures de courbure du signal audio que peut engendrer une quantification insuffisante. Il en est de même en ce qui concerne la distorsion. Déjà, il faut préciser qu’un taux de distorsion inférieur à 1% est difficilement décelable dans des conditions normales d’écoute. Si les amplificateurs les plus récents présentent des taux très inférieurs, seules des conditions d’écoute très particulières justifieront de telles performances.

 

Par ailleurs, et c’est probablement là le point le plus important, les systèmes à transistors tendent à présenter des ruptures franches du signal sonore. Elles se traduisent par l’apparition d’harmoniques impaires auxquelles nos oreilles sont particulièrement sensibles. Inversement, les tubes distordent de manière « douce » sans rupture franche du signal. Leur distorsion se manifeste ainsi beaucoup plus au niveau des harmoniques paires auxquelles nos oreilles sont peu sensibles. Ainsi, sur deux amplificateurs présentant le même taux de distorsion, le son issu de celui dont la distorsion se manifeste sur les harmoniques paires semblera distordre infiniment moins que celui dont la distorsion affecte les harmoniques impaires. Comme quoi, en matière de restitution sonore, si les chiffres bruts sont intéressants, il est également bon de les pondérer en prenant en compte des notions de perception auditive ainsi qu’une certaine dose de subjectivité (comme pour jauger des qualités d’un écran, les chiffres sont nécessaires mais loin d’être suffisants, nous le répétons d’ailleurs à longueur de nos bancs d’essai). Ce débat n’est pas nouveau. Il oppose depuis des décennies les « audiophiles », qui mettent dans leurs écoutes une dose de subjectivité parfois excessive, aux inconditionnels de nouvelles technologies à la démarche qui peut être « scientiste » attachant souvent, pour leur part trop, d’importance aux chiffres bruts et aux mesures. Comme dans bien des domaines, la vérité se trouve probablement entre ces deux comportements.

 

 

Des convertisseurs 192 kHz/24 bits

Précisons que si le HTA‑800 fait appel à des tubes pour son préamplificateur, il ne renie pas pour autant les technologies numériques les plus récentes. Ainsi, il se dote de convertisseurs capables de travailler en 192 kHz/24 bits compatibles avec les flux Hi‑Res Audio. Le seul petit regret que nous exprimerons à ce sujet concerne l’USB. En effet cet hybride ne compte aucun port USB lui offrant, par exemple, une connexion directe vers un ordinateur ou même un support nomade. C’est donc uniquement depuis ses entrées numériques, une optique et une coaxiale, qu’il pourra accéder aux flux audio haute résolution. Pour les autres sources, la connectique est plutôt riche et de belle qualité. Trois entrées analogiques au niveau ligne sont présentes : CD, Line, et Aux. Une entrée Phono est également de mise pour le raccordement d’une platine vinyle. Une sortie Pre‑Out propose de piloter un bloc de puissance externe ou pourra être utilisée pour associer un enregistreur analogique. Enfin, les bornes de raccordement des enceintes sont très largement dimensionnées et acceptent tant les câbles de forte section que les fiches banane. Ici encore, seul petit regret, la présence d’une unique paire de bornes. Il est donc impossible de piloter deux groupes d’enceintes et de disposer d’un sélecteur A/B pour les sélectionner sans devoir modifier le câblage de l’installation.

 

Concurrence

Vincent audio, spécialiste des solutions audiophiles, dispose de trois amplificateurs hybrides dans sa gamme. Tous s’articulent autour d’un préamplificateur basé sur deux tubes 6N1 et un tube 12AX7. De même, tous deux disposent de convertisseur Burr-Brown 192 kHz/24 bits. Le premier modèle, le SV‑500 dispose d’étages de sortie transistorisés lui conférant une puissance de sortie de 2 x 80 W sous 4 ohms. Il est proposé à 999 euros. Son grand frère, le SV‑237, est nettement plus musclé. Il délivre 2 x 250 W sous 4 ohms. Une augmentation de puissance qui entraîne un inévitable accroissement de son prix, mais que Vincent a réussi à maintenir à un niveau « raisonnable » : 1 990 euros. Enfin, le SV‑700 utilise des étages de puissance travaillant en Class A. Il délivre une puissance de 2 x 60 W sous 4 ohms. Il est proposé à 3 590 euros.

 

Le Magnat RV4, successeur du RV3, associe à son préamplificateur à tubes E88CC des étages de puissance basés sur des transistors d’origine Sanken, réputés pour leur bonne tenue en courant. S’il délivre une puissance efficace de 150 W par canal, elle peut atteindre jusqu’à 500 W en crête pour restituer les pics de dynamique les plus affirmés. Il est proposé au prix de 2 999 euros.

 

Marque incontournable des électroniques de haut niveau, McIntosh dispose dans sa gamme du MA‑252. Un amplificateur hybride qui fait appel à quatre tubes, 2 x 12AX7a et 2 x 12AT7 pour sa section préamplificatrice. Les étages de puissance basés sur des transistors conventionnels lui confèrent une puissance de 2 x 160 W sous 4 ohms. La marque américaine le commercialise au prix de 4 990 euros.

 

Enfin, pour les passionnés les plus exigeants, le bloc de puissance Pathos InPower associe un premier étage à tubes pour piloter directement des étages de puissance transistorisés travaillant en pure Class A. Précisons qu’il s’agit d’un bloc monophonique. Il délivre une puissance de 80 W sous 8 ohms. Vendu 5 290 €, il faudra en jumeler deux pour une installation stéréophonique. Un budget de plus de 10 500 € auquel il faudra ajouter un Dac ou un préamplificateur de niveau équivalent pour une installation cohérente…

Fiche technique
Type : amplificateur stéréo
Agrément THX : non
Décodage : sans
Puissance : 2 x 50 W
Préampli : 2.0
Entrées : entrées audio et vidéo (3 audio), sans entrée multicanale, phono (MC et MM), entrées numériques (1 optique et 1 coaxiale)
Prises de façade : 1 sortie casque
Consommation : 200 W (<1 W en veille)
Finition : noire
Dim. (L x H x P) : 142 x 430 x 380 mm
Poids : 8,1 kg
ph image
Verdict technique

À la sortie de son carton, le Taga HTA‑800 peut surprendre par son design, avouons‑le, assez austère. Ici, on ne fait pas dans la fioriture, tout est dans l’efficace et l’utile. On retrouve le même ressenti au niveau de la télécommande.

 

 

Rodage obligatoire

Un choix qui offre a cet amplificateur un petit côté vintage, d’autant plus qu’en façade une large ouverture laisse apercevoir les tubes et leur rougeoiement (cf. photo ci‑dessous). À ce propos, l’amplificateur dispose d’une temporisation au démarrage un peu plus longue que celle habituellement constatée sur ce type d’équipement. Elle correspond au temps de montée en température de la cathode des tubes. Précisons qu’elle n’est pas non plus très pénalisante puisque cette phase de montée en température ne requiert qu’une dizaine de secondes. En revanche, probablement toujours en raison de la présence des tubes, le Taga HTA‑800 nécessite une phase de rodage avant de pouvoir s’exprimer pleinement. Il nous semble qu’une cinquantaine d’heures sous tension et en diffusant de la musique à bas niveau soit nécessaire pour qu’il atteigne totalement ses capacités de restitution.

 

 

Une « musicalité » séduisante

À l’issue de cette phase de rodage vient enfin l’instant des écoutes. Ici il est difficile de parler de la personnalité du HTA‑800 en termes conventionnels. En effet, si la signature des tubes est bien présente, il reste délicat de la qualifier. Nous sommes en plein dans le domaine du subjectif et elle enchantera certains tandis qu’elle en laissera d’autres, au mieux, sur leur faim, au pire, de marbre. Bien entendu il y a du grave, il y a de l’aigu, il y a de la dynamique, mais il y a aussi quelque chose de plus qu’il est impossible de décrire sans argumentaire subjectif. Pour notre part nous dirons que la restitution est assez « soyeuse », c’est‑à‑dire qu’elle présente un médium clair et précis surmonté d’un aigu, certes présent, mais doté d’une grande douceur.

 

En somme une restitution assez subtile même si, du moins aux dires des chiffres avancés par Taga, le HTA‑800 ne devrait pas être en mesure de pouvoir exploiter les moindres subtilités des fichiers Hi‑Res Audio, par exemple. Néanmoins, si le fait qu’il possède un convertisseur 192 kHz/24 bits présente au moins l’intérêt que le HTA‑800 soit compatible avec de tels flux, lors des écoutes la différence reste perceptible, comme quoi… La finesse de restitution n’est probablement pas (en fait, on en est sûr !) qu’une question de réponse en fréquence ou de rapport signal/bruit. Un comportement que les audiophiles associent au terme de « musicalité ». Alors, bien sûr, les qualités du Taga HTA‑800 décrites ici marquent aussi ses limites. Ce dernier s’avère moins à son aise sur les musiques modernes que sur des morceaux classiques ou de l’opéra. Les voix profitent en effet d’un superbe rendu.

 

 

Conclusion…

Pour revenir la musicalité du Taga HTA‑800, il s’agit, reconnaissons‑le, d’un concept assez flou mais qui à l’avantage de bien exprimer le côté subjectif qui fait qu’un tel comportement est apprécié d’un auditeur tandis qu’il ne convaincra pas un autre. En somme, les chiffres qu’annonce Taga au sujet de son amplificateur n’ont qu’un intérêt limité puisque son « pouvoir de séduction » ne se base pas sur des valeurs brutes mais sur un comportement. C’est donc un équipement à écouter avant tout. Les oreilles seront les seules juges. Nous, on a largement apprécié !

+ Les points forts
»  
Rapport qualité/prix
»  
« Signature sonore » séduisante
»  
Belle dynamique
»  
Beaucoup de douceur et de feutré
»  
Excellent comportement sur les voix
»  
Connectique de qualité
- Les points faibles
»  
Design austère
»  
Pas de port USB
»  
Pas de double sortie enceinte (A/B)
ACTUALITÉS POPULAIRES
TESTS MATÉRIEL POPULAIRES