Interview
Jada Pinkett Smith - Matrix Revolutions
On se souvient d’elle le corps maculé de sang, hurlant devant une foule de spectateurs en délire dans une salle de cinéma. C’était la séquence d’ouverture de Scream 2 dans laquelle Jada Pinkett Smith faisait une apparition tonitruante. Auparavant, Madame Will Smith s'était faite remarquer dans Menace II Society et Le professeur Foldingue où elle donnait la réplique à Eddie Murphy. Depuis notre interview lors de la sortie du film en DVD, elle est apparue aux côtés de Tom Cruise dans Collateral de Michael Mann.

Il y a eu un nombre considérable de textes et d’analyses sur Matrix. Quelle est votre propre interprétation ?
JPS : je crois qu’il n’y a pas une réponse unique à cette question, de la même façon qu’il n’y a pas une seule interprétation de la trilogie. Matrix comporte tellement d’aspects différents… Mais je crois que celui qui m’a le plus touché est l’opposition que le film propose entre le Bien et le Mal. Quand je me suis engagé dans le projet, je me suis rendu compte qu’il était nécessaire que le Bien et le Mal existent, comme une sorte de balance indispensable à notre équilibre. Sans le Mal, vous ne savez même pas ce qu’est le Bien, et par conséquent vous ne pouvez pas l’apprécier. Pour que le Bien soit reconnu et ait un sens, il faut que le Mal existe. C’est une des leçons que j’ai apprise en faisant le film.

Qu’avez-vous personnellement appris de votre personnage ?
JPS : Niobe ne croit en rien. Elle est très froide et distante. Or, je crois qu’il est très important d’avoir la foi en quelque chose. Et peu importe qu’il s’agisse d’une chose, d’une personne ou d’une idée. C’est un élément indispensable pour comprendre votre propre humanité. Je crois qu’à la fin de Matrix Revolutions, lorsque Zion est sauvée, Niobe comprend enfin cela.

Que pensez-vous du style des frères Wachowski ?
JP : leur style est formidable. Ils ont été capables de révolutionner en même temps les effets spéciaux et les séquences de combats. Mais ce qui m’a le plus frappé, c’est leur capacité à faire une saga à la fois divertissante et intelligente. Ce sont des films dont le contenu est dense, qui vous fait réfléchir. J’appelle cela de « l’edutainment ».

Les frères Wachowski vous ont-ils donné des films à voir ou des livres à lire pour préparer votre rôle ?
JPS : non, ils l’ont surtout fait avec le trio Keanu Reeve, Lawrence Fishburne et Carrie-Anne Moss. Mais de mon côté, j’ai lu un peu Nietzsche, des romans de Joseph Campbell et la Bible.

Avez-vous tourné des séquences qui ne sont pas dans les versions finales de Relaoded et Revolutions ?
JP : oui. Ces scènes ont été intégrées dans le jeu vidéo, Enter the Matrix.

Vous participez à de nombreuses séquences d’action dans le film. Quel type d’entraînement avez-vous suivi ?
JPS : j’ai pris près de 6 kg de muscles ! J’ai fait de la gym et six heures de dojo tous les jours. Mais vous savez, je n’ai pas trouvé les séquences que j’avais à tourner dans Revolutions très difficiles sur le plan physique…

Avant Matrix, étiez-vous intéressée par les films de science-fiction ?
JPS : j’ai toujours aimé les films de SF sans jamais en faire un seul. J’avais même auditionné pour le rôle de Trinity, mais cela n’a pas marché. J’ai alors eu l’opportunité de jouer Niobe… Jusque-là, j’ai plutôt fait mes preuves dans des films d’horreur comme Demon King ou Scream 2. J’aime ça, avoir peur au cinéma ! On m’a aussi proposé de tourner la suite d’Alien, mais j’ai préféré faire Collateral de Michael Mann où je joue le rôle d’une avocate. C’est le cinéaste aujourd’hui qui me fascine le plus. Si je pouvais, je ferais tous mes films avec lui !

Dans Ali, vous avez joué avec votre mari, envisagez-vous de retourner avec lui dans le futur ?
JPS : nous étudions avec Will l’intérêt pour le public de nous voir réunis dans un film, alors qu’il peut nous voir gratuitement ensemble dans des journaux ou à la télévision (rires) ! Nous y réfléchissons, mais nous voulons éviter de jouer ensemble dans des romances niaises.

Matrix a été un phénomène sans précédent. À quoi est due, selon vous, la raison de cet engouement ?
JPS : c’est que chacun peut trouver dans Matrix quelque chose qui lui parle. Ce n’est pas un film propre à une nationalité, à un type de religion ou de croyance particulière. C’est un concept universel, et ce qui est universel, c’est la recherche d’un esprit. Aristote disait à peu près que l’art est ce qui vous met en contact avec Dieu. Et peu importe qu’il s’agisse du Christ, d’Allah ou de Boudhah.
Par Jean-Baptiste Thoret • Publié le 11/03/09
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