Interview
Tim Burton - Charlie et la chocolaterie
Nous avions rencontré Tim Burton à Paris lors de la conférence de presse donnée en l'honneur de la sortie de son film en DVD. Dans la cohue générale, nous avions pu lui poser quelques questions…

Quelle est votre proximité avec l'écrivain Roald Dahl, l'auteur du roman qui a inspiré votre film ?
TB : bien que nous ne nous soyons jamais rencontrés, c'est quelqu'un pour qui j'ai une grande admiration. Je pense que nous avons la même sensibilité. Lorsque nous étions en train de construire la demeure des Bucket (la famille de Charlie, NDLR), nous sommes allés dans la maison où il avait l'habitude de travailler, et j'ai retrouvé dans ses schémas et ses veilles malles la même ambiance de travail que chez moi.

Mais pourquoi ce livre-là plutôt qu'un autre ?
TB : la force de Roald Dahl, c'est de réussir à stimuler votre imagination bien au-delà de l'histoire qu'il raconte. Si j'ai choisi ce livre en particulier, c'est parce que c'est le premier de son auteur à être tombé entre mes mains. Et j'ai toujours en mémoire cette impression très forte qu’il m’a laissé. Depuis 1971, plusieurs scripts ont circulé, mais je ne me suis servi d'aucun pour mon adaptation. Je voulais avant tout restituer l'esprit du livre. C'est un récit plein d'amour, d'émotions et d'aventures. Il est carrément intemporel. Quel que soit l'âge auquel vous le lisez, vous en retirez quelque chose.

Une nouvelle occasion pour vous de retrouver Johnny Depp…
TB : qu'est-ce que vous voulez… Il est juste brillant. Comment ne pas l'aimer ?

La rumeur veut que le comédien se soit inspiré de Marylin Manson pour camper son personnage…
TB : je ne sais pas d'où est partie cette rumeur, c'est comme toutes ces choses qu'on peut glaner sur le Net, qui viennent de derrière une fenêtre dans le fin fond de l'Idaho… Son personnage n'a été inspiré par personne en particulier. C'est le fruit d'un travail commun. Avec Johnny, nous essayons tous simplement de trouver le juste milieu entre nos deux opinions. Lorsque nous nous sommes mariés lui et moi (rires), nous sommes devenus amis, et cette amitié se nourrit chaque jour un peu plus de nos expériences. C'est très amusant de travailler avec lui, c'est quelqu'un qui adore se transformer et nous essayons de garder intactes cette fraîcheur et cette énergie.

Comment s'est passé le casting des enfants ?
TB : il est toujours plus difficile de choisir des enfants que des adultes, même si nous avons eu beaucoup de chance en rencontrant Freddie Highmore notamment. Les rôles en apparence les plus simples sont en fait les plus difficiles à interpréter. Freddie a un don inné pour la comédie. Ce que je lui demandais était très difficile, et il s'en est très bien sorti. À l'instant où il est entré dans la pièce, j'ai su que c'était lui. Je n'avais pas vu Neverland, mais heureusement, car cela aurait peut-être altéré ma vision et mon émotion.

Après le casting, le travail sur les décors comestibles semble avoir été un autre challenge…
TB : c'est certain ! Ce que j'aime beaucoup dans le livre, c'est la capacité qu'ont les personnages à nous donner envie de manger. Le casting était donc une des étapes les plus importantes du processus de réalisation. Pour Charlie en particulier, il ne suffisait pas de trouver le bon comédien. Il devait paraître mal nourri, au même titre que les grands-parents devaient sembler vraiment vieux. Même chose pour les décors qui entourent les personnages. Pour construire le plateau, nous avons passé plusieurs mois à tester la bonne consistance pour que la cascade ressemble vraiment à du chocolat, et non pas à de l'eau marron ! Et nous avons eu la même exigence pour chaque détail que vous voyez à l'écran. Même si c'était usant et que ça sentait très fort sur le plateau, ça en valait la peine. La beauté visuelle stimule la narration, surtout lorsqu'il s'agit d'enfants pour qui c'est la première expérience cinématographique. Vous n'obtiendrez jamais la même chose en bossant avec eux dans une pièce bleue pendant six mois. En plus, c’était la première fois de ma vie que je travaillais dans des décors comestibles. Quand on entrait sur le plateau, cela rendait la fantaisie beaucoup plus réelle et sympa aussi pour les visiteurs !
Par Cédric Melon • Publié le 05/06/09
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