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Sennheiser Orpheus HE1

Par Gwendal Lars - Publié le 29/04/16
Mustav
Prix indicatif : 49 999 € TTC
Note AVCesar.com
Type : casque audiophile

Sennheiser HE1060 :
casque électrostatique
Transducteurs  : membranes de 2,4 micromètres d’épaisseur revêtues de platine déposé en phase vapeur
Réponse en fréquence : 8 Hz à plus de 100 kHz
Distorsion harmonique totale : < 0,01% à 1 kHz et 100 dB SPL de pression acoustique

Sennheiser HEV1060 :
amplificateur/Dac
Étages de sortie : 2 x 4 double triode SE 803S (évolution de l’ECC83)
Réglage de volume : par puces Muses symétriques
Convertisseur : puce ESS Sabre ES9018 à huit Dac internes
Flux gérés : PCM et DSD haute résolution
Entrées : SPDIF, USB, analogique symétrique, analogique asymétrique
Sorties : analogique symétrique, analogique asymétrique, second casque
L’essentiel
Avec l’arrivée du nouvel Orpheus, sa première version remontant déjà à près de 25 ans, Sennheiser n’hésite pas à déclarer qu’il dispose du meilleur casque au monde. Nous pourrions ajouter qu’il s’agit probablement aussi du casque le plus cher au monde. Avec un prix annoncé aux alentours de 50 000 €, il n’est pas à la portée de toutes les bourses. Pourtant la marque a prévu d’en vendre environ 250 exemplaires dans le monde sur l’année 2016. Si Sennheiser est réputé pour la qualité de ses produits, jusqu’ici le constructeur allemand ne s’était jamais laissé aller à de telles… extrémités. En fait, l’Orpheus constitue essentiellement une vitrine technologique et une démonstration « grandeur réelle » du savoir‑faire de la marque. Sennheiser a donc donné carte blanche à ses ingénieurs pour qu’ils conçoivent le meilleur casque au monde, à l’exclusion de toute autre contrainte, y compris budgétaire.

Ils se sont donc orientés vers un casque doté de transducteurs électrostatiques. Dans leur immense majorité les casques se basent sur des transducteurs électrodynamiques. Leur principe de fonctionnement est identique à celui de tout haut‑parleur. Ils se résument à une bobine mobile, baignée dans le champ magnétique d’un aimant, solidaire d’une membrane. Le passage du courant dans la bobine induit, par interaction magnétique, des vibrations qu’elle transmet à la membrane. Le principe de fonctionnement d’un transducteur électrostatique est en revanche fondamentalement différent. Ici, ce ne sont plus des interactions magnétiques qui induisent les déplacements de la membrane, mais des forces électriques s’appliquant directement sur l’ensemble de sa surface. Pour cela, une membrane plane très mince et conductrice de l’électricité est placée entre deux électrodes grillagées alimentées par une haute tension. Ainsi la membrane « baigne » dans un champ électrique constant. En lui appliquant la modulation, sous forme d’un signal également haute tension, elle se trouve attirée ou repoussée par effet électrostatique, exactement comme lorsque l’on attire des petits bouts de papier avec une règle en plastique frottée.

Les avantages de ce procédé, du moins sur le papier, sont multiples. En premier lieu l’équipage mobile du transducteur, c’est‑à‑dire ses pièces en mouvement, se résume à la membrane elle‑même. Un point qui permet de lui offrir une très faible masse et donc de grimper très haut en fréquence. Deuxième atout, la force que crée l’attraction, ou la répulsion, s’applique uniformément sur l’ensemble de la surface de la membrane. Cette spécificité élimine l’apparition d’ondulations de surface de la membrane, un phénomène inévitable sur les dispositifs électrodynamiques puisque les forces n’apparaissent qu’au niveau de la bobine mobile et donc de manière ponctuelle. Certes, les constructeurs réussissent à minimiser fortement le phénomène en utilisant des matériaux associant une très forte rigidité à une faible masse, mais il reste présent notamment aux fréquences les plus élevées. Or les ondulations de surface sont à l’origine de l’apparition de distorsion. Enfin, la très faible masse de l’équipage mobile d’un transducteur électrostatique lui offre un excellent comportement en mode impulsionnel et vis‑à‑vis des transitoires. Ici encore, la restitution du message sonore sera donc plus fidèle.

Malheureusement, si cette présentation du transducteur électrostatique peut paraître idyllique, sa mise en œuvre est moins simple. Ce qui explique que cette technologie n’ait pas envahi le marché du casque, loin s’en faut. En premier lieu, pour en tirer pleinement avantage, il faut réaliser une membrane conductrice ultralégère donc extrêmement fine. Pour cela, Sennheiser a réussi à concevoir une membrane en polymère de seulement 2,4 micromètres d’épaisseur revêtue de platine vaporisé sous vide. Ce en quoi, aux dires de Sennheiser, il aurait été possible de réaliser une membrane encore plus fine, mais elle n’aurait pas apporté de gain qualitatif sensible, cette épaisseur constituant le compromis le mieux adapté à une montée en fréquence très élevée associée à une résistance mécanique suffisante pour restituer les dynamiques les plus extrêmes. Inversement, les électrodes qui encadrent la membrane doivent être aussi rigides que possible pour éviter qu’elles entrent en vibration et créent des résonances indésirables qui risqueraient de colorer la restitution. Sur l’Orpheus, ces grilles ont été réalisées en céramique recouverte d’or. Enfin, pour assurer la restitution du son il faut, d’une part, générer des tensions élevées de « polarisation » du transducteur et, d’autre part, maîtriser la modulation de hautes tensions pour les appliquer à la membrane. Une particularité qui implique que les casques dotés de transducteurs électrostatiques soient associés à des amplificateurs spécifiquement conçus pour leur usage.

Sennheiser a donc dû développer un amplificateur dédié à la gestion de son nouvel Orpheus. Particularité immédiatement visible : la marque a opté pour des étages de sortie dotés de tubes et sans transformateur de sortie. Pour que ces étages de sortie délivrent un courant suffisamment important pour piloter le casque, ce ne sont pas moins de quatre doubles triodes, des SE803S, travaillant conjointement qui équipent chaque canal. Ce choix pose d’ailleurs un problème à Sennheiser. En effet, tout tube électronique est sensible aux vibrations. On parle de l’effet « micro ». Il faut donc les isoler de toute vibration parasite pour éviter qu’elles viennent entacher la pureté de la restitution. Pour cela le bâtit de l’amplificateur est réalisé dans un bloc massif de marbre de Carrare taillé à la main. Sa masse importante constitue déjà un excellent amortisseur antivibration. Pour compléter cette isolation mécanique, chaque tube est protégé par un tube en quartz.

Cependant, si l’usage des tubes peut sembler provenir d’un autre âge, l’amplificateur n’en est pas moins ouvert aux dernières technologies. Pour les sources les plus conventionnelles, il se dote d’entrées analogiques asymétriques, sur RCA, et asymétriques, sur XLR. En revanche, plus surprenant sur ce type d’équipement, une entrée optique, une coaxiale et un port USB sont présents. Ils permettent à l’Orpheus de traiter directement des flux numériques Hi‑Res Audio. Leur conversion est confiée à un Dac ESS Sabre ES9018. Ses huit convertisseurs internes assurent la conversion des données audio PCM en résolution 32 bits, avec une fréquence d’échantillonnage pouvant atteindre 384 kilohertz. De même, il accepte les flux DSD à 2,8 MHz et 5,6 MHz et, dans les deux cas, les convertit en signaux analogiques symétriques. Enfin, chaque canal stéréo exploite quatre DAC connectés en parallèle pour optimiser la réduction du bruit. Cette configuration garantit une reproduction de l’ensemble du spectre de fréquence des sources audio les plus fines sans distorsion.
Concurrence
Le Sennheiser Orpheus HE‑90 présenté en 1991 est le seul véritable concurrent. Il coûtait environ 15 000 $, soit environ 13 500 € pour des performances « moindres » même si elles étaient exceptionnelles pour l’époque. Sa réponse en fréquence ne s’étendait « que » de 25 Hz à 75 kHz, son rendement était moindre et il ne permettait pas d’atteindre une pression acoustique aussi élevée. Il s’agissait déjà d’un maillon d’exception que la marque a produit à 300 exemplaires.

Koss, pour sa part propose le ESP 950. Assez peu connu il est proposé aux alentours de 950 euros. Un prix beaucoup plus raisonnable pour des performances qui restent pourtant très honorables avec une réponse en fréquence s’étendant de 8 Hz à 35 kilohertz.

Stax, pour sa part, propose le SR‑007 Mk2 commercialisé pour la modique somme de 3 500 euros. Lui aussi dispose de performances intéressantes avec une réponse en fréquence qui démarre à 6 Hz pour atteindre les 41 kilohertz. Pour l’utiliser il faudra néanmoins lui associer un boîtier de pilotage spécifique vendu 3 300 euros.

On peut aussi citer Pioneer avec le SE‑Master 1, proposé à 2 490 euros. Concentré de savoir‑faire en provenance de toutes les divisions du constructeur japonais (car audio, section professionnelle avec TAD…), il s'agit d'une véritable œuvre d'art fabriquée entièrement à la main, avec une réponse en fréquence annoncée qui démarre à 5 Hz pour atteindre 85 kilohertz.
Verdict technique
La prise en main de l’Orpheus impressionne par la qualité des éléments qui le composent et le soin que Sennheiser a apporté tant à sa conception qu’à sa fabrication. La recherche d’excellence est immédiatement tangible. Autre point qui tend à surprendre : ses mensurations impressionnantes, elles laissent craindre un casque inconfortable lors d’écoutes prolongées. En fait, dès le casque en place, les doutes se dissipent. Le confort de ses coussinets ainsi que celui de son arceau font immédiatement oublier son poids. Dès les premiers instants de nos séances, nous sommes allés de surprise en surprise.

La première concerne la réponse en fréquence. Elle semble illimitée. L’Orpheus descend dans le grave le plus profond avec une aisance déroutante. Dans certains cas les plus extrêmes, c’est même une sensation de pression, plus que d’audition, qu’il est capable de restituer. C’est avec la même efficacité qu’il est également capable de traiter l’autre extrémité du spectre. Ici encore, difficile d’évaluer pleinement la performance du casque dans l’aigu et si Sennheiser annonce fièrement que la réponse en fréquence dépasse les 100 kHz, nous ne mettrons pas leur parole en doute (notre appareil de mesure pour les casques ne va pas jusque‑là…). L’aigu bénéficie en effet d’une précision, d’un détail et d’une finesse que nous n’avions jamais rencontrée jusqu’ici. Au fil des écoutes, ces performances, après avoir surpris, se transforment en sensation de naturel, de transparence et de limpidité. La scène sonore prend réellement vie. La dynamique se traduit aussi par la découverte d’une multitude des détails d’une redoutable précision.

L’Orpheus nous a même permis de découvrir au sein de nos disques tests, que nous connaissons pourtant sur le bout des doigts, des détails, des sons, des micro‑informations que nous n’avions pas décelés jusqu’ici, même sur des équipements de très haute qualité. Croyez‑nous, c'est une sensation très étrange, mâtinée d'un bonheur indéfectible, que de redécouvrir certains morceaux de musique qui nous accompagnent depuis des décennies. Résultat, nous avons passé de longues heures plongés dans nos CDthèques et bibliothèques Hi‑Res Audio, allant même jusqu'à demander à la marque de nous laisser la bête quelques jours de plus pour en profiter au maximum. Ce fut une expérience totalement jubilatoire… En revanche, le retour à nos casques de tous les jours, pourtant des modèles de haute volée, fut moins agréable. Preuve est faite que le Sennheiser Orpheus est véritablement un matériel d'exception dont le tarif devient anecdotique. Encore une fois le dicton « Lorsqu'on aime, on ne compte pas » se vérifie ! Ou presque, car très peu d'entre nous aurons la chance de profiter à demeure d'un tel produit.

Faute de réels éléments de comparaisons nous n’irons peut‑être pas jusqu’à dire que l’Orpheus est le meilleur casque du monde, quoi que… Il reste certain que Sennheiser nous a offert l'une de nos plus belles séances d'écoute. Quand la technologie est vecteur d'émotions…
+ Les points forts
»  
Subtilité de l’écoute
»  
Richesse des détails
»  
Dynamique
»  
Ampleur de la réponse en fréquence
»  
Respect des timbres
»  
Gestion des flux Hi‑Res Audio
- Les points faibles
»  
Prix pharaonique
»  
Indissociable de l’amplificateur
»  
Encombrement et poids de l’amplificateur
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