Cinécult’
Vietnam : trauma-reality

Il y a une quinzaine d’années, un critique, Gilbert Adair, déclara que tous les films américains réalisés entre 1965 et 1975 reflétaient, d’une façon ou d’une autre, ce qui s’était passé au Vietnam. Un autre critique, Robin Wood, écrivit un jour qu’il existait deux clés essentielles pour comprendre le cinéma américain des années 70 (hors assassinat de JFK) : le film d’horreur et l’imprégnation dans la conscience collective de la guerre du Vietnam.

Aujourd’hui, on pourrait même dire que l’un et l’autre ne sont pas deux événements distincts mais au contraire parfaitement liés. Car au‑delà des films traitant explicitement du conflit, toute la production américaine de l’époque fut sensibilisée par les massacres. Même après la fin des combats en 1975, le Vietnam continua d’infuser les esprits, au point d’apparaître comme un choc traumatique fondateur, expérience de la défaite oblige…


Trauma
Rappelons que le conflit vietnamien et son durcissement à partir de 1968 interviennent après une série de drames et scandales qui ébranlent l’Amérique. De l’assassinat de Kennedy en 1963 à ceux de Martin Luther King, Malcom X et Bobby Kennedy, sans oublier une crise économique, morale et sociale sans précédent, cette foutue guerre est vécue comme le conflit de trop. Et ce qui devait être une lutte éclair tourne au fiasco. En 1968, l’offensive du Têt vient d’avoir lieu (attaque surprise des troupes nord-vietnamiennes contre l’Ambassade américaine à Saigon) et l’opinion américaine, jusqu’alors aveugle, se retourne et découvre ses boys enlisés dans la boue. La fin est connue : au printemps 1975, l’armée américaine quitte définitivement le territoire vietnamien.

Le cinéma part en guerre
Ne pouvant faire l’économie des horreurs que diffusait quotidiennement la télévision en provenance du Vietnam, la machine du cinéma se met alors en route, tant dans les films traitant directement du sujet que dans le reste de la production. Romero déclara notamment que La nuit des morts vivants n’était rien d’autre qu’un film gore sur les horreurs de la guerre du Vietnam. Parmi tous les films produits, deux genres voient le jour : les brûlots patriotiques qui tentaient de gagner sur les écrans ce qui se perdait là-bas (Les bérets verts, en 1968, avec John Wayne), ou au contraire des films critiques à l’égard de la stratégie et de la politique américaines. Ceux-ci furent bien sûr les plus nombreux et prirent d’assaut les salles obscures après le conflit : on se souvient d’Apocalypse Now montrant la folie de la guerre et de ces gradés GI prenant les lisières vietnamiennes pour des champs de tir (voir la célèbre séquence des hélicoptères), mais aussi Voyage au bout de l’enfer, le chef-d’œuvre du genre où Cimino se fixa sur les conséquences du conflit (réduit à une séquence de torture insoutenable), L’enfer est pour les héros d’Aldrich ou encore le film de De Palma, Outrages.

Dans le pas des soldats
D’innombrables autres longs métrages prirent la guerre comme toile de fond en suivant les soldats rentrer chez eux après la bataille, ou bien en les regardant partir, transis de peur. On pense à Retour d’Hal Hashby, Né un 4 juillet d’Oliver Stone, Hair de Milos Forman, Taxi Driver avec Robert De Niro, L’échelle de Jacob avec Tim Robbins ou encore Rambo de Ted Kotcheff avec Sylvester Stallone.

Souvenir tenace
Après une période d’accalmie au début des années 80, le sujet revient en force grâce à Platoon (1986), premier volet d’une trilogie qu’Oliver Stone, ancien du Vietnam, consacra à la guerre. Traumatisme absolu pour le peuple américain, la guerre du Vietnam constitua paradoxalement l’une des sources d’inspiration les plus importantes du cinéma américain. On pourrait encore en citer bien d'autres, de Full Metal Jacket de Stanley Kubrick à Hamburger Hill de John Irvin ou encore Entre ciel et terre d’Oliver Stone.

Carole Lépinay - Publié le 12/07/11






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