A Knight of the Seven Kingdoms
Ces dernières décennies, peu de séries ont atteint un statut aussi culte que celui de Game of Thrones. Avec une telle popularité, on aurait pu s'attendre à ce que HBO multiplie sans vergogne les adaptations d'écrits se situant dans l'univers de George R.R. Martin. Pourtant, en dehors de House of the Dragon, la chaîne a préféré annuler divers projets de séries et se montrer raisonnable. En ce mois de janvier 2026, plutôt que de capitaliser sur un spin off s'intéressant à des personnages déjà connus, HBO et l'écrivain ont choisi d'adapter les romans courts Tales of Dunk and Egg avec la série A Knight of the Seven Kingdoms.
Se situant chronologiquement entre les événements de Game of Thrones et ceux de House of the Dragon, cette dernière s'intéresse donc à l'histoire de Dunk, un chevalier errant qui vient de perdre son mentor, et à Egg, un jeune garçon qui veut absolument devenir son écuyer. Beaucoup moins ambitieuse que les deux autres séries, A Knight of the Seven Kingdoms est, dans sa saison 1 de 6 épisodes d'environ 30 minutes, à prendre avant tout comme une tranche de vie de personnages à première vue ordinaires. D'autant qu'avec une saison 2 déjà commandée, la première fait surtout office d'introduction au duo principal et à ses futures aventures à travers le royaume.
La Montagne, ça vous gagne
Cela ne l'empêche absolument pas d'être une réussite. Très agréable à binger en un week‑end et toujours fort bien produite, la série cocréée par Martin lui‑même avec Ira Parker permet d'étoffer l'univers de Game of Thrones de manière un peu plus légère. Outre son format court et son absence de générique, A Knight of the Seven Kingdoms est moins politique (il y en a tout de même un peu, pas de panique) car la majorité de sa première saison resserrée se déroule sur le lieu d'un tournoi de chevaliers auquel Dunk veut absolument participer. Il y a peu de noms ou d'intrigues à retenir, ce qui permet de se concentrer sur nos deux héros et sur la question de la chevalerie dans l'univers de Game of Thrones.
Dunk, notre héros naïf, un peu perdu et très sympathique malgré ses dimensions qui rappellent La Montagne, permet notamment de comprendre que les chevaliers errants sont méprisés par la plupart des chevaliers provenant de maisons nobles. Mais passé le glamour des blasons et des belles armures, dans la boue des combats, tout le monde se retrouve à égalité et tous les coups sont permis pour survivre, avant de se divertir. Les quelques affrontements brutaux de la première saison viennent durement rappeler ce contraste et confirmer la dureté de l'univers de Martin.
La volonté de Dunk de protéger les faibles quand bien d'autres chevaliers abusent surtout de leur statut pour profiter de la vie en font un humain véritablement attachant, sans tomber dans la mièvrerie. Même chose pour Egg, qui alterne réparties cinglantes et hésitations de l'enfance avec talent. Ce personnage s'étoffe surtout passé la moitié de la saison, où une révélation (attention aux wikis et autres sources de spoilers) vient un peu rebattre les cartes narratives d'une saison que l'on pensait sur des rails. Malgré les morts, les injustices et les personnages odieux qui l'émaillent, avec ces deux héros et plusieurs autres protagonistes qui leur viennent en aide par pure compassion, A Knight of the Seven Kingdoms est parfois à la limite d'être une série feel good.
Le chevalier aux gnons
Il faut dire qu'outre son format ramassé, la série multiplie les tentatives de verser un peu de comédie dans son drame. Que cela passe par la musique (gérée par Dan Romer et non Ramin Djawadi), le montage ou encore des passages un peu gras (ce qui n'était pour le coup pas forcément obligé), la série propose quelque chose d'un peu différent de ses grandes sœurs. Tout le monde n'appréciera probablement pas ce petit pas de côté, tant pour son léger changement de ton et de style qui vient parfois désamorcer la montée dramatique, que pour son échelle réduite qui ne s'intéresse que de loin aux forces au pouvoir durant cette période.
Pourtant, A Knight of the Seven Kingdoms ne manque pas d'arguments et de qualités pour être au final plus qu'une petite série bouche‑trou en attendant la prochaine saison de House of the Dragon. Son intérêt est certes limité pour le moment dans la grande tapisserie Game of Thrones, mais cela ne l'empêche pas d'être un divertissement parfaitement honnête et conscient de ce qu'il est. Nous avons en tout cas très hâte de la suite des aventures de ce modeste duo en 2027, à qui l'on souhaite de s'élever sans se perdre en route.