Dark Matter saison 2
En 2017, durant deux trop courtes saisons, la série Counterpart démontrait avec brio qu'il était possible de faire une grande série sobre et cérébrale à base de mondes parallèles. En 2024, Apple TV tentait, avec un succès insolent, de réitérer l'exploit avec Dark Matter (à ne pas confondre avec la très réjouissante série de space opera éponyme). Nous voici en 2026 à l'aube du lancement de la saison 2, à une heure où la plateforme n'a plus grand‑chose à prouver quand il est question de science‑fiction de qualité. Avec une fin de S01 satisfaisante, on aurait été malgré tout en droit de se dire que cette S02 n'était pas nécessaire. Difficile d'être plus dans le faux.
Me, myself and aïe
Les premiers épisodes de Dark Matter servaient à définir les règles de son univers et à jouer avec le spectateur, qui devait démêler un beau sac de nœuds et de mystères. En saison 2, l'objectif est différent : ajouter du chaos au chaos pour générer de nouvelles situations et creuser la psyché des personnages, chamboulés par leurs voyages à travers les mondes. Pour ce faire, c'est simple : on fait voyager toujours plus de personnes et leurs variantes dans la boîte pour des raisons diverses et variées, et tout ce beau monde va se perdre, se croiser, faire des erreurs, ou disparaître.

Le plus beau, c'est qu'alors que tout cela aurait pu avoir un goût de rallonge pas forcément utile, le résultat se justifie à merveille, sans jamais en faire trop ou dégoûter le spectateur. S'il faudra parfois plusieurs cerveaux pour bien suivre l'intrigue et ses multiples personnages en double ou plus, le tout est très finement raconté et mis en scène sans se montrer trop complexe ou didactique. Quelques fils rouges se laissent agréablement suivre au milieu des tourments de nos héros, véritablement centraux, tandis que certains épisodes ne s'intéressent qu'à un seul groupe de personnages plutôt que de jongler pour faire office de soupape.
Ces épisodes, qui n'hésitent souvent pas à faire de vrais bonds temporels, sont d'ailleurs les plus riches du côté des émotions. Ces voyages à croiser réalités et personnalités alternatives finissent par sérieusement peser sur le mental de bien des personnages, et là encore les scénaristes délivrent une partition extrêmement juste et souvent touchante. L'âme du show, créée pour mémoire par l'auteur du livre original Black Crouch, n'est jamais trahie par le casting, toujours très incarné et convaincant. Malgré une petite frilosité concernant les mondes parallèles visités, le concept même est exploité avec une telle justesse et intelligence qu'on lui pardonne son petit manque de flamboyance.

Quantic Fever Dream
Comme Counterpart (oui, on insiste) la réalisation est toujours léchée et les quelques scènes d'action sont bien produites, tandis que l'on retrouve même un séduisant générique qui ne lésine pas sur un style béton minimaliste. Pourtant lente, Dark Matter n'ennuie jamais. On enchaîne sa saison 2 avec une addiction certaine, comme si chaque épisode était une partie d'un fil que l'on doit absolument tirer jusqu'au bout. Après la fin de la S01, celle de la S02 laisse plus grandes ouvertes encore certaines portes scénaristiques pour, on l'espère, une saison 3. Apple did it again.