Disclosure Day
Une mystérieuse organisation tente de s’emparer d’un artéfact tout aussi mystérieux en possession de Daniel Kellner, un jeune expert en cybersécurité. Réussissant à leur échapper avec sa fiancée, il va tenter de retrouver un groupe ami. Parallèlement, Margaret, une obscure présentatrice météo devenue omnisciente, est inexorablement poussée à retrouver Daniel. Kansas City semble être leur destination finale…
Loving the Aliens
On connaît la passion du réalisateur d’E.T. et de Rencontres du troisième type pour tout ce qui touche aux extraterrestres, et cela faisait longtemps qu’il n'avait plus abordé le sujet sur grand écran. Avec Disclosure Day, Spielberg revient donc aux affaires, et force est de constater qu’il n’a pas perdu la main. Mais les temps sont aussi beaucoup plus sombres que la fin des années 70 ou le début des années 80, et cela déteint sur son film.
Pour l’occasion, il retrouve son scénariste de Jurassic Park, ce qui n’était pas forcément la meilleure idée : le script du film lorgne trop rapidement vers l’action mollassonne et inutile, oubliant la poésie pure qui émanait des deux films précédemment cités et qui avait en partie fait leur succès. David Koepp est une plume efficace et maline, mais pas vraiment habituée à la subtilité. Dommage : Disclosure Day est un bon divertissement, mais finalement très simpliste : une longue course‑poursuite qui se conclut par une apothéose aussi inutile que peu spectaculaire.
Le réalisateur commet la même erreur que dans son Director’s Cut de Rencontres du troisième type : montrer au lieu de suggérer, oubliant la puissance de l’imaginaire du spectateur qui avait pourtant fait le succès des Dents de la mer ou même de Jurassic Park.

Le conte y est‑il ?
Heureusement, Steven Spielberg est un conteur hors pair et le prouve encore une fois. La scène d’introduction dans une arène de catch (un hommage à Highlander ?) est une sublime leçon de mise en scène, tout comme l’affrontement entre Josh O’Connor et Eve Hewson dans la voiture qui rappelle par bien des plans les audaces hitchcockiennes.
D’ailleurs, le film s’amuse, comme le maître du suspense en son temps, à aller dans sa première partie à rebours des carcans actuels d’Hollywood. Disclosure Day n’explique pas grand‑chose, préférant laisser le spectateur dans le flou et l’immerger la tête la première dans l’action dès ses premières secondes. Le ressenti est à la fois excitant et frustrant, et nous renvoie à la paranoïa ambiante qui habitera ensuite tout le film. Malheureusement, celle-ci sent un peu le réchauffé, la télévision et le cinéma ayant depuis longtemps exploité la figure de l’organisation non gouvernementale omnisciente contre laquelle il est impossible de lutter.
Méchamment tiède
Étonnamment, cette paranoïa est moins efficace que dans E.T. ou Rencontres du troisième type, alors qu’elle est pourtant ici au cœur du film. Disclosure Day pouvant facilement être envisagé comme un remake parano de Rencontres du troisième type. Visiblement, le monde a changé, et pas en mieux. L’insouciance enfantine a disparu depuis longtemps, tout comme la poésie multicolore. C’est ce qui ressort clairement du film. Ici, la menace est prégnante et clairement identifiée (et même personnifiée), contrairement aux films précédents. Et cela change beaucoup de choses, comme ce discours religieux, peu subtil et répétitif…

Colin Firth, dans le rôle du grand méchant utilisant un pouvoir extraterrestre à des fins démoniaques, est assez insipide malgré ses roulements d’yeux et sa gestuelle hystérique. Également sacrifié sur l’autel de l’efficacité, son opposé, le personnage incarné par Colman Domingo, n’est malheureusement dans le film que pour donner l’explication finale, alors que son personnage aurait clairement bénéficié de plus d’ampleur. Heureusement, l’acteur est charismatique à souhait, souvent même capable de faire passer ses longs bavardages abscons pour des moments de cinéma. C'est dire.
Car le film est bavard, et ce n’est pas la mièvre musique de John Williams, sorti de sa retraite bien méritée (à 94 ans) pour l’occasion, qui fera passer la pilule. L’emphase est absente, mais c’est à l’image du film : un petit Spielberg, bien au‑dessus de beaucoup de films actuels, mais pas un grand film.
On notera tout de même la performance d’Emily Blunt, assez incroyable dans un rôle assez bancal sur le papier, qu’elle arrive pourtant à transformer en quelque chose d’humainement fort.