George Michael : the Faith Tour
Faith, le premier album solo de George Michael, est sorti en octobre 1987. Dans la foulée, le chanteur entamait une tournée mondiale qui allait le mener à l’Accor Arena, qu’on appelait encore le POPB, les 30 et 31 mai de l’année suivante. Ces deux concerts furent filmés avec d’énormes moyens pour l’époque. Pourtant, aucune sortie officielle ne vit le jour, ni en vidéo ni en CD. Près de 40 ans après avoir tourné ces images, le réalisateur Andy Morahan, accompagné de David Austin, s’est enfin installé à la table de montage pour offrir aux fans ce George Michael : the Faith Tour.
Faith no more ?
Autant être honnête tout de suite : l’auteur de ces lignes n’était pas particulièrement fan de George Michael avant d’aller voir George Michael : the Faith Tour, et ne l’est toujours pas davantage depuis. Néanmoins, l’album Faith et les tubes qui le composent figurent tout de même en bonne place dans sa playlist spéciale nostalgie de ses 20 ans. Parfois, il est difficile de nier la qualité.

© Universal Pictures
Alors, que vaut ce George Michael : the Faith Tour ? Après le mini‑documentaire signé Mary McCartney, dispensable mais intéressant pour remettre en perspective le poids de l’album Faith dans la culture pop, le film démarre enfin.
La mise en scène du spectacle paraît minimaliste au regard des critères actuels, hormis l’entrée et la sortie de scène de George Michael qui, pour le coup, sont sublimes et n’ont pas souffert du poids des presque 40 ans écoulés. Honnêtement, l’ensemble a pris un sacré coup de vieux et la réalisation n’est pas vraiment à la hauteur des attentes. Les images et le son manquent de relief. La mise en scène du spectacle laisse dans l’ombre tous les musiciens pour ne laisser dans la lumière que le chanteur, ce qui devient assez frustrant à la longue. Années 80 obligent, les orchestrations sont à base de synthés et la setlist ne réserve guère de surprises, d’autant que le morceau d’ouverture est le même que celui du rappel.

© Universal Pictures
Un choix singulier puisque le Faith Tour s’ouvre sur le tube I Want Your Sex, dont la version jouée en rappel est d’ailleurs bien meilleure. Les morceaux s’enchaînent à un rythme soutenu. George nous glisse deux ou trois mots en français, mais son énergie, certes débordante, n’est pas vraiment communicative. La faute sans doute aux chorégraphies signées Paula Abdul, particulièrement datées et presque risibles aujourd’hui.
George Michael se déhanche, George Michael montre son boule à l’envi, George Michael prend des poses d’influenceur Instagram comme s’il avait anticipé l’avènement du narcissisme roi actuel. Si le public de l’époque avait eu un smartphone, il se serait déchaîné.

© Chris Cuffaro
Back to the Eighties
Étrangement, la force de George Michael : the Faith Tour tient davantage à sa dimension documentaire sur les concerts des années 80 qu’au concert lui‑même. On s'amuse de voir autant de briquets levés, autant de Swatch aux poignets, autant de t‑shirts colorés et Bercy encore rouge vif… Instantané d’une époque révolue, le film possède un certain charme, à défaut d’un rythme soutenu.
Mais peu à peu, la mayonnaise prend. À partir de Faith (dans une version 100% fan), on oublie les défauts du spectacle et George Michael nous entraîne dans son sillage pop insouciant, exagérément sexualisé et mâtiné d’un certain second degré. Difficile de ne pas se laisser emporter par la dernière partie du concert.
Bref, le charme agit et l’on prend conscience non seulement que George Michael avait tout de même une superbe voix, mais surtout de tout ce que de nombreux chanteurs actuels lui doivent.