I Want your Sex
Il y a quelques jours, Eliot, jeune étudiant en arts fauché, a répondu à une annonce pour devenir l'un des assistants de la célèbre artiste Erika Tracy. Provocante et terriblement sexy, l'œuvre de cette dernière tourne entièrement autour du sexe. Un univers qui ne laissait pas Eliot indifférent… Mais pour l'heure, il est accusé de son meurtre.
Araki rit
Cela faisait plus de dix ans que Gregg Araki, connu pour sa trilogie adolescente, Totally F**ed Up*, The Doom Generation et Nowhere, dans laquelle il dressait le portrait d'une jeunesse à la sexualité débridée, entre rage et nihilisme, n'avait plus réalisé de film pour le cinéma. Visiblement, le réalisateur sulfureux s'est quelque peu assagi et s'est tourné vers la comédie, car I Want Your Sex en est assurément une.
Au premier abord, on est un peu décontenancé, mais très rapidement, le charme opère. On retrouve l'esthétique du réalisateur, son sens de la provocation et, bien sûr, son thème de prédilection : notre rapport au sexe. Celui-ci est développé à travers la relation de domination perverse qu'exerce Erika Tracy sur son assistant, Eliot.
On pense un peu à La secrétaire de Steven Shainberg ou au récent Pillion de Harry Lighton, mais Araki va bien au‑delà de la description d'une relation BDSM toxique. Son film est autant une réflexion sur l'évolution des mœurs sexuelles et le choc des générations qu'un portrait du monde cynique des artistes et de la vacuité de l'art contemporain.
Certes, plus sage que ses œuvres de jeunesse, I Want Your Sex n'en demeure pas moins aussi provocateur que ses précédentes réalisations et s'inscrit parfaitement dans sa filmographie. Il est simplement beaucoup plus drôle, à l'image de ce plan à trois catastrophique ou de la découverte de la sodomie par Eliot. Gregg Araki s'amuse avec l'esthétique porno chic des années 1990, notamment grâce à l'implication totale de son actrice Olivia Wilde, qui n'a jamais aussi bien porté son nom.
Face à elle, Cooper Hoffman est parfait en amoureux naïf. Leur alchimie à l'écran constitue l'un des grands plaisirs du film. Ils forment un duo aussi complémentaire que jubilatoire et poussent tous deux leurs personnages jusqu'au bout de leurs excès. Charli XCX, Roxane Mesquida et Mason Gooding complètent d'ailleurs parfaitement cette distribution.
Petite mort
Ce qui rend sans doute le film plus accessible, c'est sa trame policière, dont la scène d'ouverture emprunte clairement à Boulevard du crépuscule de Billy Wilder. Ce n'est évidemment pas un hasard, puisque le personnage d'Erika Tracy partage bien des points communs avec Norma Desmond.
Gregg Araki s'amuse d'ailleurs à parsemer son film de clins d'œil au cinéma, de 9 semaines ½ aux films noirs, en ponctuant son récit de l'interrogatoire qui nous révèle progressivement la chute d'Eliot, provoquée par sa relation pourtant « consentie » avec sa patronne.
Le film est ludique de bout en bout, loufoque, débridé et jamais ennuyeux, malgré un discours parfois un peu moralisateur, ou peut‑être ironique, sur le rapport de la génération Z à la sexualité. Les fans de la première heure auront sans doute du mal à reconnaître leur réalisateur fétiche dans ce I Want Your Sex qui, malgré son titre sulfureux, se révèle finalement assez sage. Grâce à une mise en scène particulièrement maligne, Gregg Araki évite la vulgarité comme la provocation gratuite pour privilégier ses personnages et leurs interprètes. Force est de constater que le cinéaste revient en grande forme.