Jim Queen
Lucien, un jeune timide qui n’a pas encore avoué à sa mère, ministre de la Santé hostile aux droits des homosexuels, qu’il est gay, est un fan absolu de Jim Queen, une icône gay et gym queen. Or, ce dernier contracte l’Hétérose, un étrange virus qui transforme les hommes gay… en hétérosexuels ! Lucien va tout faire pour sauver son héros. Avec lui, ils partent en chasse pour trouver le vaccin.
Gays lurons
Présenté en séance de minuit lors de cette terne édition 2026 du Festival de Cannes, Jim Queen, premier long métrage du studio d’animation pour adultes Bobbypills (connu pour la série Les Kassos), a assurément réveillé la Croisette. Marco Nguyen et Nicolas Athane, les réalisateurs, y démontrent à la fois un sens du rythme, une inventivité et surtout un humour potache auxquels il est difficile de résister. Les gags et les vannes s’enchaînent sans discontinuer, au premier comme au second plan, voire parfois même au troisième. Jim Queen, c’est 1h30 de folie narrative, un délire qui met en boîte les clichés LGBTQIA+ comme les clichés hétéros, sans jamais opposer les deux communautés.
D’ailleurs, le message du film est limpide : il milite ouvertement pour un vivre‑ensemble absolu, se moquant allègrement des sous‑catégories homosexuelles (Bears, Gym Queens, Drags, Chem Sex, etc.), comme du modèle hétéro vu du point de vue des homos. Véritable pamphlet contre la normativité actuelle, Jim Queen parlera donc à beaucoup.

La grande force du film est qu’il n’est absolument pas communautaire. Il n’est donc pas nécessaire d’avoir fait son coming‑out pour comprendre la plupart des références. Dans un esprit de totale autodérision, Jim Queen se moque avec outrance (parfois trash, c’est la limite du film) des clichés que nous pouvons tous avoir, homos comme hétéros, sur ceux qui n’ont pas la même sexualité que nous.
Dancing queen
La géniale idée des réalisateurs a été d’enregistrer les voix en amont (Alex Ramirès, Jérémy Gillet, Shirley Souagnon) en laissant de la place aux comédiens pour l’improvisation. L’animation du film en ressort fluide et très dynamique, portée par le jeu des acteurs. La folie du film s’exprime également à travers une palette très colorée qui contraste d’ailleurs avec le trait du dessin, assez sommaire et caricatural, mais très reconnaissable. Bien évidemment, le film n’est pas exempt de défauts. La caricature en implique forcément.
Le trait est outrancièrement grossier : parfois ça casse, parfois ça peut coincer. La « gaystapo » fera forcément jaser. C’est la grande limite du film, tout comme la grande méchante du film. Certes, Christine Boutin n’a pas vraiment œuvré pour la cause LGBT, mais ça commence à dater un peu. Il y aurait certainement eu des « cibles » plus actuelles, pour qu’en plus d’être un délire jubilatoire, le film ait une véritable portée. Pour autant, on peut parier que le film devienne très vite cul‑te.