26 mai 2026 - 18h50

L’objet du délit

année
2026
Réalisateur
InterprètesAgnès Jaoui, Claire Chust, Patrick Mille, Daniel Auteuil
éditeur
genre
sortie salle
27/05/2026
notes
critique
7
10
A
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Mirabelle, star des réseaux sociaux et de la mode, met en scène son premier opéra à l’initiative de Nicolas Poirier, généreux mécène à l’origine d’un projet consistant à confier des mises en scène à des néophytes célèbres pour rendre l’art accessible à tous. Les répétitions commencent, mais Mirabelle a oublié de mettre en place une « safe place »…

 

#MeToo

Sans surprise, ce sixième film d’Agnès Jaoui est dédié à Jean‑Pierre Bacri, disparu récemment. Bien évidemment, il n’est ni au scénario ni devant la caméra, et ce serait un contresens de regarder le film à l’aune du travail du duo. Car il parle aussi de cela : la place des femmes dans un monde d’hommes, du patriarcat, des rapports entre les sexes et entre les générations. De #MeToo, bien sûr.

 

Il est pourtant difficile de ne pas penser à lui dans ce premier film solo de la réalisatrice. Le personnage incarné par Daniel Auteuil, affolé à l’idée de figurer sur une liste de potentiels agresseurs sexuels, semble en être un écho. Il l’aurait si bien incarné ! Mais le film s’en détache progressivement, et l’on retrouve vite le Auteuil comique que l’on n’avait pas vu depuis longtemps.

 

 

Une fois ce cadre posé, L’objet du délit se révèle être un film choral ‑logique quand il est question d’opéra‑ où chaque personnage incarne une problématique de notre ère post #MeToo. C’est là sa grande réussite. La scénariste‑réalisatrice n’a pas perdu sa plume et son regard pointu sur notre société. Avec l’aide d’Emmanuel Salinger, Laurent Jaoui, Noé Debré et de Florence Seyvos, elle réussit à transcender l’absence de son acolyte d’écriture.

 

La force du film d’Agnès Jaoui est justement de ne jamais être un brûlot ni un pavé dans la mare. C’est une fantaisie qui lui ressemble. Sous ses airs comiques, le film nous tend un miroir à peine déformant de nos travers, mais aussi de nos contradictions et des limites d’une vision parfois trop simpliste d’un sujet complexe. Un rire sérieux, comme on les aime.


Un air de famille du cinéma

Certains y verront sans doute aussi un film à clé, où le monde de l’opéra servirait de miroir à celui du cinéma. Une industrie dominée par les hommes, avec ses figures bien identifiées : producteurs lubriques, petites mains véhémentes, népo babies, stars méprisantes ou lâches. Et où le personnage incarné par Agnès Jaoui elle‑même pourrait rappeler une icône du cinéma français ayant il y a encore peu défendu une certaine « liberté d’importuner ».

 

Ce serait pourtant réducteur. Car si le film expose clairement les dérives d’un patriarcat encore bien ancré, il se veut avant tout un hommage à la création et à l’art sous toutes ses formes. À la fin, l’opéra triomphe et le film s’offre même le luxe de nous offrir une relecture moderne des Noces de Figaro. On connaissait la passion de l’actrice‑réalisatrice‑scénariste pour l’opéra, on la voit ici clairement à l’œuvre. C’est aussi un film sur le collectif, avec ses qualités et ses dérives. Sa capacité à créer et à se dépasser, mais aussi sa tendance à l’inertie ou à la meute. Un hommage, enfin, aux comédiens, tous très justes dans cette mise en abyme de leur propre quotidien.

 

Chaque scène sonne vraie. L’interview radio, complaisante et saturée de mansplaining, montre une Mirabelle, incarnée par la jeune Claire Chust, qui peine à se faire entendre entourée d’hommes blancs de plus de 50 ans. Le producteur Poirier, joué par Patrick Mille, n’a d’intérêt que pour ce qu’il peut obtenir d’elle, bien loin de toute considération artistique.

 


Le rire intelligent

Le point de bascule du film, cet « objet du délit » du titre, une agression sexuelle qui vient bouleverser les répétitions, est volontairement ambigu puisqu'il n’existe que par le biais d’une photo floue prise à l’iPhone. Le spectateur, lui, l’a vu, mais qu’a‑t‑il vu en fait ? Le film refuse de trancher. S’agit‑il réellement d’une agression ou d’un malentendu né d’une mise en scène et de didascalies d’un autre temps ?

 

C’est sans doute la limite du film, un peu facile sur ce point. Comme avec les problèmes familiaux du personnage de Jaoui, assez anecdotiques, finalement. L’objet du délit reste avant tout une comédie. Et réussir à faire rire, parfois jaune, sur l’ère #MeToo et les mécanismes d’une société patriarcale, il fallait oser. Agnès Jaoui l’a fait, et plutôt bien. Le rire intelligent.

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