La falaise
Alors que sa vie tranquille est bouleversée par le retour de son ancien capitaine assoiffé de vengeance, une ancienne pirate chevronnée doit affronter son passé sanglant pour sauver sa famille.
De Pirates des Caraïbes à Pirates en passant par la série Black Sails, le genre pirate reste une promesse quasi automatique : un bateau qui lutte sur une mer déchaînée, des mines patibulaires qui s’empoignent entre deux verres de rhum, des plages de sable où un trésor attend sagement d’être déterré, bref du sang, du rhum, des femmes bravaches, des hommes testostéronés et de l’aventure à gogo, quand ce n’est pas carrément le fantastique ou le mystique qui l'emportent. La tâche est d’autant plus ardue qu’au sommet de la pyramide flotte toujours le pavillon de Pirates des Caraïbes et l’ombre du capitaine Jack Sparrow, éternellement indétrônable.

Priyanka Chopra Jonas sort son épingle du jeu
Avec La falaise, film coproduit par les frères Russo, le réalisateur britannique Frank E. Flowers tente le coup, fort d’un scénario qui tient davantage du « prompt » que du romanesque. Il convoque absolument tous les clichés du genre avec la rigueur d’un métronome et l’appétit d’un pirate pour les lingots d’or. Tout commence en 1846 : Ercell Bodden (Priyanka Chopra Jonas, étonnamment crédible), épouse du capitaine T.H. Bodden, mène une vie paisible avec son fils et sa belle‑sœur dans les îles Caïmans, jusqu’à ce que le malfaisant Francisco Connor (Karl Urban, au sommet d’un cabotinage nonchalant) vienne réclamer son trésor et sa vengeance. Ercell doit alors ressortir l’épée du fourreau et reprendre le combat.
La falaise, violence pas graphique
Tous les ingrédients du genre sont là, mais passés au filtre fluo, comme surlignés jusqu’à l’écœurement, ce qui gâche systématiquement ce qui aurait pu être beau ou réussi. Les décors sonnent faux, l’eau elle‑même, trop parfaite, peine à convaincre. Le sable affiche un jaune hallucinant. La végétation un vert impossible. Les scènes d’action s’enchaînent sans invention dans un capharnaüm qui ne parvient jamais à masquer l’évidence : le sang est synthétique, les arrière‑plans aussi, et au fond, presque tout l’est. Le tout noyé dans une violence complaisante. Quant au duel final, au sommet d’une falaise d’une artificialité rare, il suffit de quelques secondes pour ne plus voir qu’une chorégraphie de plus sur fond vert.
La falaise accouche d’un tout petit monticule de rien. Circulez.