La femme de ménage
Millie Galloway, galérienne, tente de survivre au jour le jour dans sa voiture. Un coup de chance se présente enfin quand Nina Winchester l’engage comme femme de ménage, avec une chambre pour la loger à l’étage. Mais rien ne va se passer comme prévu.
Une page dure à tourner
À l’instar du roman éponyme de Freida McFadden (2023) dont il est adapté, La femme de ménage est un film si bien huilé que ses 2h10 passent sans qu’on les voie. Un véritable page‑turner sur pellicule. Pour autant, est‑ce un bon film ? La réponse est assurément non. Tout comme le livre n’est pas de la grande littérature, le film n’est pas un chef‑d’œuvre non plus. Les deux sont efficaces, mais on préférera le matériau original à son adaptation. La réalisation de Paul Feig est tout bonnement impersonnelle et surtout sans imagination, elle trahit même souvent l’esprit du roman. Pire : elle édulcore la violence du livre et du coup une partie de son message, difficile à évoquer sans spoiler la mécanique diabolique de l’intrigue.
Même en faisant abstraction du livre, La femme de ménage version pelliculée déçoit. Son esthétique années 90 et sa sexualisation outrancière finissent par prêter à rire. Le décolleté de Sydney Sweeney (Millie) et les muscles saillants de Brandon Sklenar (Andrew) sont certes photogéniques, mais leur omniprésence à l’écran ne suffit pas à justifier la tension sexuelle entre les deux personnages. Une tension prévisible à des kilomètres, qui culmine dans une scène de sexe d’un kitsch absolu. Il ne manquait que la musique avec synthétiseur…

La réalisation fait le minimum syndical et abuse des voix off. Trop pratiques pour expliciter une intrigue ‑il faut bien l’admettre‑ complexe. Le film échoue à créer une réelle tension, à l’exception de la scène avec la mère d’Andrew, un personnage sacrifié par le scénario. La relation mère‑fils, peu développée, manque de profondeur, tout comme l’incompréhension, le désarroi puis la panique de Millie face à l’attitude incohérente de Nina (Amanda Seyfried) et de sa fille.
Les personnages trop manichéens ne suscitent aucune empathie. Même le twist, pourtant génial sur le papier, perd de sa force à l’écran. Le changement de ton de l’histoire est ici quasi anecdotique et ne fait ni chaud ni froid aux yeux des spectateurs.
Du muscle et des jumps scare
Il faut dire que la performance de Brandon Sklenar, tout en débardeurs maculés et sans nuance, alourdit l’ensemble qui n’était déjà pas très léger, à base du jumps scare inutiles (ah, le personnage du jardinier !). Face à lui, Sydney Sweeney se contente de rouler ses grands yeux sans réelle conviction. Seule Amanda Seyfried tente d’apporter une touche de subtilité à ce film rapidement insipide. Mais la seconde partie du film, plus centré sur son personnage, est trop vite expédié pour qu’elle puisse explorer toute la subtilité de son personnage.
Au final, les nombreux lecteurs du roman seront partagés : ils retrouveront certes leur livre de chevet, fidèlement adapté mais seront déçus car vidé de sa malice et de sa dualité. Les autres prendront certainement plaisir à découvrir une intrigue bien huilée, mais finalement sans vraiment saisir la raison de l’engouement autour du livre dont tout le monde parle…