Le Charles
Lors d’une mission stratégique en Méditerranée orientale, une militaire est retrouvée morte à bord du porte‑avions Charles de Gaulle, tandis qu’une autre a disparu. Un enquêteur militaire est dépêché sur place. Dans ce gigantesque bâtiment isolé en pleine mer, l’enquête menace de bouleverser les rapports hiérarchiques et de compromettre une opération sensible.
Dès son titre, Le Charles affiche son caractère exceptionnel. Il faut dire que la production a obtenu le privilège de tourner à bord du véritable porte‑avions Charles de Gaulle. Rien que pour l’authenticité de ses décors et cet environnement rarement, voire jamais, exploité dans une fiction française, cette série de 6 épisodes de 52 minutes possède un atout majeur. Ajoutez à cela un casting ambitieux, Alban Lenoir et Élodie Yung en tête, et un réalisateur, Julien Despaux, qui a largement fait ses preuves sur Paris Police et dont le talent n’est plus à démontrer. Sur le papier, tous les ingrédients sont réunis pour offrir une série à grand spectacle capable de rivaliser avec les références du genre, de Nimitz, retour vers l’enfer à USS Alabama, en passant par À la poursuite d’Octobre rouge (oui, on y va fort). Hélas, il n’en est rien.
En manque d'énergie
La faute en revient principalement au scénario, aussi plat que le pont d’envol du porte‑avions. Pas une aspérité à l’horizon, rien que des situations convenues, un récit ultra‑balisé, sans éclat, et surtout sans inspiration. Qui peut croire ‑en dehors des scénaristes‑ que le commandant du Charles de Gaulle prépare ses missions en jouant à la bataille navale ? Qui peut sérieusement penser qu’une réplique comme « Ici, c’est pas Top Chef, c’est Top Gun » va faire mouche ? Qu’il suffit de filmer au ralenti deux militaires en uniforme déambulant sur le pont, sur fond de Kavinsky, pour provoquer le grand frisson ? Ou qu’un Rafale amorçant un banal virage à droite, accompagné d’une voix monocorde, va soudain transformer la séquence en morceau de bravoure ?
Une crédibilité pas très ancrée
Le manque de crédibilité est parfois patent. Un comble lorsqu’on sait que la série a été tournée à bord du véritable Charles de Gaulle. À tel point qu’on finit par se demander si ce privilège n’a pas imposé ses propres limites à la fiction, dictant ce qu’il était possible de montrer ou non. On imagine d’ailleurs combien il a dû être difficile pour les scénaristes de contenter tout le monde dans un projet d’une telle ampleur, entre contraintes militaires, exigences de production et impératifs de fiction.
Mais aussi délicat qu’ait pu être cet exercice d’équilibriste, il ne saurait justifier un tel déficit de crédibilité et de tension dramatique. Dans le même registre, Cœurs noirs avait pourtant placé la barre autrement plus haut. Sans sacrifier le réalisme de son univers militaire, la série atteignait des sommets de tension, aussi bien dans la caractérisation de ses personnages que dans la construction de ses situations. Une intensité, une justesse et un sens du suspense que Le Charles ne parvient jamais à retrouver.

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L'enquête prend l'eau
Si on délaisse cette dimension militaire totalement improbable pour se concentrer sur l’enquête, l’électroencéphalogramme reste désespérément plat. La construction est laborieuse, les rebondissements artificiels et l’envie de découvrir le coupable semble toujours moins importante que celle d’explorer les coursives de ce mastodonte des mers, dont on finit pourtant par se lasser.
Les comédiens, eux, font ce qu’ils peuvent avec des personnages qui manquent cruellement de densité et de relief. Car même avec un casting aussi ambitieux, difficile de faire exister des protagonistes aussi peu incarnés. À l’image d’un Jacques Gamblin qui cherche visiblement à donner un sens à des dialogues qui en sont singulièrement dépourvus.
Au bout du compte, Le Charles réussit surtout un exploit inattendu : donner une furieuse envie de revoir tous les classiques du genre. Malgré ses moyens et ses ambitions, la série reste désespérément à quai. Un problème d’encre bien plus que d’ancre…