Le Diable s’habille en Prada 2
Vingt ans après les événements du premier opus, la presse papier est en crise et le magazine de mode Runway n’échappe pas à la nouvelle donne dictée par l’ère du tout‑numérique. Pour contrer un bad buzz annoncé, Miranda Priestly, dont l’autorité vacille depuis plusieurs années, est obligée d’embaucher Andy Sachs. Devenue une plume reconnue du journalisme, elle seule pourrait redorer l’image de Runway. Elle devra néanmoins composer avec Emily Charlton, désormais dirigeante puissante de la branche new‑yorkaise de Dior.
Victime de la mode
En reprenant l’équipe originale, Meryl Streep, Anne Hathaway, Emily Blunt et Stanley Tucci devant la caméra, David Frankel derrière, et Aline Brosh McKenna au scénario, Disney/Fox avait sans doute pour idée d’assurer un minimum de qualité et un fan service efficace. Quand on manque d’idées, on recycle les anciennes, vieille maxime hollywoodienne.
De ce point de vue, le film réussit son pari. Les fans de la première heure seront ravis et noteront d’ailleurs dès l’ouverture le clin d’œil aux deux ceintures en arrière‑plan, ainsi que la séance d’habillage d’Andy, beaucoup moins artificiellement sexy que dans le premier Diable s’habille en Prada. Non pas qu’Anne Hathaway le soit moins, on peut même se demander si elle n’est pas la fille cachée de Dorian Gray, mais l’ère #MeToo et celle du wokisme sont passées par là. Et ce n’est pas plus mal.

© Disney/20th Century Studios
C’est d’ailleurs l’une des surprises de ce numéro 2. Si le premier film manquait de profondeur en dehors de sa critique d’un management toxique prétendument formateur, ce second opus étonne par son regard plus acéré sur le monde en général et de la presse en particulier. La scène de licenciement par texto sonne juste, tout comme les open spaces impersonnels, le diktat des réseaux sociaux et des annonceurs rois, ou encore les rachats de titres de presse à la chaîne. Avec toutefois une limite : nous sommes chez Disney, et dans cet univers, même la violence sociale finit par s’adoucir. Personne ne se retrouvera vraiment à la rue. On est clairement dans le registre du conte de fées.
Le diablotin s’habille en Zara
Le portrait de la crise qui secoue la presse est, à ce titre, étonnamment crédible pour une comédie de ce type. On ne s’attendait pas forcément à une telle dimension politique dans ce Diable s’habille en Prada 2, même si le film reste tout de même loin du brûlot.
L’équipe a visiblement compris que le monde qu’elle décrivait il y a vingt ans ne faisait plus rêver de la même manière. La jeune génération n’est plus prête à tout accepter, même pour un métier dit passion, et le luxe lui‑même peut désormais apparaître indécent. Aujourd’hui, difficile d’imaginer un personnage principal, dans un film Disney qui plus est, traiter ses subalternes comme des anonymes interchangeables. Les « Emily » ont désormais toutes un nom. C’est plus humain, mais c’est aussi moins drôle.
Il était donc risqué de resservir la recette Le Diable s’habille en Prada. Et pourtant, ce numéro 2 ne s’en sort pas si mal. On rit, on profite des tenues haute couture, de la beauté de Milan, Stanley Tucci est toujours aussi flamboyant… et pourtant, quelque chose cloche.
Miranda, n’est plus vraiment compatible avec son époque. Le film tente de la sauver à chaque scène, là où il suffisait autrefois d’un simple sourire en coin, à l’arrière d’une voiture, pour clore le premier opus. Ici, elle s’adapte, se retient, s’excuse presque d’être elle‑même. Mais déjà, il y a vingt ans, son comportement était inacceptable. La différence, c’est qu’on en riait. Aujourd’hui, ce n’est plus possible. Le personnage a changé, le Diable du titre a perdu de sa superbe, et avec lui, tout l’équilibre du film.
Avec un Diable humanisé, ce second volet perd forcément en saveur. La première apparition de Miranda donne le ton : les lunettes carapace iconique ont disparu ! Certes, le venin est toujours là, mais distillé avec parcimonie. Elle reste piquante, mais moins souvent. Et c’est bien dommage, car c’est justement pour cela que l’on aimait la détester.

© Disney/20th Century Studios
Face à elle, Andy n’est plus non plus l’apprentie journaliste un peu perdue dans laquelle chacun pouvait se reconnaître. Elle aussi a changé et, contrairement à nous, visiblement, elle fait désormais appel à un styliste. Elle ne s’oppose même plus vraiment à Miranda sur ce terrain. Détail révélateur : cette dernière accroche maintenant elle‑même son manteau. Tout est dit.
Le fric, ce n'est plus chic
Nous avons tous pris un coup de vieux, à part la splendide Anne Hathaway, bien sûr, et le film ne se prive pas de nous le rappeler. Le Diable s’habille en Prada 2 tente un grand écart entre nostalgie et modernité sans jamais vraiment trouver l’équilibre. Mais peu importe, le plaisir demeure. Moins prononcé, mais pas désagréable.
Simplement, à force de vouloir ménager la jeune génération, incarnée ici par Simone Ashley (personnage sous‑exploité, un comble !), tout en flattant les nostalgiques, le film devient un pur produit de consommation. Là où le premier avait su créer une véritable icône de la pop culture, celui-ci suit simplement la tendance. Agréable et vite oublié.
Bref, nous sommes clairement passés à l’ère de la fast fashion.