Le mage du Kremlin
Russie, début des années 1990. Alors que l’Union soviétique s’effondre, Vadim Baranov, jeune artiste inconnu devenu producteur d’émissions de téléréalité, profite du chaos ambiant et des promesses de liberté pour se rapprocher du Kremlin. Au point de participer à l’émergence politique d’un ex‑agent des services secrets : un certain Vladimir Poutine…
Sibérie m’était contée
Olivier Assayas signe avec Le mage du Kremlin un film à la fois didactique et ambitieux, reprenant la recette de Carlos (2010) : raconter un pan de notre Histoire pour éclairer notre présent. Comme avec son portrait du terroriste, le réalisateur livre un film long de près de 3 heures, indigeste mais passionnant. On espère d’ailleurs qu’il proposera, comme pour Carlos, une version télévisée en épisodes, certainement plus accessible.
Ce Mage du Kremlin évoque The Apprentice (Ali Abbasi, 2024), qui retraçait l’ascension de Donald Trump. Ici, les histoires se ressemblent, mais Poutine remplace Trump, personnage bien plus complexe. Assayas raconte également l’ascension de l'apprenti sorcier et mentor Vadim Baranovun. Il faut ainsi attendre près d’une heure avant de voir le dirigeant russe à l’écran, et donc le Kremlin du titre. Certes, Paul Dano est génial dans le rôle de Baranov, mais Jude Law lui vole la vedette. Il offre une prestation incroyable, renforcée par la réalisation qui prend un malin plaisir à l’incruster dans des images d’archives à la place de son modèle.
Comme un vent gelé venu de Sibérie, les deux acteurs sont glaçants, chacun à leur manière. Dano, avec son débit robotique (limite soporifique), ne fissure sa carapace qu’au détour d’une courte scène avec sa fille. Law, lui, dégage un charisme affûté, donnant l’impression d’un requin prêt à bondir. Leurs performances valent le détour, même si le film se regarde comme on suivrait un cours d’Histoire du haut de l’amphi, vaguement attentif.
Un roman russe
En adaptant le roman éponyme de Giuliano da Empoli, Assayas semble avoir oublié que ce qui fonctionnait sur papier ne se traduit pas forcément bien à l’écran. Aucun des deux personnages principaux n’est véritablement attachant et, d’ailleurs, ils ne font rien pour l’être.
Les rouages de la politique russe, ses jeux de pouvoir, ses coulisses opaques et ses oligarques sont captivants mais restent bien austères. Le réalisateur a choisi l’épure sans que l’on sache vraiment si c’est par manque de moyens, pour évoquer l’âme russe, ou simplement par choix artistique. Mais cela ne facilite pas l’immersion du spectateur.
Seule la figure féminine du film, Alicia Vikander, prisonnière de ses contradictions (céder à l’emprise ou fuir ?) apporte un peu de complexité à ce pavé cinématographique parfois redondant. Mais son personnage est sacrifié par la complexité d’un récit qui se veut exhaustif (à l’image de cette voix off explicative à outrance).
Finalement, ce Mage du Kremlin n’a pas grand‑chose de magique, mais reste captivant et glaçant parce qu’il nous raconte quelque chose d’un pays pas si lointain du nôtre.