Marty Supreme
New York, années 50. Marty Mauser, jeune vendeur de chaussures à l’ambition et au bagout démesurés, est prêt à tout pour réaliser son rêve : devenir champion du monde de ping‑pong.
Enfin seul
Oublié le coup d’essai The Pleasure of Being Robbed, réalisé seul après quatre films avec son frère (Lenny and the Kids, Mad Love in New York, Good Time et Uncut Gems), le réalisateur Joshua Safdie se lance avec Marty Supreme dans une carrière solo. Grand bien lui en a pris : porté et même initié par Timothée Chalamet, le film fait déjà figure de favori aux Oscars.
Il faut dire que la performance de l’acteur franco‑américain (déjà récompensée par un Golden Globe et un Critics Choice Award) y est pour beaucoup. Ajoutez à cela un casting de stars sur le retour (Gwyneth Paltrow, Fran Drescher, Abel Ferrara), une histoire qui file à dix mille à l’heure, une bande‑son aux petits oignons truffée de tubes iconiques, et une photographie signée Darius Khondji, et vous obtenez le film dont tout le monde parle, même ceux qui ne l’ont pas vu.
Chalamet bien
Depuis sa projection au Festival de New York, Chalamet n’a pas son pareil pour faire parler du film à coups de happenings promotionnels aux couleurs des balles de ping‑pong de son personnage. Producteur du film, il n’épargne pas sa peine, d’autant qu’il le porte littéralement sur ses épaules. Présent dans quasiment chaque plan, il parvient tour à tour à nous faire aimer puis détester son personnage, tout en bluffant par la justesse de son jeu. C’est lui qui insuffle au film son rythme déjanté. Et il en faut tant Marty Supreme oscille entre épopée sportive, film noir, drame, coming of age et parfois comédie !
Cela part un peu dans tous les sens, au point de frôler l’indigestion voire l’épuisement. Heureusement, Chalamet est là en fil conducteur. Durant les presque trois heures de film, son personnage tente de dompter le chaos qu’il engendre lui‑même pour trouver l’argent nécessaire à l’accomplissement de son rêve. C’est fascinant et c’est tout le sel du film. Un mélange improbable d'After Hours et de La légende du saint buveur…
Mégalomane, égocentrique, arrogant, et pourtant terriblement attachant, Marty ne peut laisser indifférent, pas plus que Chalamet. Boutonneux et binoclard, tout en mimiques et en énergie débordante, on le voit grandir sous nos yeux, prendre ses responsabilités, accepter enfin de renoncer à certains rêves puéril ét égotiques. Ne plus penser uniquement à lui‑même : devenir adulte.
Ce n’est certainement pas un hasard si le film s’ouvre sur Forever Young d’Alphaville pour se conclure sur Everybody Wants to Rule the World de Tears for Fears. Le message est limpide, la démonstration un peu appuyée, mais le plaisir de cinéma est bien là.

Safdie pas grand‑chose
Car en la matière, Marty Supreme, tout indigeste qu’il soit, demeure un pur moment de cinéma. La caméra virevolte à la vitesse d’une balle de ping‑pong smashée, esthétise le moindre plan et magnifie ses acteurs. Le grain de l’image est superbe, les couleurs chaudes fleurent bon les années 70, et le film est un plaisir visuel de chaque instant. À l’image de son personnage principal, il verse dans l’esbroufe et le show‑off, mais cela finit par passer et participe même à son charme. Tous les personnages mentent, comme le film qui se révèle finalement assez malhonnête mais séduit tout le temps, comme avec cette scène de fessée déculottée qui fera couler beaucoup d'encre.
Sous son foisonnement, Marty Supreme est au final assez creux, sans doute à l’image de son héros dont il épouse la personnalité dans une parfaite symbiose. Le film ne raconte pas grand‑chose ou un peu trop, en survolant son propos. Mais il le fait avec une telle énergie qu’on ne peut jamais vraiment lui en vouloir. On se laisse porter par un scénario aux multiples rebondissements dont on devine la fin dès les premières minutes. Qu’importe : le plaisir de spectateur est bel et bien là.
Sa scène finale magnifique nous laisse KO, comme après une finale de championnat du monde. Mais une finale malheureusement sans véritables enjeux, au regard des adversaires en présence.