Stranger Things saison 5 Vol. 1
Il aura fallu un an de tournage, trois ans d’attente, près de 500 millions de dollars de budget et quelque 650 heures de rushes condensées en 8 épisodes pour que les frères Duffer livrent l’ultime saison de Stranger Things. Netflix vient de mettre en ligne un premier volume de 4 épisodes et, pour l’instant, la seule phrase qui clignote comme le néon du logo dans un coin de notre cerveau, c’est : « Tout ça pour ça ? ».
Tout recommence avec un épisode d’ouverture, L’incursion (1h08), qui pose les bases de cette première partie : Eleven est en cavale, traquée par la redoutable docteure Kay (Linda Hamilton), tandis que le reste de la bande élabore un plan plus que risqué pour infiltrer le Monde à l’Envers et éliminer définitivement Vecna.
What doesn't kill you makes you stranger…
Au‑delà d’une scène d’ouverture métaphoriquement plus que douteuse et assez gênante ‑dont on veut bien, pour l’instant, laisser le bénéfice du doute aux auteurs‑ une chose frappe d’emblée : le coup de vieux monumental pris par les acteurs. Millie Bobby Brown, Finn Wolfhard et les autres ont désormais tous la vingtaine bien entamée, et il devient difficile de raccrocher intuitivement les wagons avec les gamins des premières saisons. Ajoutez à cela des coupes de cheveux ringardes, des fringues de la fin des années 80, et au final un manque d'aura et de charisme au sein du groupe. D’autant que si la candeur et l’innocence des jeunes acteurs d’origine ont été rangées au placard, elles n’ont pas vraiment été remplacées par des performances de comédiens solides, et ça se voit cruellement. Maya Hawke (Rockin’ Robin) s’en sort toujours très bien, mais tout le monde ne suit pas le mouvement, et c’est bien dommage. Quant à Winona Ryder et David Harbour, ils continuent de faire le job sans forcer.
Stranger Things saison 5 prend‑elle assez de risques ?
Le scénario, de son côté, donne l’impression de recycler les saisons précédentes plus que de chercher l’innovation ou la prise de risque. Très vite, tout l’enjeu consiste à éviter de nouvelles incursions de Vecna dans le monde réel. Une musique entraînante, quelques références bien vues disséminées ici et là (le clin d'œil à La grande évasion fonctionne très bien), entretiennent un semblant d’intérêt pour une série dont on se demande, d’épisode en épisode, pourquoi on la regarde encore. Tout sent déjà le réchauffé et, tel Vecna qui revient encore et encore, l’ennui gagne peu à peu du terrain.
Il se passe enfin quelque chose
Jusqu’à un épisode 4 qui se conclut sur une bataille épique, enfin truffée d’effets spéciaux à la hauteur du budget colossal (même si la mise en scène et le montage restent très académiques) et dotée d'un twist final qui nous tire un instant de notre torpeur. Tout ça pour ça ? Disons que, pour une fois, la fin justifie (un peu) les moyens et redonne un soupçon d’intérêt à une série construite davantage sur l’attente que sur la jubilation. Quand celle-ci pointe enfin le bout de son nez, il faut déjà attendre la suite.
L'enfance et l'apocalypse
À ses débuts, les auteurs de Stranger Things avaient bien compris que le cœur du récit résidait dans ces aventures formatrices vécues par des enfants, qui ne basculaient que très rarement dans le fantastique pur. Désormais, la série se déroule quasi exclusivement dans le Monde à l’Envers, où tout n’est que désastre et apocalypse. On peine à entrevoir la moindre lumière au bout du tunnel, et les épisodes ont du mal à faire véritablement ressortir les émotions. Il n’est plus vraiment question de ce moment où l’on quitte l’enfance pour devenir adulte, un genre que Stephen King maîtrise à la perfection et que les créateurs de Stranger Things semblent avoir du mal à gérer aujourd’hui.
Voilà. L’ultime saison commence à peine à prendre son envol qu’il faut patienter jusqu’au début de l’année prochaine pour voir comment les auteurs vont gérer l’atterrissage définitif. Mais ce début de saison n’a rien de très rassurant.
Critique épisode final (MAJ 06/01/26)
Boursouflé, interminable et totalement raté, le dernier épisode de Stranger Things est une catastrophe. Le 42e et tout dernier épisode de Stranger Things est un bloc de 2 heures où tous les défauts de la série convergent dans une surenchère dramatique peu commune.
Pâle tentative ultime d’insuffler un semblant de « vivant réaliste » à des personnages désormais réduits à des fonctions, le final échoue à la fois sur l’émotion et sur le spectacle. Même l’emphase complaisante dans « l’apothéose du méchant », métaphorique et encore une fois plus que douteuse, ne passe pas. Rien n’y fait : rien ne fonctionne.
Final Stranger Things : la magie de la première saison s’est évaporée
L’énième hommage aux films de Spielberg ou de Carpenter, brandi comme un bouclier, ne suffit plus à masquer le vide abyssal du scénario, la gesticulation de ses personnages et cette sensation tenace de s’être fait berner pendant dix ans. Dix ans durant lesquels les Duffer ont capitalisé sur une première saison qui, tout en rendant hommage au cinéma hollywoodien des années 80, proposait des personnages attachants dans une forme forcément séduisante : musique, mise en scène rétro, efficacité.
Saison après saison, à mesure que le casting s’étoffait, la magie s’est évaporée. Quant aux jeunes comédiens devenus adultes, leur talent ne s’est pas confirmé ; chez la plupart, il s’est éteint, ou n’a jamais dépassé ce qu’il était. Il ne reste surtout qu’une fuite en avant : surenchère d’effets spéciaux, ivresse de dialogues insupportablement longs et poseurs, et ‑pire‑ un rythme sans cesse saboté. Dans quantité de scènes, tout s’arrête d’un coup : le son d’ambiance s’atténue, la tension retombe, et deux adolescents au regard torve s’abandonnent à de longues diatribes mal écrites, supposées « expliquer » leur mal‑être, avant que l’action ne reprenne enfin, mécaniquement. Un dispositif récurrent dans cette ultime saison, qui finit par devenir pénible, puis franchement insupportable à regarder.
Le colossal budget de cette ultime saison n’en fait pas davantage la démonstration : tout semble faux, mal fabriqué, mal intégré dans un univers répétitif, formellement essoré et exploité ad nauseam. Le rouge, les néons, les couloirs, le « ça marche » automatique… on sature très vite.
Un final laborieux, interminable
Symptomatique d’une œuvre devenue machine, la série n’arrive plus à s’arrêter. Elle s’achève sur un final marmonnant, laborieux, interminable, qui laisse une impression non pas d’inachevé, mais de boursouflure : un excès inadéquat, sans nuance ni propos. Rien. Le vide. On se surprend à penser que le néant a triomphé. On pensait qu’il serait difficile, voire impossible, de faire pire que la fin de Game of Thrones avant plusieurs décennies. Que nenni : les frères Duffer y sont parvenus avec la fin de Stranger Things.
Stranger Things est terminé ; dans une semaine on aura tout oublié.