Victor comme tout le monde
Le comédien Fabrice Luchini incarne Robert Zucchini, un acteur qui remplit chaque soir les salles en transmettant son amour des mots de Victor Hugo. Jusqu’au jour où réapparaît sa fille, qu’il n’a pas vue grandir…
Hugo délire
Pour son second film de l’année après Maigret et le mort amoureux, et ses retrouvailles avec Fabrice Luchini, déjà dirigé dans Rien sur Robert en 1999, le réalisateur Pascal Bonitzer porte à l’écran le dernier scénario de sa compagne Sophie Fillières, emportée par un cancer avant d’avoir pu le filmer.
Écrit pour l’acteur, le film ressemble à un véritable one man show où Luchini est présent de tous les plans. Pour une fois relativement sobre, il s’efface derrière les mots de Hugo qu’il déclame à longueur de scènes, comme dans son spectacle, d’ailleurs largement repris dans le film.
Ici, fiction et réalité se mélangent et ce n’est pas le patronyme du personnage principal, Robert Zucchini, qui trompera grand monde. Victor comme tout le monde parle avant tout de Luchini, de son amour des mots et de sa passion pour Victor Hugo. En filigrane, le film pose aussi la question de l’amour opposé à l’admiration.
Il confronte également les générations et les sexes autour de cette même question de l’admiration. Malheureusement, ce n’est pas vraiment le cœur du film, qui accumule surtout les citations du grand homme et les anecdotes sur sa vie, jusqu’à parfois frôler l’indigestion.

Entre captation ou making of du spectacle de Luchini et film à la fois de Sophie Fillières et de Pascal Bonitzer, Victor comme tout le monde apparaît comme un objet hybride qui peine à trouver son équilibre. Heureusement, Victor Hugo sert d’ossature à l’ensemble, mais tout cela demeure assez artificiel. D'ailleurs, le film passe quelque peu à côté de son sujet.
Victor et à travers ?
Film sur la transmission, entre générations d’acteurs, entre les sexes, entre un père et sa fille, entre Luchini et son public, Victor comme tout le monde se cherche un peu mais offre malgré tout de nombreux petits moments magiques. Ces instants sont malheureusement un peu plombés par l’économie du film, que l’on sent assez précaire. On aurait aimé que la confrontation de points de vue sur Hugo dure plus longtemps, notamment lorsque l'une des trois jeunes comédiennes que Zuccchini rencontre, le qualifie de « queutard ».
On aurait aussi adoré que la relation entre Zucchini et sa fille ne soit pas tissée de fil blanc. Guernesey était‑il nécessaire ? Mais au final, la passion de Victor Hugo finit par transcender parfois le film. Elle donne envie d’aller voir Luchini sur scène et de redécouvrir les écrits de Hugo. Reste une question : fallait‑il vraiment en faire un film ?