Young Sherlock
S'il y a bien un réalisateur qui souffle le chaud et le froid, c'est Guy Ritchie. S'il parvient parfois à proposer des œuvres presque aussi enthousiasmantes qu'à ses débuts, le nom de l'Anglais désormais très (trop ?) prolifique est associé à des productions bien plus fades, voire ratées. On se souvient de deux films Sherlock Holmes de 2009 et 2011, accueillis de manière inégale par la critique. C'est donc avec une certaine méfiance que nous avons regardé Young Sherlock, énième œuvre succombant plus ou moins à la mode des préquelles et où Ritchie réalise quelques épisodes.
Plus ou moins, car la série d'Amazon est une adaptation des romans Young Sherlock Holmes d'Andrew Lane datant de 2010. Ceux-ci, écrits à destination des jeunes adultes, ne sont donc pas signés par Conan Doyle et ne sont pas nécessairement incontournables. De plus, le show fait le choix de s'intéresser à un jeune homme de 19 ans quand il en a 14 dans les romans. Bref, Young Sherlock est plus à prendre comme un pas de côté, une interprétation un peu libre et fantasmée de la jeunesse du futur détective, plutôt qu'une origin story stricte.
Arnaques, crimes et duo atypique
D'autant que l'idée centrale de la série est de changer radicalement le duo principal au cœur de l'intrigue. Pas de Watson ici, puisque Sherlock ne le rencontrera que bien plus tard, mais un certain James Moriarty. L'idée d'associer Sherlock à sa future némésis est assurément enthousiasmante, d'autant qu'il est encore loin d'être le génie très sérieux qu'il est amené à devenir. Seul ou accompagné par ce nouvel ami qui lui ressemble beaucoup mais dont les méthodes sont régulièrement plus directes, le jeune Holmes est surtout roublard, préférant s'appuyer sur sa solide mémoire, ses doigts agiles et son charme pour avancer.
À l'image de l'excellente alchimie entre Hero Fiennes‑Tiffin et Dónal Finn (qui a vraiment « la gueule » de l'emploi), servi par des dialogues dotés d'une bonne dose d'impertinence, le casting est sans aucun doute l'élément le plus réussi de la série. On relèvera notamment la très attachante Natascha McElhone dans la peau de la mère de Sherlock et Mycroft, surtout en seconde moitié de saison. Bien rythmée et pas exempte de cabotinage sur le fond et la forme façon Guy Ritchie (on aurait tout de même aimé un peu plus de fantaisie dans la mise en scène, notamment des palais mentaux), Young Sherlock reste cependant une série relativement classique.
Holmes sweet Holmes
L'intrigue dans laquelle se retrouvent embarqués Sherlock et Moriarty quand ils se rencontrent à l'université d'Oxford est régulièrement prévisible et certaines ficelles bien visibles. Mais en ne laissant presque jamais son intrigue dynamique au même endroit (scénaristique ou géographique) deux épisodes de suite, difficile de s'ennuyer. L'évidence de certains retournements de situation n'empêche pas de profiter du voyage, bien conçu et continuellement réjouissant. Young Sherlock a également le bon goût de faire juste ce qu'il faut de clins d'œil à l'univers de Sherlock Holmes pour éviter la lourdeur, tout en proposant une exploration assez inédite de la famille du détective.
Si Young Sherlock est un brin trop sage par certains aspects pour véritablement marquer sur le long terme, il s'agit cependant d'un divertissement très honnête et bien réalisé difficile à bouder. Au‑delà de divertir, on espère qu'une éventuelle saison 2 viendra davantage faire évoluer nos deux héros vers leur version adulte, ainsi que leur relation naissante, évidemment amenée à tourner au vinaigre et dont on peut déjà sentir les prémisses en fin de saison 1. En attendant, la proposition fait un travail tout à fait correct entre hommage à un univers ultra‑balisé et légère réécriture qui s'amuse. Et c'est déjà vraiment pas mal.