Comment avez‑vous découvert cette incroyable histoire et pourquoi en faire un film ?
J’aime aller à de petits festivals de cinéma. C’est comme ça que je me suis retrouvé au Slamdance Film Festival, un festival de documentaires. J’y ai vu un film sur un groupe hommage à Neil Diamond, qui s’est révélé être une histoire d’amour incroyablement touchante. Plus j’avançais dans le documentaire, plus je me disais que je devais absolument en faire un long métrage.
Le film tient en grande partie sur son duo d’acteurs/chanteurs…
Ce qui m’a motivé pour en faire un film, c’est avant tout l’envie de dépeindre la réalité de la classe ouvrière américaine. Et je pense qu’il n’y a qu’une poignée d’acteurs auxquels le public peut réellement croire dans ce type de rôle. Hugh et Kate sont tellement sincères dans leur jeu. On y croit. On les soutient, parce que leur amour à l’écran est authentique. Je savais qu’il me fallait des acteurs comme eux, non seulement pour chanter ‑ce qu’ils font tous les deux avec brio‑ mais aussi pour créer une véritable connexion entre eux, qui permette au public de croire qu’ils sont issus de la classe ouvrière.
Vous savez, depuis Hustle and Flow, j’ai eu des acteurs qui jouaient des rappeurs, des rappeurs qui essayaient de jouer la comédie, des chanteurs qui jouaient la comédie, et inversement. J’ai vraiment de la chance d’avoir Hugh et Kate, qui savent à la fois chanter et jouer. Et ça n’a vraiment pas été difficile avec eux. Ce sont de vrais professionnels et ils sont extrêmement divertissants.
J’ai entendu dire qu’ils se sont rencontrés pour la première fois en studio, pour enregistrer les chansons du film ?
Oui. D’habitude, on se réunit et on répète. Mais là, je me suis dit : allons directement en studio. Je savais qu’il allait se passer quelque chose. Et c’est vraiment là qu’ils ont trouvé leur rythme. C’était effectivement la première fois qu’ils étaient ensemble. Assis sur un canapé, les micros justes à côté d’eux, ils ont commencé à enregistrer Holly Holy. C’était la première fois que je les voyais se regarder dans les yeux. Et là, l’alchimie a commencé à se faire sentir. Je me souviens m’être tourné vers mon équipe et avoir dit : « Ça va vraiment marcher. Ils sont magnifiques ensembles. Ils ont une super complicité ». L’équipe s’est arrêtée pour les regarder, parce qu’il y avait vraiment quelque chose de magique entre eux. Comme la première fois qu’ils sont apparus devant la caméra, tout le monde autour des moniteurs disait : « C’est le couple parfait ! C’est le couple dont on a toujours rêvé ! ». On ne savait juste pas qu’on le voulait.
On peut parler des perruques ?
[Rires] En réalité, Hugh est le seul à avoir porté une perruque et avec style ! On a essayé d’en mettre une à Kate Hudson, mais elle a dit : « Enlevez ça ! Je vais me faire une belle coiffure volumineuse, comme dans les années 80 ». C’était quelque chose de la voir tous les matins avec ses bigoudis pour donner du volume à ses cheveux. Mais honnêtement, la première fois qu’on voit Kate Hudson apparaître à l’écran avec ce jean bleu délavé et cette coiffure… on est vraiment dans les années 80.
Au‑delà du fait que l’action se déroule dans les années 80, votre film fait très « années 80 » dans sa mise en scène, son montage… C’est un film old school.
Merci, je suis ravi que vous l’ayez relevé. Absolument. J’adore les films des années 80. Ces films qu’on allait voir au cinéma et dont on écoutait la bande originale en boucle une fois rentrés à la maison. Il y a tellement de films comme Purple Rain, Footloose, Dirty Dancing ou Flashdance, où la musique faisait partie intégrante du récit. Elle accompagnait l’histoire, elle était aussi importante que le scénario. J’adore faire ce genre de films, et je suis vraiment heureux qu’on ait réussi à en faire un comme ça.
D’ailleurs, quelle partie d’un film préférez‑vous : le tournage ou le montage ?
J’adore tourner, mais je dois dire qu’il n’y a rien de mieux que de se retrouver seul avec son monteur, sans personne d’autre, à expérimenter différentes manières de construire le film. C’est parfois stressant. Par exemple, on peut regarder un montage de 2 heures et se rendre compte qu’il y a 50 minutes en trop, et qu’il faut trouver un moyen de les couper. Mais j’adore le montage. C’est ma partie préférée du processus.
C’est clairement un film de cinéma, dans le sens pur du terme ?
À chaque projection, le public est unanime : il faut absolument voir le film en salle. C’est presque comme aller à un concert. Plus encore que la musique ou le jeu des acteurs, c’est l’expérience collective : être dans une salle, entendre les rires et les larmes des spectateurs, vivre ensemble cette catharsis émotionnelle que je voulais créer.
Le public français ne connaît pas forcément très bien Neil Diamond. Que représente‑t‑il pour la culture américaine ?
C’est un artiste typiquement américain. Il appartient à cette génération d’auteurs‑compositeurs‑interprètes qui ont su capturer une certaine fascination américaine. Il chante l’isolement, la solitude, mais aussi l’amour et l’exaltation. Il y a chez lui un désir intense. Et en concert, la connexion avec le public était incroyable.
D’ailleurs, il y a des chansons que beaucoup de gens connaissent sans même savoir que c’est Neil Diamond qui les a écrites. Je pense par exemple à I’m a Believer. Je ne sais pas si vous êtes de ma génération, mais moi, j’ai grandi en pensant que c’était une chanson des Monkees. J’ai une fille de 17 ans qui, en l’entendant, a crié : « Shrek ! ». Sa musique continue de toucher les gens, années après années. Chaque génération tombe amoureuse de ses chansons. C’est ça, Neil Diamond, pour l’Amérique.
Finalement, comment décririez‑vous votre film ? Drame, comédie musicale, feel‑good movie… ?
Ce n’est pas une comédie musicale au sens classique, où les personnages se mettent à chanter comme dans Oklahoma ! ou West Side Story. C’est un film très musical, mais je dirais que c’est avant tout un drame. On pourrait même parler de drame musical plutôt que de comédie musicale dramatique. En tout cas, il y a beaucoup de chansons !