C’est votre premier film. Comment vous êtes‑vous retrouvé produit par Blumhouse ?
J’avais réalisé un court métrage intitulé The Chair, un producteur m’a contacté en me disant qu’il l’avait vraiment aimé. Il m’a demandé si je voulais en faire une version long métrage. J’ai répondu que ce serait super, mais que j’avais une autre idée de film, Obsession, et que j’aimerais lui en parler. Il m'a écouté. Il a vraiment aimé l’idée et m’a dit : « Vas‑y, écris‑le, et si c’est bien, on verra ». J’ai donc écrit le film, et… nous voilà. Mais ça a été un vrai parcours du combattant. D’ailleurs, nous ne savions pas si nous allions être sélectionnés au TIFF, qui est un très gros festival international. Et finalement… nous l’avons été ! Et à la suite de cette sélection, le film a été acheté par Focus Features !
Et d’où venait cette idée ?
J’avais cette idée dans mes notes depuis un moment : un couple obsédé l’un par l’autre. Je pense que le concept de l’obsession se prête vraiment bien au cinéma d'horreur, qu'il s'agisse de vouloir devenir le numéro un dans son boulot ou de collectionner des chaussures… peu importe l’objet de l’obsession. Je pense qu’il y a un film d’horreur caché dans chaque forme d’obsession. Mais être obsédé par une autre personne, c’est une thématique tellement riche. J'y pensais donc depuis longtemps, et puis un jour, l’idée du vœu m’est venue en regardant un épisode des Simpson. Un épisode où Bart avait une patte de singe : il courait en ville en faisant des vœux et semait le chaos. Là, ça m’a frappé : la réalisation de vœux était l'entrée parfaite pour mon idée sur l’obsession. J’ai donc vraiment commencé à développer le film à partir de là : un épisode des Simpson !
Votre film a un petit côté La quatrième dimension, non ?
Tout à fait. Ça ressemble un peu au concept de La quatrième dimension, effectivement. Je ne pense pas qu’il y ait un épisode précis qui m’ait influencé, mais il y a quelque chose de l'ordre du conte moralisateur, ces concepts courts qui mettent toujours les gens en garde : « Fais attention à ce que tu souhaites », « Fais attention à ce que tu fais avec cette relique ». Ce sont des histoires typiques de La quatrième dimension…
En fait, ce n’est pas un film d’horreur classique. Vous vous décalez un peu du genre, vous jouez avec le spectateur. Il n’y a pas vraiment de jump scares…
Effectivement, j’essaie de ne pas faire trop de jump scares juste pour le principe. J’ai l’impression que parfois, cela peut paraître un peu facile. Un personnage ouvre un placard, il y a un bruit fort, une balle tombe… j’essaie d’éviter ce genre de choses. Je joue davantage sur l'ambiance, qui est pour moi essentielle pour créer de la tension. D’ailleurs, j’essaie d'en montrer le moins possible. Je crois que moins on montre le « monstre », plus on apporte de mystère au public. La chose la plus effrayante, la plus flippante, c’est l’inconnu. Par exemple, quand on cache le visage de quelqu’un, on cache immédiatement ses intentions. On ne sait pas s’il va vous tuer ou vous faire un câlin. Il y a quelque chose de terrifiant à cacher un visage. Pour moi, il y a une différence entre « effrayant » et « flippant ». J’essaie de trouver ces nuances et d'utiliser le côté flippant à mon avantage. Un truc que j’adore également, que je trouve super excitant, c’est de mener le public dans une direction puis d'en changer brusquement. C’est, à mon avis, beaucoup plus captivant de regarder quelque chose quand on ne sait pas où cela nous mène.
Vous aimez jouer également énormément sur l’ambiguïté des personnages…
J’avais vraiment envie de raconter une histoire où le personnage principal, Bear, le héros du film, devient une sorte de méchant. À la fin, il l’est clairement. Et face à lui, Nikki, celle qui est « possédée », devient peu à peu la victime. C’est quelque chose qui m’a vraiment intrigué en tant que conteur. Bear commence comme un gars qui a juste un coup de foudre pour une fille. Je pense qu’on peut tous s’identifier à cela : avoir un coup de foudre pour quelqu’un qui ne partage pas ce sentiment. C’est ce qu’il choisit de faire ensuite qui devient… discutable.
D’ailleurs, Inde Navarrette, qui joue Nikki, porte clairement le film sur ses épaules. Si sa prestation n’était pas aussi spectaculaire, le film s’écroulait ?
Oui, clairement. Et nous l’avons su très tôt. Nous avons donc mis en place un processus de casting très strict pour trouver l’actrice qui jouerait Nikki. Beaucoup de candidates avaient le côté naturel que nous recherchions, mais elles ne s’en sortaient pas pour les scènes flippantes. À l'inverse, beaucoup étaient très bonnes pour l'horreur, mais ne fonctionnaient pas pour les scènes de dialogue. Ce fut un long processus, mais heureusement nous avons trouvé Inde, qui a fait un travail formidable.