Fred Cavayé, Hugo délire ?
Film événement de cette fin d'année, Les Misérables l'est autant par l'histoire qu'il raconte que par le casting qui le compose. Étonnamment, c'est le réalisateur Fred Cavayé, pas forcément habitué au grand spectacle et aux castings quatre étoiles, qui s'est chargé de cette nouvelle adaptation du chef‑d'œuvre de Victor Hugo. Force est de constater qu'il s'en est assez bien sorti, même s'il s'est permis quelques choix radicaux…
Pourquoi cette nécessité de faire Les Misérables en 2026 ?
Je ne sais pas si on peut appeler ça une nécessité. En tout cas, il y avait tout pour faire un grand film spectaculaire. Avec en plus des personnages qui ont une véritable épaisseur, inventés par Victor Hugo. Pour moi, c'était aussi aller sur un terrain qui est presque la quintessence du roman populaire et, par conséquent, du film populaire, dans le bon sens du terme. Mais surtout, ce roman est intemporel et universel. Il y a un message et un fond plus que politiques, qui sont terriblement d'actualité.
Vous avez pris le parti de raconter en parallèle ce qui a fait que Javert est Javert et ce qui a fait que Valjean est Valjean. Ce n'est pas dans les autres adaptations…
Mais c'est dans le roman ! Il y a une ligne qui décrit Javert et, quand je la lis, c'est pour moi une révélation qui me met le feu. Tout de suite, je me dis qu'il faut faire une nouvelle adaptation, déjà pour raconter ça. Hugo décrit Javert comme étant le fils d'une bohémienne né dans un cachot, tandis que son père est parti aux galères. Là, j'ai eu une révélation, je me suis dit que dans ce personnage qu'on a tout le temps dépeint comme un policier qui croit en l'ordre, pour qui son travail est d'arrêter les gens qui ne sont pas dans le droit chemin, en fin de compte, ce qu'il veut tuer, c'est ce qu'il est lui‑même ! Je me dis : en vérité, Javert, c'est Dark Vador !
Cela a‑t‑il été difficile de couper dans le roman‑fleuve d'Hugo ?
Pour faire un film de 3 heures d'après ce roman, il faut forcément couper des choses. J'ai essayé d'aller vraiment à l'os. Suivre la narration, comprendre le fond des personnages et garder autant que possible l'émotion. Ensuite, je joue un peu avec le lecteur/spectateur. C'est‑à‑dire qu'il y a des passages qu'il attend et je dévie un peu. Sur la séquence de Cosette avec son seau par exemple : dans la scène où elle prend son seau et qu'elle va vers la porte, on sait qu'elle va aller dans la forêt, qu'elle va tomber sur Valjean. Sauf que là, je montre cette rencontre plus tôt dans le déroulé, avec cette porte qui s'ouvre et la lumière qui arrive. C'était une manière d'aller plus rapidement dans le récit et de jouer aussi avec ce qu'on connaît déjà. On change des petites choses sur la forme, mais sur le fond, ça reste la même chose : que ce soit dans les bois ou à l'intérieur de la taverne, Valjean rencontre toujours Cosette. Pareil pour Gavroche : au début, je me suis interdit la casquette. Il y avait un côté trop déjà‑vu. Mais est‑ce que Hugo va m'en vouloir si j'enlève la casquette de Gavroche ? Pas forcément…
Votre film a presque un côté western par moments. Presque spaghetti, même…
Ah oui, ça a été ma principale référence. Quand j'ai fait l'adaptation, je me suis nourri de beaucoup de westerns. Je suis un grand fan de Sergio Leone, mais je suis aussi un grand fan des westerns que j'appelle modernes : Danse avec les loups, Open Range, ou ce film avec Christian Bale, Hostiles. Je ne sais pas si vous avez vu ce film, c'est un grand film où il y a du Valjean, je trouve, dans le personnage de Bale : quelqu'un qui déteste les Indiens parce qu'il les prend pour l'ennemi et qui va se rapprocher de l'humanité et se rendre compte qu'il s'était trompé de chemin. Il y a du Valjean et du Javert, d'ailleurs.
Vous n'avez pas souhaité moderniser un peu le récit, comme le font souvent les adaptations ?
Non, non, pourquoi l'aurais‑je fait ? Sur le fond, le roman est terriblement moderne : tous les thèmes qui sont évoqués sont d'actualité, toujours. On n'a pas besoin de moderniser Les Misérables ! Après, sur la forme, je n'ai surtout pas essayé d'être plus malin que le roman ou que l'adaptation. Ce n'est pas un film où j'ai voulu faire des effets de caméra. J'ai juste voulu retranscrire l'ampleur et le souffle, mais pas d'effets. Parce qu'au final, ça n'aurait flatté que mon ego de metteur en scène.