Interview
Eli Roth - Hostel chapitre 2
Comme Hostel, Hostel chapitre 2 est produit par Quentin Tarantino et réalisé par son ami Eli Roth. Un metteur en scène engagé qui a choisi le film de genre pour tribune.

Pourquoi Hostel 1 et 2 se déroulent-ils en dehors des USA ?
ER : il y a une chose qui me fascine, c’est le choc des cultures. Je me rappelle être allé en Russie à 17 ans, et cela m’avait fait appréhender mon pays de façon nouvelle. En voyageant, je me suis rendu compte que les Américains avaient une vision complètement distordue de la réalité des autres pays. Il faut comprendre que seulement 12 % des Américains ont un passeport. Ils ne sont pas curieux et leur culture de l’étranger passe principalement par les films. C’est pourquoi j’ai voulu faire une série de films qui joueraient sur cet aspect de la non-culture américaine.

Pourquoi cette suite ?
ER : lors de la sortie d'Hostel, les gens étaient particulièrement stupéfaits par la scène du vestiaire. Ils voulaient comprendre pourquoi le bourreau était encore plus nerveux que sa victime. Ils voulaient voir un film sur ce type. C’est ce qui m’a décidé à faire cette suite. C’est un film sur le fait de se sentir puissant. Je pense que beaucoup de gens, dans les grosses entreprises, hurlent sur des subalternes juste pour évacuer la pression et le stress des responsabilités. J’ai simplement poussé au maximum ce type de comportement. Je voulais aussi que l’on prenne conscience de la globalisation qui consiste à nous convaincre que tout est à vendre du moment qu’on y met le prix. C’est la scène des enchères dans Hostel 2. Notre société est malade. Et pour certaines personnes, avoir de l’argent ne suffit pas. Il leur faut la toute-puissance.

Parlez-nous des nombreux bonus des éditions Blu-Ray et DVD d'Hostel 2
ER : je pense que les gens qui regardent un DVD ou un Blu-Ray le font pour différentes raisons. La première chose, c’est que mes bonus ne sont pas conçus pour être regardés en une seule fois. Ce sont des modules souvent élaborés pour les fans. Par exemple, le commentaire audio de Quentin Tarantino est bourré d’anecdotes. Le mien porte plus sur la conception et la réalisation d’un long métrage. En ce qui concerne les featurettes et le making of, c’est le moyen de se sentir comme un des membres de l’équipe de tournage. Je veux que les gens me connaissent, sachent d’où je viens, pourquoi j'ai fait un film comme celui-là et quelles ont été mes motivations. Ils doivent se sentir concernés, impliqués…

Quelle est, selon vous, la scène la plus effrayante du film ?
ER : pour moi, la scène la plus pénible est celle où un adulte pointe son arme sur la tête du gamin. Ce qui, a priori, n'a choqué personne… Lorsque je fais un film, j’essaie de penser à ce que veut mon public. Tous mes films, je les fais pour presque rien. Même pas l’équivalent du budget café de Titanic ! Hostel 2 a coûté 16 millions de dollars, ce qui n’est même pas le salaire d’une immense star américaine. Mais le public s’en moque. Le prix de la place est le même, qu’il aille voir un film à 100 ou 16 millions de dollars. Par contre, en retour, il veut ressentir des choses, être soufflé ou perturbé parce qu’il voit l’écran. Mais vous devez doser vos effets. Vous pouvez faire peur, mais pas faire fuir. S’il y a une scène de viol par exemple, vous avez intérêt à savoir ce que vous faites, ou carrément être Gaspar Noé (Eli Roth fait référence à la scène de viol d’Irréversible de Gaspar Noé, NDLR). Les gens doivent comprendre pourquoi vous choisissez de filmer cette scène d’une certaine façon. Cela ne doit pas être gratuit. Si vous filmez juste pour choquer, que vous ne savez pas pourquoi vous faites les choses, vous devenez vite irresponsable. C’est pourquoi la séquence où l’enfant est abattu d’une balle dans la tête se déroule hors champ. Tout le monde me parle encore de la scène de la baignoire, alors que pour moi, la plus réaliste et abominable, c’est celle de l’enfant. Il s'agit d'ailleurs d'une métaphore sur l’Amérique et son président, qui provoque une guerre pour faire de l’argent : « Si vous n’êtes pas dans mon business, je vous tue ».

Vous parlez d’Hostel 2 comme d’un film assumé et clairement anti-Bush. Quel genre de cinéma feriez-vous si George Bush n’était pas président des États-Unis ?
ER : il n’existe pas de société idéale. Même si nous avions un excellent président, il y aurait toujours des raisons de se révolter et une source d’inspiration pour que je puisse faire d’autres films d’horreur.
Par Cédric Melon • Publié le 25/04/08
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