le 02 septembre 2026 - 07h28 (mis à jour le 02 septembre 2026 - 07h56)

The Cure propulse Bordeaux sur la Lune

Deux jours avant le concert apothéose de Rock en Seine au parc de Saint‑Cloud, The Cure électrisait la place des Quinconces à Bordeaux, tête d'affiche internationale d'un tout nouveau festival, le bien nommé Pagaille.

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Entre l'électro de la Belge Charlotte de Witte le lendemain ou notre tout premier concert de The Cure, notre cœur a évidemment penché pour Robert Smith et sa bande échevelée fantasmagorique. Quelque part entre votre ado mal dans sa peau et votre tonton bizarre, Robert Smith est surtout, à 67 ans, une icône. Le pape du post‑punk, de la new wave, de la planète gothique, une voix indéfinissable, un look ténébreux à la Tim Burton, surtout, un songwriter doté d'une aura dont peu de chanteurs peuvent se targuer. Sans aucun artifice autre que ses smoky eyes et son trait de rouge à lèvres façon The Joker. 

 

 

Bordeaux sur la Lune

Connu pour sa froideur légendaire et quelque peu coincée (on en a vu des pulls roses noués sur les épaules à d'autres gig du cru), Bordeaux allait‑elle accueillir dignement l'ultime représentant d'une espèce lunaire en voie de disparition, fuyant le marketing autant que les interviews ? « Tout est dans mes chansons », a‑t‑il timidement lâché sur scène lors de cette incroyable tournée, qui fait suite à la sortie en 2024 de l’album Songs of a Lost World, le quatorzième.

 

Oui ! Bordeaux a bougé. Bordeaux a chanté (on ne s'est pas lassé des « Vas y papaaaaa, tu peux le faire, t'es bonnnnnn », lancé par notre voisin de fosse). Bordeaux était en fusion et à l'unisson. 31 000 personnes venues inaugurer ce tout premier festival en cœur de ville, sur la place des Quinconces, pris en étau entre le serpentin brun de la Garonne et la magnifique statue des Girondins et ses chevaux palmés, célébrant non pas une équipe de foot sur le déclin, mais les députés girondins et républicains guillotinés durant la Terreur en 1793. Le tout sous une nuit de pleine lune qui ne pouvait pas mieux tomber.

 


The Cure version dansante

Sous ces meilleurs auspices, la fan base du groupe n'a pas démenti sa bienveillance légendaire et son mélange des genres si photogénique : gothiques, jeunes, moins jeunes (surtout), punks, mamans et papas, enfants. Dress code ? Noir ! Après avoir poliment dédaigné un sandwich aux cœurs de canard (la touche locale…) au profit d'une barquette de frites molles, direction les premiers rangs pour profiter au mieux de ce concert peut‑être à tout jamais unique.

 

Un concert de festival mais un concert de 2h30 du tout de même, à la tonalité générale plutôt festive. Festif, tout est relatif bien sûr pour Robert Smith, dont l'énergie rentrée irradie malgré tout l'assemblée. Les monstres sacrés du rock anglais ont alors déroulé ce qu'ils savent faire de mieux : de la musique sans chichis, brute, planante, indémodable, étrangement dansante, enchaînant crescendo les tubes dans une atmosphère digne d'un conte romantico‑lugubre. Après quelques titres au son mal réglé et brouillon, tout s'arrange pour un voyage qui passera parfois par des planètes lointaines, parfois familières voire intimes, poétiques, ou carrément tout à la fois.

 

Co‑artisan des albums les plus extrêmes et expérimentaux du groupe (Seventeen Seconds, Faith, Pornography), le complice Simon Gallup, aux bras démesurés, semble né pour tenir une guitare basse. À lui seul, il bouge plus que tout le groupe réuni sur scène. Qu'importe, la sensation The Cure était bien là. Et comme son nom l'indique, elle peut guérir votre spleen ou bien au contraire l’augmenter, selon votre humeur du jour.

 

 

Au fait, pourquoi le bien nommé Festival Pagaille ? Pour sa sortie, pardi. Trente minutes pour sortir de l'enceinte du concert, c'est beaucoup trop en cas de mouvement de foule. Soit la jauge n'était pas la bonne, soit le parcours. Heureusement, les Curistes sont les plus cool.

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