Aaron Sorkin reconnaît ses limites en tant que réalisateur
Le créateur d’À la Maison‑Blanche et scénariste de The Social Network, Aaron Sorkin vient de faire preuve d’une qualité plutôt rare à Hollywood : l’humilité. Un sentiment qui fait suite à l’échec critique et commercial particulièrement injuste de The Social Reckoning, sorti début octobre en salles. Sorkin s’est montré étonnamment franc sur ses propres limites en tant que réalisateur.
Certains cinéastes sont de grands metteurs en scène, mais des scénaristes moins accomplis. Aaron Sorkin semble être exactement l’inverse. L’homme a signé les scénarios de films devenus des références : Des hommes d’honneur, Le stratège, Le président et Miss Wade, Malice et Steve Jobs. Il a également créé des séries comme The Newsroom, Sports Night et Studio 60 on the Sunset Strip.
En 2017, il passe pour la première fois derrière la caméra avec Le grand jeu porté par Jessica Chastain, avant d’enchaîner avec Les Sept de Chicago (2020) et Being the Ricardos. Trois films salués pour la qualité de leur écriture et de leurs interprétations, mais dont la mise en scène n’a jamais véritablement fait l’unanimité.
Aaron Sorkin en mode autocritique
Interrogé par The Hollywood Reporter lors du Festival du film de Newport Beach, Sorkin reconnaît que côtoyer des cinéastes aussi accomplis que David Fincher et Danny Boyle n’aura finalement pas suffi à faire de lui leur égal derrière la caméra : « J’ai été surpris de constater à quel point j’avais finalement assimilé peu de choses de la technique cinématographique. Il s’avère que je n’ai aucune sensibilité visuelle… Une grande partie de moi a l’impression d’être entré dans l’industrie du cinéma il y a seulement quelques minutes et d’avoir encore énormément de choses à apprendre.
Il poursuit : De temps en temps, j’ai l’occasion de discuter avec des étudiants en scénario, et l’on me demande : "Est‑ce que l’écriture scénaristique peut s’enseigner ?" Ma réponse est qu’il existe des aspects de l’écriture, des aspects importants, qui peuvent être enseignés et appris, mais qu’il y en a d’autres qui ne le peuvent pas. Et ces aspects qui ne peuvent pas s’apprendre. C’est généralement ce que nous désignons par le mot "talent". Ce qui m’inquiète beaucoup, c’est que les aspects de la réalisation dans lesquels je ne suis pas bon soient précisément ceux qui ne peuvent pas s’apprendre ».

Sur le tournage de The Social Reckoning © 2026 CTMG, Inc. All Rights Reserved.
Ne pas confondre échec commercial et sentence artistique
Sorkin ajoute qu’il aurait préféré que David Fincher réalise le film : « Mais David a un contrat d’exclusivité avec Netflix et les droits du projet appartenaient à Sony ».
Il s’est donc finalement chargé lui‑même de la réalisation de The Social Reckoning, un film au budget de 40 millions de dollars qui n’en a rapporté, à ce jour, que 15 millions dans le monde.
Certes, Sorkin ne possède ni la virtuosité visuelle de Fincher ni le sens de la mise en scène de Boyle. Mais son travail reste d’une honnête facture, que bien des réalisateurs autrement plus médiocres pourraient lui envier. Et l’on peut raisonnablement penser que si The Social Reckoning avait engrangé des centaines de millions de dollars, certains de ceux qui l’accablent aujourd’hui lui auraient soudain découvert de remarquables qualités de cinéaste.
Car à Hollywood, on ne vaut souvent que ce qu’a rapporté son dernier film. Une logique aussi cynique qu’absurde, où le succès commercial finit parfois par tenir lieu de jugement artistique. Or, si The Social Reckoning est loin d’être un chef‑d’œuvre, il l’est tout autant du naufrage que ses résultats au box‑office pourraient laisser supposer. Confondre échec commercial et médiocrité artistique reste une facilité critique aussi répandue que regrettable. Et dans le cas de Sorkin, particulièrement injuste.