Concert de Paul Simon au Grand Rex, une légende sur scène

le 05 mai 2026 - 19h30

En 2016, Paul Simon était revenu à Paris dans le cadre d’une tournée d’adieu (Farewell Tour) pour donner un ultime concert au Palais des Sports. On ne s’attendait donc plus à revoir la moitié de Simon & Garfunkel devant un micro, et encore moins sur une scène parisienne. C’était mal connaître le troubadour new-yorkais, capable de dissoudre son fameux duo sur un coup de sang, de ne plus adresser la parole à son acolyte pendant des années à la Roger Waters/David Gilmour, puis de le reformer à deux reprises pour des tournées mémorables. Il avait donc dit adieu à la scène depuis près de dix ans et annoncé avoir perdu l’audition de son oreille gauche, mais fin 2023, il sortait de sa réserve pour livrer un album acoustique de sept chansons, conçu pour être écouté dans son intégralité : Seven Psalms. Un album comparé au Blackstar de David Bowie ou You Want It Darker de Leonard Cohen. On y voyait un testament…

Contre toute attente, Paul Simon a donc repris la route pour défendre tardivement cet album et rappeler au passage qu’il est l’un des derniers songwriters du XXe siècle, une page de la culture américaine à lui tout seul. Intitulée A Quiet Celebration Tour, cette tournée s’annonce plutôt calme. D’ailleurs, le choix de la salle, le Grand Rex, n’est pas anodin : ce sera le parfait écrin pour cette célébration feutrée. Nous y étions.


Saint Simon

À 20 heures pétantes, les lumières se tamisent et un flottement envahit la salle pendant de longues minutes, avant que Paul Simon, tout de sombre vêtu, ne vienne nous saluer. Il nous annonce le menu de la soirée : un premier set composé de l’intégralité de son dernier album, sans pause, puis un entracte et un éventail de ses chansons, dont il donne d’ailleurs un avant-goût avec sa guitare. Neuf musiciens apparaissent, et les sept morceaux de Seven Psalms s’enchaînent de manière un peu soporifique, il faut bien l’avouer. On se demande pourquoi un écran au-dessus de la scène nous donne les titres des chansons… Passons. Le temps s’écoule lentement. Hormis deux ou trois passages, cette première partie plombe un peu l’ambiance, tant les chansons semblent plus faites pour être écoutées au coin du feu ou dans un petit club. Qu’importe : Paul Simon et ses musiciens nous mettent en condition pour la suite. Le concert sera en grande partie acoustique. Sur les deux derniers morceaux, il invite sa femme, Edie Brickell, à le rejoindre. Leur communion est visible, c’est sans doute l’un des meilleurs moments de cette première partie. À 84 ans, la voix de Paul Simon est désormais tremblotante, moins cristalline et puissante qu’avant, mais heureusement, l’acoustique du Grand Rex la met incroyablement en valeur. On craint un peu pour la suite : que cela va-t-il donner avec les grands standards ?

Simon le bon
Après 20 minutes d’entracte, nous sommes fixés. Paul s’est changé, arbore de la couleur et revient sur scène avec son groupe (augmenté de quelques musiciens). Il entame directement par Graceland, titre phare de l’album éponyme. La voix est plus assurée, mais pas plus puissante pour autant. Malin, le chanteur a réorchestré comme à son habitude ses titres, ici en version acoustique. Hormis une basse et une guitare électrique sur certains titres, on se croirait à l’époque de MTV Unplugged. Pas de cuivres ni de chœurs sur cette tournée, mais encore une fois, un sublime ensemble de musiciens menés à la baguette par Paul Simon. C’est d’ailleurs toujours impressionnant de regarder ses mains durant les concerts : il ne cesse de donner des indications du bout des doigts à son groupe, et parfois les malmène carrément. Ce ne sera pas le cas cette fois : l’harmonie règne sur scène. Clairement pensé comme un concert intimiste, le show a un peu de mal à faire bouger la salle, qui écoute assez religieusement, il faut le dire, le chanteur. Qu’importe, le plaisir demeure.

 

Un public très sage 

Assez volubile, Paul présente une grande partie de ses chansons, mais n’interagit pas vraiment avec les spectateurs, sauf à la fin du concert, où il enchaîne principalement des morceaux de sa carrière solo, et de préférence des titres plutôt lents (Slip Slidin’ Away, Train in the Distance, Homeward Bound, The Cool, Cool River). Les fans de Simon & Garfunkel seront sans doute pour leurs frais : les chansons du duo ne constituent clairement pas la majeure partie de la setlist.


Qui connaît Paul Simon en concert sait qu’il ne faut pas s’attendre à un calque de ses chansons, comme sur les albums. C’est encore une fois le cas ici, et pas seulement pour ménager sa voix. Le plus bel exemple est la sublime version d’Under African Skies (également issu de l’album Graceland), accompagnée d’Edie Brickell. On redécouvre clairement la partie féminine, sublimée par la chanteuse, qui reviendra d'ailleurs pour la partie sifflée de Me and Julio Down by the Schoolyard, chanson qui clôturera le concert, malheureusement bien sage du côté du public.

 

Une légende sur scène

Heureusement, les rappels voient le Grand Rex se lever comme un seul homme. Il faut dire que Paul enchaîne Something So Right, 50 Ways to Leave Your Lover et The Boxer, laissant le refrain au public, qui s’époumone sur les « Lie la lie… ».


The Sound of Silence clôture ce gig avec Paul seul à la guitare acoustique. Le public exulte : il était en grande partie venu pour ces chansons. Le spectacle terminé, on reste un peu sur sa faim, mais tout de même heureux d’avoir entendu, probablement pour la dernière fois sur scène, une telle légende.


En attendant le concert d’Art Garfunkel à la rentrée…

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