Gore Verbinski (Pirates des Caraïbes) donne son avis sur les effets spéciaux d'aujourd'hui

le 23 janvier 2026 - 08h27

À l’occasion de la sortie de Good Luck, Have Fun, Don’t Die, porté par Sam Rockwell, le cinéaste Gore Verbinski revient sur l’évolution récente des effets visuels au cinéma. Et Verbinski parle en connaisseur puisqu'il a souvent eu recours aux images de synthèse, parfois avec un impact considérable, comme pour Davy Jones dans les suites de Pirates des Caraïbes, une créature numérique conçue il y a plus de vingt ans, encore souvent citée comme référence.

Mais aujourd’hui, le constat est moins flatteur. Les critiques au sujet de la qualité des effets visuels numériques se multiplient, beaucoup jugeant les images plus factices et moins convaincantes qu’autrefois. Les explications avancées sont nombreuses, entre pression budgétaire, externalisation, délais comprimés et arbitrages industriels.

 

Interrogé sur les raisons de cette impression de dégradation, Verbinski surprend en pointant du doigt un basculement technologique : l’arrivée d’Unreal Engine dans la chaîne de fabrication des VFX, au détriment des logiciels plus traditionnels de modélisation et d’animation 3D comme Maya. Selon lui, l’esthétique issue du jeu vidéo s’invite dans le cinéma, avec des résultats inégaux.

 

Des effets VFX plus stylisés, moins réalistes

Dans un univers assumé comme stylisé, il estime que l’approche peut fonctionner. En revanche, lorsqu’il s’agit de viser un photoréalisme strict, il juge l’outil moins convaincant. Il évoque notamment la manière dont la lumière interagit avec la matière, en particulier la peau, la diffusion sous surface et les phénomènes de dispersion, autant d’éléments qui, mal reproduits, alimentent l’effet de vallée dérangeante sur les créatures numériques. Il pointe aussi une tendance à privilégier la vitesse via l’interpolation et des procédés automatisés, plutôt que le travail manuel image par image.

 

Le réalisateur élargit enfin la critique à ce qui serait devenu acceptable dans certains processus de validation. Il cite des plans où des bateaux paraissent ne pas réellement flotter sur l’eau, rappelant qu’à l’époque du premier Pirates des Caraïbes, l’équipe allait en mer et tournait sur un véritable navire.

 

Gore Verbinski applique sa règle des « au moins 50% du cadre en prise de vues réelles »

Ces déclarations ont suscité des réactions dans le milieu des effets visuels. Certains professionnels contestent l’idée qu’un logiciel puisse, à lui seul, expliquer l’état actuel des images de synthèse. Pour eux, la qualité relève avant tout du regard artistique, du niveau d’exigence, du temps alloué et des conditions de production, bien plus que de l’outil utilisé. Unreal Engine serait d’ailleurs employé majoritairement en prévisualisation et en production virtuelle, et seulement parfois pour des images finales. Dans cette logique, la question centrale ne serait pas la puissance des logiciels, mais la manière dont on les met au service d’un objectif esthétique.

 

Verbinski précise que son propre film utilise des images de synthèse, mais avec une règle stricte : maintenir au moins 50% du cadre en prise de vues réelles. Une discipline, dit-il, qui évite de tricher et oblige à rester honnête.

 

Au fond, quel que soit le camp que l’on choisit dans ce débat, une évidence demeure : la dégradation perceptible de certains effets dans les blockbusters récents est devenue difficile à ignorer (voir par exemple l'horrible bande-anonnce de Masters of the Universe). Quand on revoit ce qui a été accompli sur Pirates des Caraïbes il y a vingt ans, on reste souvent admiratif devant ces images qui tiennent encore la route. À l’inverse, les productions contemporaines donnent parfois le sentiment que la finition passe après la cadence, et que certains plans sont validés malgré des défauts visibles. On peut enrober cela de toutes les justifications possibles, mais l’écran, lui, ne ment pas.

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