Zaho de Sagazan au Grand Palais : entre éclair de génie et tempête dans un verre d’eau

le 08 décembre 2025 - 10h48

Jeudi soir dernier, Zaho de Sagazan clôturait quatre années de tournée hexagonale par une première. La chanteuse de La symphonie des éclairs inaugurait le concept des concerts Collector : « Des concerts uniques, dans des lieux d’exception ».

Pour le lieu d’exception, aucune tromperie sur la marchandise : le concert se déroulait dans l’écrin magnifique du Grand Palais, sous la nef resplendissante depuis les travaux pré-JO, qui plus est. En revanche, pour ce qui est du concert « unique », on repassera.

 

Pour promouvoir la version symphonique de son premier album (La symphonie des éclairs - Orchestral Odyssey), la chanteuse donne depuis mai plusieurs concerts avec orchestre, accompagnés d’une mise en scène arty autour du thème des quatre saisons. Et c’est précisément ce même concert, à quelques aménagements près, qui nous a été proposé jeudi soir. Très beau concert, certes, dont la captation à l’Auditorium de Lyon a été diffusée sur Arte (et reste disponible en replay). Mais pas vraiment l’expérience « Collector » annoncée.


Un écrin superbe mais disproportionné 

En guise d’inauguration, malheureusement, la chanteuse aux cinq Victoires de la musique semblait plutôt essuyer les plâtres tant le début du concert fut laborieux : micro mal réglé, réalisation vidéo systématiquement en retard, écrans trop petits et éclairage hésitant. Dès le début de la soirée, il était clair que les organisateurs avaient vu beaucoup trop grand. Pire, le lieu lui-même n’a pas été réellement exploité. Seul le dernier quart du spectacle lui a offert un éclairage qui le mettait un tant soit peu en valeur. C’est peu.


Ce spectacle symphonique avait clairement été pensé pour une vision frontale et l’intimité d’une salle de concert à taille humaine. Ici, la majorité des spectateurs se retrouvaient sur les côtés, beaucoup trop éloignés des artistes et des effets visuels. L’écrin était superbe, mais totalement disproportionné face à l’expérience sensorielle feutrée, toute en ombres et lumières, imaginée par la chanteuse et ses musiciens.


Tout au long de la représentation, la théâtralité et la poésie de la mise en scène ont eu du mal à atteindre les spectateurs placés à droite et à gauche de la scène. Début décembre, le Grand Palais est glacial. Il a fallu énormément d’énergie à Zaho et à l’orchestre pour réchauffer l’ensemble. D’autant qu’il ne s’agissait pas d’un simple concert, mais d’un véritable spectacle, très sombre, réglé au cordeau.

 


Et puis le miracle

La chanteuse n’a d’ailleurs eu aucune interaction avec le public durant l’heure et quart de prestation, ce qui a sans doute déconcerté plus d’une personne habituée à l’énergie débridée qu’elle déploie habituellement en live. Mais la magie des grands artistes, c’est leur capacité à transcender l’attente des spectateurs et à construire quelque chose avec eux. Et c’est exactement ce qui s’est passé, jeudi soir, sous la nef du Grand Palais. Rapidement, la majorité du public s’est résignée à écouter religieusement les sublimes chansons de La symphonie des éclairs s’égrener en mode orchestral doux. Dans une telle immensité, même l’orchestre paraissait petit et Zaho encore davantage. C’était beau, mais froid.


Puis survient ce genre de miracle qui transforme un moment en souvenir impérissable. Lors de la toute dernière chanson, la chanson-titre, un jeune spectateur s’est précipité vers la chanteuse pour lui offrir des fleurs. Ravie de voir surgir un peu de vie dans un moment qui en manquait cruellement, Zaho lui a tendu son micro et entamé un duo improvisé.


D’un coup, elle sortit de sa théâtralité et déversa une vague d’amour sur le public, qui le lui rendit au centuple. À partir de là, le spectacle est devenu légendaire, alors qu’il aurait dû être terminé depuis longtemps. Visiblement très émue, la chanteuse ne voulait plus quitter ni la scène, ni le Grand Palais, semblant repousser l'idée même de mettre un point final à sa tournée. Elle enchaîna les remerciements par centaines, une chanson inédite, des déambulations à travers tout le public, de long en large. Avant de conclure par une sublime version rallongée de plus de 10 minutes de Ah que la vie est belle, sa reprise du classique de Brigitte Fontaine.


Un moment suspendu, presque irréel. Où, avec sa voix si particulière enlacée aux notes d’un orchestre symphonique qui se laissait aller avec elle, la chanteuse, du haut de ses 25 ans, réussit l’exploit de transformer le Grand Palais en un petit club de Saint-Nazaire. Elle semblait poser, un à un, un sourire sur chaque visage autour d’elle.


Et oui : « que la vie est belle ! ».

 

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