Cinécult’
Collateral : une conférence de presse pas comme les autres
La conférence de presse n’est pas un exercice facile, même si l’on y va avec les meilleures intentions du monde. L’espoir de ramener une petite anecdote croustillante, un éclairage salvateur sur un long métrage ou une confidence sur les futurs projets d’une star, est le moteur évident du rendez‑vous. Mais tout ne se déroule pas toujours comme prévu… Retour sur une de celles dont on se souviendra.
Conférence de presse du film. 2004. Ce jour‑là, c’est Jada Pinkett Smith, Michael Mann himself et Tom Cruise qui s’y collent. La décontraction est de rigueur. Les fastes d’un hôtel parisien cosy et la qualité du film aidant, tout le monde semble être dans les meilleures dispositions pour que ce moment soit agréable, à défaut d’être obligatoirement passionnant. Les questions fusent, et c’est Michael Mann le premier qui lance les hostilités.

Tous des pros
Michael Mann aborde d'office le professionnalisme de Tom Cruise, sans emphase ni ironie. Il rend ensuite hommage à la ponctualité du comédien (présent sur le plateau un quart d’heure avant chaque scène), et à sa capacité de concentration tout simplement étonnante. Tom Cruise n’est pas en reste à propos du metteur en scène du Dernier des Mohicans et Heat. Costume impeccable, sourire Ultra-Brite, œil vif, la star connaît son boulot, aime Mann et le fait savoir. Il vante les mérites d’un réalisateur qui raconte les histoires comme personne -on est bien d'accord avec lui- et développe une qualité essentielle à ses yeux pendant un tournage, la direction d’acteur. On cite : « Il n’est pas rare que d’un simple regard, Michael sache vous dire que la scène que vous êtes en train de jouer est artistiquement juste. Oui, merci Tom pour cette précision. Et lorsqu’on évoque son rôle de bad guy, il s’en sort par une pirouette : Lorsque je lis un scénario, je ne regarde jamais si le personnage que je dois interpréter est un méchant ou un gentil. Je m’intéresse d’abord à sa nature profonde. Dans le cas de Vincent, je constate que c’est un individu complexe et différent de mes autres rôles, et c’est d’abord cet aspect des choses qui motive mes envies ». OK Tom, on le note. La sublime Jada Pinkett Smith enchaîne sur son travail de préparation pour Collateral et nous fait savoir qu’elle a notamment rencontré une avocate pour s’imprégner de sa personnalité, de ses attitudes et de son univers. Michael Mann continue en évoquant son choix de tourner le long métrage en numérique, justifié par un désir de « filmer ce que voient nos yeux réellement la nuit, chose que le 35 mm ne permet pas. La caméra numérique met en exergue la chimie émotionnelle qui peut exister entre les deux personnages principaux du film ». Le maître a parlé. On écoute bouche bée.


Sauf un…
L’échange se passe dans les meilleures conditions, lorsqu’à l’écho d’une question d’un journaliste en mal de reconnaissance, l’atmosphère devient pesante. « Comment faites-vous, Monsieur Cruise, pour avoir l’air aussi satisfait de vous-même et de votre interprétation, alors que vous n’avez jamais été aussi mauvais que dans ce film ? ». On n’en croit pas nos oreilles. À ce moment-là, l’attitude du comédien est étonnante. Apparemment, la question le touche. Il marque un temps d’arrêt, ses yeux s’embuent. Il a du mal à formuler sa réponse. Si Jada Pinket ne comprend pas ce qui se trame, Michael Mann, consterné, vole au secours du comédien : « Si j’ai choisi Tom Cruise pour se film, c’est parce que j’ai tout de suite senti chez lui le potentiel extraordinaire qu’il avait et les nuances essentielles qu’il pouvait apporter au rôle. Personne d’autre mieux que lui aurait pu le faire. Lorsque je vois le résultat, je me dis que je ne me suis pas trompé ». Et vlan, dans les dents ! La suite de la conférence n’a plus la même tenue. Les réponses sont expédiées, le malaise constant. Cruise tente de reprendre ses esprits.


Épilogue
Il y a un moment pour tout. La désaffection d’un journaliste pour un comédien dans un rôle est subjective. Elle tolère une question dans la mesure où elle est formulée avec respect. Il s’agit de partager une opinion, pas de rendre une sentence. D’échanger une réflexion, pas de l’imposer. Un manque flagrant d’éducation et un soupçon de revendication mal placé ne favorisent jamais une argumentation pertinente. La question de ce Monsieur aura au moins permis de constater une chose : quel que soit le statut d’une star, elle n’en demeure pas moins un être humain, et qu’à ce titre, et seulement à ce titre, elle mérite le respect.
Cédric Melon - Publié le 22/06/10





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