Cinécult’
Paul Verhoeven : esprit rebelle

Depuis ses premières engeances hollandaises (Spetters, Le quatrième homme), Paul Verhoeven n’a cessé de cultiver un art de la provocation. Cinéaste extrémiste, Verhoeven s’est rapidement intégré au système hollywoodien pour le subvertir de l’intérieur. Nul doute que les Wachowski ont pensé à lui pour leur trilogie Matrix

Paul Verhoeven naît à Amsterdam en 1938. En 1971, fort d’un doctorat de mathématiques, il se lance dans le cinéma. Après quatre films méconnus (Business is Business, Turkish Delight, Cathy Tippel et Soldier of Oranje), Verhoeven livre coup sur coup les deux films phares de sa période hollandaise : Spetters, vision clinique du désœuvrement de la jeunesse, et Le quatrième homme, fable onirique nourrie par les délires sado‑maso‑christiques d’un écrivain alcoolique et homosexuel. Auréolé de plusieurs prix à travers le monde (dont celui du Prix spécial du jury au festival d’Avoriaz en 1984), Verhoeven met en chantier La chair et le sang en 1985, un western médiéval.


La chair et le sang
Dans l’Europe de l’Ouest du XVIe siècle, une bande de mercenaires aide un souverain déchu à reconquérir sa ville. Leur mission accomplie, ils sont chassés puis dépossédés de leur butin. Mené par Martin (Rutger Hauer, dont ce sera la sixième et dernière collaboration avec Verhoeven), ils entament une croisade barbare contre le souverain et son fils. Rarement la réalité moyen-âgeuse n’aura été montrée avec autant de violence et de cruauté. « Sous la surface du film d’aventures, déclarait Verhoeven à l’époque, on découvre une autre couche où l’on mène une guerre biologique, où l’on utilise des bazookas, et où l’on élabore des principes communistes ». Avec ce film, Verhoeven impose sa vision provocante de la sexualité. Qu’elle s’exprime via des orgies charnelles (La chair et le sang donc) ou sophistiquées (Basic Instinct en 1991), les relations homme-femme se résumeront le plus souvent au viol ou à la perversité. Dans un cadre maculé de sang, les notions de Bien et de Mal n’ont plus cours. Comme toujours chez Verhoeven, l’un pactise allègrement avec l’autre sous l’œil complice de la religion.

Robocop : passeport pour Hollywood
En 1985, Paul Verhoeven saisit la perche en or que lui tend Hollywood : Robocop ou l’histoire d’un ancien flic (Peter Weller), qui suite à une série de blessures mortelles, est transformé en cyborg impavide qui renverrait l’Inspecteur Harry et son magnum dans le bac à sable. Dans la lignée de Blade Runner et Metropolis (que Verhoeven avoue avoir visionné plusieurs fois avant le tournage), le premier film américain de Verhoeven propose une vision sans concession de la ville de demain. La société du futur apparaît gangrenée par la corruption et n’attend plus que Murphy, héros messianique typique des films du cinéaste, pour la laver de ses péchés à coups de balles expiatoires et de répliques cinglantes. Veiné d’une esthétique très comics, Robocop porte incontestablement la griffe de son réalisateur : un goût assumé pour une violence ludique derrière laquelle transparaît un regard acerbe porté sur nos sociétés contemporaines.

Total Recall
Après David Cronenberg, Richard Rush et Bruce Beresford, le script de Total Recall (adapté d’une nouvelle de Philip. K. Dick) atterrit en 1989 entre les mains de Verhoeven, avec à la clé un budget de 60 millions de dollars et la participation d’Arnold Schwarzenegger. Selon Verhoeven lui-même : « Total Recall est un voyage à travers l’esprit humain. Le spectateur, croyant assister à une SF classique, sent soudain un abîme se creuser sous ses pas et se demande si ce qu’il voit est la réalité ou les fantasmes d’un homme. Ce film a pour sujet la schizophrénie ». Schwarzenegger endosse ici les traits d’un messie du futur mi-ange (Quaid) mi-démon (Hauser), sauveur malgré lui d’un peuple de Martiens en péril. La force de Total Recall réside dans son traitement, typique d’un film de série B. Venus Ville devient pour Verhoeven une métaphore de l’Amérique des exclus (on y trouve une femme dotée de trois seins, une prostituée naine se la jouant Rambo, ou encore un chef rebelle mi-homme, mi-nourrisson).

La consécration, et après
Après le succès du film, Verhoeven gagne ses galons de cinéaste fiable et rentable. Suivront un détour magistral par le thriller sulfureux (Basic Instinct, en 1991), un ratage énigmatique (Showgirls), et le retour à la science-fiction avec Starship Troopers, décidé comme toujours à donner un grand coup de pied dans la fourmilière du cinéma. Depuis Hollow Man en 2000 et Black Book en 2006, projet que le cinéaste portait depuis vingt ans et tourné en Hollande, Paul Verhoeven se fait discret.

Jean-Baptiste Thoret - Publié le 09/05/12






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