Backrooms
Dans les années 90, des scientifiques visionnent une vidéo de Naren Warne. Ce dernier, lors d’une expédition dans un vaste espace extradimensionnel, avait été séparé de son groupe, poursuivi puis attaqué par une entité inconnue. La vidéo retrouvée est la seule trace qui subsiste de lui…
Room service
Pour son tout premier long métrage, Kane Parsons adapte sa web‑série éponyme en développant l’univers créé pour l’occasion. Bien lui en a pris : avec 135 millions de dollars de recettes mondiales à ce jour, Backrooms fait le meilleur démarrage aux États‑Unis cette année (81 millions de recettes au box‑office lors de son premier week‑end d’exploitation) et offre à la société de production A24 son plus gros succès au box‑office américain, pour un budget de seulement 10 millions de dollars. Par ailleurs, Kane Parsons est devenu le plus jeune réalisateur à dépasser le million de dollars de recettes au box‑office américain.
Force est de constater que le jeune réalisateur, qui n’a même pas encore l’âge de boire de l’alcool aux États‑Unis, sait parfaitement placer sa caméra et créer une ambiance tendue avec très peu de moyens. Le premier quart d’heure du film, entièrement en found footage, est à lui seul une leçon de mise en scène. Une sorte de Blair Witch Project urbain qui fonctionne à merveille.

Une déco qui fait flipper
Le reste de Backrooms ressemble à un manuel du parfait réalisateur fauché, mais malin. Maîtrisant à la perfection l’art du cadrage et du sound design, le film est une accumulation de plans qui mettent le spectateur mal à l’aise, recadrent l’image et jouent sur un hors‑champ mystérieux et angoissant. Il faut dire qu’une grande partie du film se déroule dans une sorte de labyrinthe aux murs jaunes, éclairé par des néons dont nous ne révélerons pas ici l’origine, pour ne pas spoiler. Ce labyrinthe claustrophobique ressemble en tout point aux bureaux de la série Severance, lumière criarde comprise. Anxiogène à souhait, il s’agit d’une accumulation de salles vides et inquiétantes dont il est quasi impossible de s’extirper. C’est le cœur du film… et un peu sa limite. Hormis cet espace hostile, le film tourne un peu en rond.
On pense forcément à Alice au pays des merveilles, mais Will Soodik, le scénariste du film, n’est pas Lewis Carroll, loin s’en faut. Les références abondent, avec plus ou moins de subtilité, et le film se transforme peu à peu en bad trip qui cocherait toutes les cases du parfait film d'angoisse au cœur de la folie.

Souflé n'est pas jouer
Si la tension monte rapidement, elle retombe assez vite comme un soufflé dès lors que les deux personnages principaux, un marchand de meubles, ex‑architecte (Chiwetel Ejiofor), et sa psychanalyste (Renate Reinsve), exposent leurs traumas. Très vite, le spectateur établit un lien entre le labyrinthe et les conversations des deux personnages, et le soufflet retombe mollement. Pourtant, l’ambiance angoissante persiste et le film se laisse regarder sans déplaisir.
Le réalisateur s’amuse avec son environnement fait de portes, de murs et de coins, derrière lesquels l’inconnu semble hostile. Il propose une expérience sensorielle qui, à défaut d’être originale, est parfaitement maîtrisée. Le malaise est créé, mais tourne à vide. Reste le plaisir de l’expérience spectateur, pas forcément mémorable, mais qui ravira les amateurs du genre. Pour les autres, malheureusement…