Carrie
Dès le premier épisode de Carrie version 2026, Mike Flanagan (The Life of Chuck, Midnight Mass…) réussit un tour de force en répondant à une simple question : pourquoi une énième adaptation du tout premier roman de Stephen King ? Déjà adapté à plusieurs reprises, notamment avec le film de Brian De Palma en 1976, le court récit pouvait donner l'impression d'avoir déjà raconté tout ce qu'il était possible d'en tirer. Mais en modernisant, en étirant et en utilisant malgré tout le cœur de l'œuvre originale, Flanagan rend sa série non seulement pertinente, mais aussi excellente.
Il est toujours question de suivre Carrie White, une jeune fille qui intègre un lycée alors qu'elle n'a jusqu'ici connu que l'intérieur de chez elle, isolée du monde par une mère surprotectrice et très portée sur la religion. Alors qu'elle tente de comprendre sa nouvelle vie et de s'intégrer, Carrie va non seulement se découvrir des pouvoirs télékinésiques, mais aussi être victime de harcèlement de la part d'autres élèves.

Une dent contre Carrie
Si l'intrigue centrale reste donc la même, déplacer la chronologie des années 70 à notre présent permet bien des choses intéressantes. Au‑delà de moderniser avec justesse la question intemporelle du harcèlement scolaire à l'heure d'internet et des réseaux sociaux omniprésents, cela permet d'amplifier encore plus le sentiment de noyade de Carrie. Naïve et ne pouvant compter que sur une poignée de personnes pour véritablement l'aider, la jeune fille est jetée dans un monde fait de technologies inconnues, d'exercices contre les tueries de masse et autres joyeusetés que le reste de son entourage a assimilées.
Chaque épisode, habilement réalisé, monté et rythmé, distille des éléments qui donnent envie d'en savoir plus, notamment sur la partie surnaturelle toujours plus présente, y compris pour les connaisseurs de la première heure. Grâce à sa durée idéale, la série profite également de deux éléments qui manquent au film de De Palma, ou même au livre.
Tout d'abord, Carrie peut intégrer de nouveaux personnages pour rendre l'ensemble plus épais et cohérent, mais surtout développer de manière pertinente ceux qui en avaient le plus besoin. C'est surtout le cas de Chris, la principale antagoniste dont la méchanceté et la cruauté ne sont ici pas totalement gratuites et s'ancrent dans un quotidien difficile pour une ado. La mère de Carrie est aussi beaucoup plus intéressante qu'une simple fanatique religieuse.

Life is Strange
La version de Flanagan, qui souffre d'un ou deux rebondissements un peu prévisibles, est également un hommage plus complet au livre. De nombreux éléments supprimés faute de place dans le film, et ici parfois intégrés de manière intelligemment détournée, permettent d'étendre le récit et de lui apporter une nouvelle dimension.
Reste que l'essentiel du show pose la question du harcèlement, de la domination et des personnages pris dans cette spirale infernale. Grâce notamment à un casting impeccable, Carrie est plus d'une fois révoltante et bouleversante, surtout grâce à cette jeune fille qui tente à tout prix de rester positive et lumineuse, même quand toutes les circonstances sont contre elle. Forcément sombre du fait du roman dont elle s'inspire, cette version 2026 tente malgré tout d'apporter un filet d'espoir pour, là encore, se démarquer un peu sans oublier d'où elle vient.
Carrie 2026 est tout ce que devraient être les adaptations. Suffisamment proche du matériau original auquel elle rend un vrai hommage sans pour autant le singer bêtement, la série prend juste ce qu'il faut de liberté pour étoffer le récit et raconter son histoire tout en traitant en passant du cas des réseaux sociaux et de ce qu'on en fait. Une fois n'est pas coutume, il s'agit de l'une des meilleures portes d'entrée pour découvrir le travail de King, de Flanagan, ou pour redécouvrir Carrie autrement. Nous n'en attendions pas beaucoup et sommes ravis d'avoir eu tort.