Dix pour cent : le film
« Putain, 6 ans ! », comme diraient à peu près les regrettés Guignols de l'Info. On ne pourra au moins pas trop reprocher à Netflix et aux créateurs de la série Dix pour cent de s'être trop précipités pour proposer ce film de conclusion. Pour signer cet exercice périlleux et pas toujours réussi (coucou Peaky Blinders), la créatrice originale Fanny Herrero est au moins de retour à la coécriture. Las, malgré quelques punchlines et situations fun et absurdes qui surnagent, il eût été préférable d'attendre six ans de plus, ou de laisser la série tranquille.
Nous sommes cinq ans après la fermeture de l'agence artistique ASK. Chacun est parti vivre sa vie dans son coin. Mais quand le tournage du premier film d'Andréa connaît ses premiers problèmes, le scénario va trouver des (parfois bonnes, parfois moins) excuses pour regrouper toute l'équipe. Relevons qu'un petit résumé un peu balourd permet en début de film de raccrocher les principaux wagons pour les fans à la mémoire défaillante, ou même d'accueillir les nouveaux venus avec juste ce qu'il faut de contexte.

© Christophe Brachet/Netflix
Un festival de coups de pub
Presque tous les personnages originaux sont de retour dans cette suite, soit pour un rôle principal, soit pour apparaître quelques minutes. Pas question donc d'enfermer de nouveau toute la troupe entre quatre murs et de leur redonner une place quasi équitable. Ce n'est pas plus mal, car même en ne se concentrant principalement que sur Andréa et sur Noémie, c'est déjà un festival de rebondissements et de moments crispants largement suffisant. Pendant la vaste majorité du film, difficile de ne pas tiquer sur sa pertinence et sur son écriture.
La personnalité souvent toxique et problématique de tous les personnages est poussée au maximum, multipliant les scènes de mensonges, de conflits et d'erreurs, faisant avancer artificiellement et sans finesse le scénario vers toujours plus de chaos prévisible. On ne comprend pas comment certains personnages peuvent encore se côtoyer, et il est très compliqué d'avoir de l'empathie pour qui que ce soit, même quand ils admettent péniblement leurs travers pour la 150ᵉ fois. De nombreux poncifs émaillent aussi le scénario, rarement étonnant, émouvant ou vraiment satisfaisant comme il pouvait l'être dans la série, souvent bien plus fine.
Les deux principaux nouveaux venus qui jouent leur propre rôle, à savoir Laetitia Casta et Vincent Macaigne (oubliez Eva Longoria et George Clooney, ils sont là le temps d'une scène), ne sont pas épargnés par ces défauts d'écriture. Cependant, leur duo est peut‑être le principal vent de fraîcheur du film, qui s'avère tristement n'être qu'une rallonge au vinaigre hautement dispensable de 2 heures d'une série qui se suffisait à elle‑même. Il faut péniblement attendre le dernier acte un peu trop mielleux pour qu'il se passe enfin quelque chose de positif (et de téléphoné) dans tout ce bazar.

© Christophe Brachet/Netflix
Faux et usage de faux cul
Avant cela, Dix pour cent : le film ne fait qu'enchaîner les scènes négatives façon best of (ou worst of) de la série, cherchant surtout à divertir péniblement plutôt qu'à raconter quelque chose d'intéressant et à développer ses personnages. Tous ou presque finissent à l'arrivée à leur point de départ, ou pas suffisamment loin pour que cela soit vraiment notable ou crédible pour leur avenir. Si l'objectif était d'apporter une conclusion à l'œuvre, celle de la série était bien meilleure. Si c'était juste un bonus, il n'est pas très bon.
À réserver aux fans absolus peu regardants en quête de nostalgie et qui veulent du rab' à tout prix de leurs personnages préférés. Pour les autres, restez sur la série, c'était très bien comme ça.