Peaky Blinders : L'immortel
S'il y a bien une suite prévue à Peaky Blinders, difficile ces derniers mois de ne pas deviner que son créateur Steven Knight veut passer à autre chose. Entre ses autres séries historiques House of Guinness et A Thousand Blows, ou encore son recrutement pour le prochain film James Bond, le Britannique semble vouloir tourner la page Tommy Shelby. C'est dans ce contexte qu'arrive non pas une ultime saison 7, mais un film de conclusion qu'il a écrit pour le personnage iconique incarné une dernière fois (normalement) par Cillian Murphy.
Dans Peaky Blinders : L'immortel, nous sommes plusieurs années après les événements de la dernière saison de la série (préférable d'avoir vue mais pas indispensable non plus). Terminé l'entre deux‑guerres cher à cette dernière, place à une Angleterre qui se pose en ultime rempart européen contre le nazisme en 1940. Tommy s'est retiré du monde et vit seul avec Johnny Dogs dans un manoir, loin de ces événements mais pas tranquille pour autant : son isolement fait ressortir ses vieux démons et l'homme est au bout du rouleau.
Au nom du père, du fils et du Saint Peaky, Amen
Cependant, Peaky Blinders : L'immortel ne sert pas qu'à fermer la porte de cet anti‑héros charismatique, puisqu'il en ouvre possiblement une autre avec le personnage de Duke, le fils de Tommy incarné par Barry Keoghan. Celui-ci dirige désormais le gang d'une main de fer, et compte bien profiter de la guerre pour devenir riche en acceptant un plan des Nazis d'un certain Becket (Tim Roth), quitte à faire perdre la guerre à son pays.
Après 45 minutes de tergiversations (le film de 1h50 prend son temps comme il faut), Tommy va donc décider de revenir une dernière fois à Birmingham pour tenter de remettre son fils sur le droit chemin et faire taire ses propres démons. Avec son contexte de guerre mondiale, sur le papier, Peaky Blinders : L'immortel se veut plus ambitieux encore que la série.

Cependant, il s'agit avant tout d'une histoire père‑fils complexe et il ne faut pas s'attendre à un long métrage à l'ampleur monumentale ou à l'intrigue touffue. Pas avare en action explosive, la proposition réalisée avec talent par Tom Harper est surtout bavarde et souhaite explorer une dernière fois en profondeur Tommy Shelby, l'intrigue servant surtout d'alibi.
Entre PTSD de la Première Guerre mondiale et souvenirs familiaux douloureux, le personnage est bloqué dans le passé, dans un présent qui change et avance sans lui. Cillian Murphy fait comme toujours un travail impeccable pour incarner un personnage hanté qui aurait dû disparaître il y a longtemps, mais qui n'arrive pas à mourir, contrairement à tous ses proches. L'immortel parvient à rendre assez justement un dernier hommage à ce « titan humain », en lui offrant une dernière mission à la fois ambitieuse et très lambda.
Peaky Blinders, place à la nouvelle génération
Ce mélange, ainsi qu'une légère sous‑utilisation de quelques nouvelles têtes (Stephen Graham le premier), pourra frustrer ceux qui espéraient un dernier tour de piste épique, moins dans l'introspection et le drame (volontairement) surjoué. D'autant que lorsque le générique apparaît, difficile de ne pas ressentir qu'il manque un petit quelque chose à l'ensemble pour pleinement vibrer avec un film qui essaie pourtant très fort de générer des émotions.
Knight et Murphy donnent cependant au personnage de Tommy Shelby une conclusion satisfaisante et méritée, au format parfaitement adapté. Reste désormais à voir ce que la prochaine série Peaky Blinders racontera et comment la nouvelle génération parviendra à faire oublier, ou au moins à égaler l'ancienne, car comme dirait Tommy : « Heavy Lies the Crown » (référence à William Shakespeare/Henry IV, Part 2 : « Lourde est la couronne »).