Eddington
Mai 2020 à Eddington, une petite ville du Nouveau‑Mexique. La confrontation entre le shérif et le maire met le feu aux poudres et retourne peu à peu les habitants les uns contre les autres.
Le film démarre comme une satire sous tension, quelque part entre le western contemporain et la chronique d’une Amérique malade, avant de basculer, dans sa dernière partie, vers un registre de plus en plus halluciné qui n’aurait pas déplu à un certain Darren Aronofsky, époque Requiem for a Dream. Au sommet de ce chaos, le duel entre un Joaquin Phoenix très engagé et un Pedro Pascal habité tient toutes ses promesses.
Ville de clowns, pays de clowns ?
Avec Eddington, Ari Aster pose un regard à la fois satirique, froid et profondément cynique sur une Amérique au bord de l’implosion, terriblement ancrée dans son époque. Réseaux sociaux, omniprésence de l’iPhone, emballement médiatique, logique virale, TikTok et consorts : tout est exploité avec une redoutable intelligence par le cinéaste. Le constat est aussi édifiant qu’effrayant, et le regard porté sur l’Amérique trumpiste frappe par son acuité. Un cirque dangereux qui rappelle furieusement ce proverbe turc : « Quand un clown entre au palais, il ne devient pas roi. C’est le palais qui devient un cirque ».

À l’image du film et de ses protagonistes, hystériques, énervés, complotistes, à bout de nerfs, c’est toute une société qui se trouve représentée frontalement et croquée sur un ton grinçant. Le verdict est sans appel : le chaos est culturel, idéologique et social, et plus rien ne paraît tenir.
Ari Aster, une narration sous haute tension
Mais la vraie force du film, au‑delà de son propos et de sa portée, déjà considérables, réside dans la mise en scène de son auteur. Ari Aster cadre avec une virtuosité saisissante, exploite les décors et les mouvements avec une élégance et un savoir‑faire qui ne relèvent jamais de la démonstration gratuite. Tout, dans sa réalisation, qu’il s’agisse des regards, des déplacements ou de la manière d’orchestrer l’espace, reste constamment au service d’une narration sous haute tension.
À 39 ans, Ari Aster s’impose déjà comme un grand cinéaste. Après Hérédité et Midsommar, Eddington confirme qu’il est capable d’élargir son registre avec une maîtrise peu commune aujourd’hui.