Ella McCay
Par un hasard de circonstances et le jeu des élections, Ella McCay, jeune femme idéaliste, est propulsée gouverneure d’État en lieu et place de son mentor, appelé à d’autres fonctions nationales. Entre ses traumas d’enfance et les magouilles de son mari, elle va essayer tant bien que mal de mener de front sa carrière politique tout en gérant sa vie de famille.
Ella, elle l’a
Drôle de parcours cinématographique pour la dernière pépite signée James L. Brooks, dont la sortie française fut annulée au vu des résultats du box‑office américain, pour atterrir directement sur Disney+. Mais comme dans une bonne rom‑com, les critiques françaises ont tellement apprécié le film que la firme aux grandes oreilles a néanmoins décidé d’inviter le réalisateur en France pour assurer sa promotion, mais surtout de sortir le film au cinéma durant… deux jours. Deux jours au beau milieu du Festival de Cannes. Pas vraiment la meilleure période pour exister médiatiquement.

Il serait tout de même dommage de passer à côté d’Ella McCay tant le film est un petit bijou à la Capra. Une comédie à la manière des films des années 50, un peu surannée certes, mais portée par des dialogues virevoltants et des situations pétillantes. Le rythme du film, fait d’accélérations et de ralentissements inopinés, peut surprendre, mais il participe aussi à son charme. Tout comme son casting trois étoiles, dominé par la pétillante Emma Mackey (remarquée dans la série Sex Education), qui illumine à elle seule tout le film de son incroyable énergie. Assurément, l’actrice a épousé le style de son réalisateur et s’intègre parfaitement dans cet univers intemporel (daté d’avant l’ère Trump). Elle a l’art de balancer les punchlines et réussit même à tenir tête à Jamie Lee Curtis (qui joue sa tante), spécialiste en la matière.
Femmes like you
James L. Brooks (Pour le pire et pour le meilleur, Spanglish, Trendres passions, producteur des Simpson), se délecte d’écrire des personnages féminins et le prouve encore une fois avec Ella McCay. Si le film n’est pas à proprement parler féministe, il est assurément féminin. En ce sens, son casting sonne comme un passage de relais entre l’ancienne et la nouvelle génération d’actrices. Une belle mise en abyme de l’histoire racontée par le film. Il marque également la fin d’une époque où l’optimisme semblait encore possible. Et l’on pourra aisément lui reprocher une certaine naïveté. Une naïveté certes assumée, mais parfois agaçante.

James L. Brooks n’avait pas réalisé de film depuis quinze ans, et c’est peut‑être là le plus gros défaut du long métrage. Le cinéma a changé, lui pas vraiment. Très attachant, son film aurait mérité davantage d’audace, à l’image de cette géniale scène de cris cathartique. La poésie du film, incarnée dans la sous‑intrigue fraternelle, aurait sans doute mérité de prendre plus de place tant elle porte en elle la véritable clé du récit : il ne faut jamais désespérer.
L’espoir, thème principal du film, reste une belle valeur, mais paraît malgré tout décorrélé du monde actuel. S'il est très plaisant de s’y abandonner le temps d’un film, on sait désormais que la nostalgie n’est plus ce qu’elle était.