par Carina Ramon
16 janvier 2024 - 09h52

Indiana Jones et le cadran de la destinée

VO
Indiana Jones and the Dial of Destiny
année
2023
Réalisateur
InterprètesHarrison Ford, Phoebe Waller-Bridge, Mads Mikkelsen, John Rhys-Davies, Antonio Banderas
éditeur
genre
notes
critique
3
10
A

Le quatrième volet, Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal, pourtant réalisé par Steven Spielberg, était déjà un épisode en trop dans la saga cinématographique culte. Ce cinquième opus relève de l’acharnement thérapeutique et numérique.


Réalisé par James Mangold (auteur du très bon Le Mans 66 piloté par Disney, propriétaire de Lucasfilm depuis 2012), Indy 5 fait rempiler Harrison Ford, 80 ans, dans la peau du célèbre archéologue. Au seuil de la retraite, meurtri dans la solitude et l’alcool, le voilà sollicité par sa filleule Helena Shaw (Phoebe Waller Bridge), qu’il n’avait pas vue depuis une éternité, pour se lancer à la poursuite d’une relique ayant été conçue par Archimède au IIIe siècle avant Jésus‑Christ. Problème : ce cadran est également convoité par un nostalgique du Troisième Reich, Jurger Voller (Mads Mikkelsen), qu’Indy a croisé à la fin de la guerre.
 
Ça commence mal
Tout re‑commence par cette rencontre dans un train lancé en pleine campagne en 1944, où un Harrison Ford rajeuni numériquement (De‑Aging) est pour la première fois confronté à Mikkelsen. Si le visage rafraîchi du comédien est assez bluffant, sa voix ‑celle d’aujourd’hui‑ n’est plus du tout la même qu’auparavant, précipitant tous ceux qui se souviendront de ce décalage voix/physique dans un trouble qui ne passera pas de tout le film.
 
Hélas, ce n’est pas le principal problème de cette séquence qui, sur le story‑board, pouvait paraître virevoltante. À l’écran, on est plus proche d'une cinématique de jeu vidéo que d'un film de cinéma. Tout sonne faux à la fin : les décors, sa doublure numérique qui court sur le toit d’un wagon, le train qui fonce dans la nuit, la pluie battante, le vent dans les cheveux, le paysage autour… Bref, rien ne va.
 
Les fans d'Indy expirent
Le ton est donné et ça ne va pas s’améliorer. On saute dans le temps pour retrouver Indy en 1969, devenu un vieux con alcoolique qui tance ses voisins trop bruyants. Après une poursuite à cheval dans les rues et le métro de New York mélangeant atrocement images numériques, prises de vues réelles et décors en toc, Indy continue le massacre à Tanger dans un tuk‑tuk fendard (scène malheureusement bien trop longue pour ne pas décrocher), mais aussi sous l’eau et en l’air. Soit une overdose de numérique et d’invraisemblances pour un supplice de deux heures trente‑cinq. Les fans d'Indy expirent…
 
Comment finguer un rôle en or

Au fond, pourquoi Harrison Ford a‑t‑il flingué le troisième rôle emblématique de sa carrière ?
Pas une seule fois on ne s’est pas demandé ce qu’on faisait là, à part assister à la décrépitude d’un mythe embourbé dans des effets visuels discutables (on se demande bien où sont partis les 300 millions de dollars du budget du film). Le seul mystère qui perdure une fois le film terminé, c’est pourquoi ? Pourquoi ne pas avoir pensé à ce que Tom Cruise a fait avec Top Gun et sa suite Maverick : respecter les fans, le film d’origine, prolonger la magie, peut‑être en trichant un peu mais sans que cela se voit. Pourquoi Harrisson Ford a‑t‑il accepté, après Blade Runner et Star Wars, de flinguer le troisième rôle emblématique de sa carrière ? Fut un temps pas si ancien où on savait se retirer avec classe, sans faire le film de trop. Sean Connery, papa d’Indy, l’avait d'ailleurs fait après La ligue des gentlemen extraordinaires en 2003, il avait 73 ans. La meilleure idée pour ce cinquième Indiana Jones eut été de ne pas le faire.

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4k
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Indiana Jones and the Dial of Destiny
Tous publics
Prix : 24,99 €
disponibilité
10/01/2024
image
2.35
HD 2 160p (HEVC)
HDR10
16/9
bande-son
Français Dolby Digital Plus 7.1
Anglais Dolby Atmos
Anglais Dolby TrueHD 7.1
Allemand Dolby Digital Plus 7.1
Italien Dolby Digital Plus 7.1
Espagnol DTS 5.1
sous-titres
Français, anglais pour sourds et malentendants, allemand, italien, espagnol, néerlandais, danois finnois, norvégien, suédois
8
10
image

Tourné pour la première fois par un autre réalisateur que Spielberg et en tout‑numérique, ce cinquième Indiana Jones ne sera pas le plus marquant visuellement malgré d'énormes efforts consentis par la production qui disposait visiblement d'un budget sans limites : mise en œuvre de la technique de De‑Aging pour l'ouverture du film (séquence elle aussi bien trop longue au passage), nombreux plateaux de tournage (dont le Maroc, l'Écosse), mais aussi beaucoup trop d'effets spéciaux qui nous détachent peu à peu du film et du caractère autrefois presque bricolé de la saga. 

 

Le master intermédiaire 4K apporte une telle précision et un tel piqué d'image que les passages les plus artificiels sautent tout de suite aux yeux, et agacent. Hyper‑post‑produit, le film est certes sublime de prime abord, mais il lui manque aussi cette patine vintage qui nous plaisait tant, et ce malgré la conservation des couleurs dorées d'origine et le travail spécifique réalisé selon les époques traversées. Alors oui c'est très très beau, mais non, ce n'est pas coup de cœur. À la limite, on aurait préféré un parti pris bien plus novateur voire clivant. Mais pas cette copie trop parfaite.

 

Rassurez‑vous, avec ses noirs costauds, cette édition 4K saura contenter tous les fans de technique pure et dure peu portés sur le sens de l'image en général. Un joli ronron 4K qui déroule son aventure sans accrocs, alors que nous aurions justement aimé du tourment, du vent, de l'eau qui mouille, de la sueur et des couleurs plus étendues, moins post‑trafiquées par ordinateur… Une question de goût, nous direz‑vous.

8
10
son

Amusante et festive, taillée pour des aventures rocambolesques qui ne font pas peur, cette bande‑son est parfaitement diffusée sur toutes les enceintes, créant un environnement sonore vaste et particulièrement enveloppant. Il manque toutefois une bonne dose de dynamique qui aurait permis d'appuyer le côté sautillant et exagéré d'Indy, surtout quand ça explose à tout va sur son passage. Les coups sont doux, jamais agressifs. Les armes à feu peu expressives. Les véhicules presque de pacotille. Dommage. 

Une petite déception compensée par un Dolby Atmos qui ne s'économise pas de tout le film, nous douchant de mille et un détails sonores dès qu'il le peut. Les avions, les bruitages, les ambiances de fête à New York, le tintamarre des sabots des chevaux, la découverte de la grotte, on y est de ce point de vue. C'est déjà ça. 

5
10
bonus
- BOF isolée
- Making of (57')

Un making of à l'image du film, qui ressemble à une grosse bande‑annonce avec musique non‑stop et interviews promo face caméra. Rien de vraiment passionnant ou de pris sur le vif au bout du compte, malgré quelques infos à grappiller. On apprend par exemple que le De‑Aging a été opéré grâce à la somme des images de Harrison Ford/Indy détenues par Lucasfilm depuis le début de la saga. Et que plus de 1 000 personnes se trouvaient présentes sur la scène du défilé. Enfin, un cascadeur ressemblait tellement à Harrison Ford qu'il pouvait débloquer le Face ID de l'iPhone du comédien.

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