La bataille de Gaulle, l'âge de fer
17 juin 1940. Les forces du Mal ont envahi la France. Le maréchal Pétain appelle à cesser le combat. Le général de Gaulle quitte alors la France pour l’Angleterre. Sans réel appui politique ni troupes, il va tenter de créer une organisation politique et militaire capable de résister à l’envahisseur : la France libre.
Je vous ai compris
En 2019, le réalisateur Antonin Baudry avait surpris son monde avec la maîtrise et la puissance de son premier film, Le chant du loup, plongée pédagogique et en apnée dans l’univers méconnu des sous‑marins nucléaires. Cette année, avec son deuxième long métrage, il récidive. La bataille de Gaulle, L'âge de fer est une œuvre maîtrisée de bout en bout, à la fois pédagogique et haletante, qui dresse le portrait minutieux d’un homme n’ayant jamais baissé les bras face à l’envahisseur nazi.
Le film n’est pourtant pas exempt de défauts. Il constitue la première partie d’un diptyque. Présenté au Festival de Cannes pour une sortie prévue le 3 juin, ce premier volet sera suivi, dès le 3 juillet, par La bataille de Gaulle, J’écris ton nom.
Adapté de l’ouvrage De Gaulle : une certaine idée de la France de l’historien Julian T. Jackson, ce premier chapitre se concentre sur le moment où de Gaulle devient « Le » de Gaulle, cette figure nationale dont tous les responsables politiques aiment tant se réclamer. À quelques mois de la présidentielle, difficile de croire à une simple coïncidence.
Le film n’est pas un manifeste politique pour autant. Il a cependant le mérite de rappeler clairement ce que la France libre, et donc la France d’aujourd’hui, doit au continent africain et surtout à ses peuples. L’angle choisi par Antonin Baudry consiste à présenter de Gaulle comme une sorte de Don Quichotte solitaire et exilé. Le cœur du film repose ainsi sur la relation presque fusionnelle entre de Gaulle et Churchill, mélange d’admiration réciproque, de coups bas, de trahisons et sans doute d’amitié sincère. Une relation qui finira par façonner l’issue de la guerre.

SP © 2026 Pathé Films/TF1 Films Production/Belvédèr/Auvergne-Rhône-Alpes Cinéma
Simon Abkarian, dans le rôle de Charles de Gaulle, et Simon Russell Beale, en Winston Churchill, impressionnent dans des compositions qui auraient pourtant pu sombrer dans la caricature. Mathieu Kassovitz, qui interprète Darlan, est lui aussi parfaitement à la hauteur. Plus largement, tout le casting rappelle les grandes fresques historiques des années 60, de Paris brûle‑t‑il ? au Jour le plus long. À la fois didactique et spectaculaire, le film passionne, mais il ne trouve réellement son âme qu’à travers le regard porté sur ces trois hommes. Trois visions du patriotisme et parfois du chauvinisme, ou inversement.
Tournée, Général
Malheureusement, La bataille de Gaulle, L’âge de fer souffre aussi des défauts de ses qualités, à commencer par son personnage principal. À aucun moment le film ne tente réellement d’expliquer l’origine de cette obsession de la grandeur française, ni les racines profondes de son obstination. Chez Don Quichotte, cette absence de psychologie fonctionne parce qu’il s’agit d’un personnage de fiction. Ici, de Gaulle apparaît surtout comme un homme borné et inflexible, même si l’Histoire lui a donné raison.
Paradoxalement, le choix de Darlan de suivre Pétain est parfois mieux esquissé que l'entêtement de de Gaulle lui‑même. Il en ressort une vision de l’Histoire parfois un peu simpliste, presque manichéenne. C’était sans doute le prix à payer pour condenser deux années d’Occupation en 2h40.
Le film impressionne néanmoins par son travail de reconstitution. Quelques effets numériques paraissent parfois un peu fragiles, mais l’ensemble reste visuellement splendide, peut‑être même trop élégant puisqu’il s’agit tout de même de représenter les années les plus sombres de notre histoire. La vocation internationale du projet n’y est sans doute pas étrangère.
À force de se concentrer presque exclusivement sur Churchill, Darlan et de Gaulle, le récit laisse malheureusement de côté de nombreux autres protagonistes. Le film donne parfois l’impression d’un « film station de métro », où les grands noms de l’Histoire défilent dans un exercice de name‑dropping permanent. Ce n’est pas vraiment gênant lorsqu’il s’agit de Leclerc ou de Koenig, surtout présents pour accompagner les séquences militaires. La bataille de Bir Hakeim constitue d’ailleurs l’une des grandes réussites du film. En revanche, l’histoire d’amour ajoutée au récit paraît artificielle, pratique scénaristiquement et assez peu soucieuse de vérité historique.
Un film pédagogique avant tout
Reste surtout la vraie fausse bonne idée du film : la tentative d’humour portée par le personnage interprété par Karim Leklou. Le résultat tombe presque toujours à plat et paraît totalement incongru dans cette fresque monumentale. Le personnage semble souvent inutile, d’autant que le film s’autorise déjà quelques respirations plus légères qui fonctionnent bien mieux.
La grande force de La bataille de Gaulle, L’âge de fer reste finalement sa dimension pédagogique. Le film ressemble à un immense livre d’histoire raconté par un professeur passionné. On aurait peut‑être aimé, en plus, découvrir davantage l’homme derrière l’icône. Mais cela aurait sans doute fait basculer le projet vers l’hagiographie, ce que le film tente justement d’éviter.
Le récit s’achève avec la mort de Darlan. Reste désormais à attendre la suite.