20 septembre 2011 - 11h57

La règle du jeu

année
1939
Réalisateur
InterprètesMarcel Dalio, Jean Renoir, Nora Gregor, Roland Toutain, Gaston Modot
éditeur
genre
sortie
04/06/2025
notes
critique
10
10
label
A
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À l’occasion d’une partie de chasse en Sologne, chassés‑croisés incessants entre des aristocrates et leurs domestiques qui, chacun à leur échelle, vont connaître les mêmes tourments. Avec La grande illusion, voici le film le plus célèbre et le plus étudié de Jean Renoir. Mais lors de sa sortie, La règle du jeu connaît un échec cuisant et sera retiré de l’affiche, pour ne réapparaître sur les écrans qu’en 1945.

 

Sous ses airs de comédie bourgeoise, La règle du jeu décortique les jeux de pouvoir entre les classes sociales et délivre un constat pessimiste sur la nature humaine. Les personnages idéalistes meurent, comme les animaux d’ailleurs, tandis que les manipulateurs et les menteurs leur survivent. Notons que Renoir apparaît sous les traits d’Octave, spectateur de ce drame de velours qui vire à la tragédie, et seul personnage du film à faire le lien entre les deux mondes. L’un des films majeurs du cinéma français.

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4k
blu-ray
cover
Tous publics
Prix : 39,99 €
disponibilité
02/06/2025
image
1 UHD-66 + 2 BD-50, 107', N&B
2.35
HD 2 160p (HEVC)
HDR Dolby Vision
HDR10
16/9
bande-son
Français DTS-HD Master Audio 2.0
sous-titres
Français
6
10
image

Entièrement restaurée après un long processus de remontage à partir de multiples copies retrouvées après‑guerre (le négatif original fut détruit par un bombardement), l’image N&B du film de Renoir voit, avec ce nouveau master 4K, ses défauts d'origine réduits au minimum. Les contrastes font leur possible et la définition tient bon la barre la plupart du temps. Pour un film de cet âge et d'une telle beauté (voir la scène tout en profondeur du couloir du château ou encore les travellings latéraux lors de la partie de chasse), avouons notre intense plaisir de le redécouvrir en 4K, même si le rendu ne diffère pas grandement finalement du précédent Blu‑Ray. Alors oui, de légers fourmillements demeurent et le temps a fait son œuvre, certains plans issus de divers matériaux sont clairement moins bons, mais cette édition 4K HDR Dolby Vision apporte de la lumière à un ensemble globalement plus frais qu'auparavant. Ne pas le revoir serait une gageure. 

7
10
son

Tout va bien côté son aussi. Exit la piste 5.1 du précédent Blu‑Ray pour ne garder qu'une stéréo tout à fait correcte qui permet aux thèmes classiques de Chopin, Strauss, Mozart et consorts de retrouver entrain et vigueur. On est même loin des bandes‑son acides et étriquées de feu le DVD. Tout le travail sonore autour du film, véritable fil conducteur de l'histoire (et ça commence dès la première séquence), nous apparaît à chaque visionnage encore plus fort et novateur. Un régal autant visuel que sonore. 

10
10
bonus
- Présentation du film par Jean Renoir (6')
- Commentaire audio d'Alain Curchod, historien du cinéma et spécialiste de Renoir
- Jean Renoir le patron (1966), document signé Jacques Rivette dans le cadre de la collection TV Le cinéma de notre temps (56')
- Alain Curchod présente La règle du jeu (28')
- Ma Règle du jeu avec les réalisateurs Claude Chabrol et Noémie Lovsky, le chef déco Guy-Claude François et le directeur photo Edouardo Serra (16')
- Reconstituer La règle du jeu (Ina 1965) (10')
- La règle du jeu par François Truffaut (1972) (23')
- Dialogue entre Arnaud Desplechin et Jean Douchet en 2014 (nouveau) (49')
- La règle du jeu musical (nouveau) (39')
- Extrait sonore de l'opéra comique Le déserteur par Musigny (nouveau) (4')
- Livre de 64 pages par Charlotte Garson
- 4 reproductions d'affiche au format cartes postales

On retrouve sur ce Collector limité presque tous des bonus présents sur le DVD et le Blu‑Ray du film sorti précédemment aux Éditions Montparnasse, complétés de quelques belles nouveautés. On y (re)découvre ainsi un Jean Renoir gouailleur, piquant et « cash », comme l'on dirait aujourd'hui. Sa courte présentation du film est à voir absolument (6'). Il explique notamment son désir de retourner aux classiques de la littérature (Marivaux, Beaumarchais, Musset), mais revient aussi avec drôlerie « sur la tape » qu'il a prise lors de la première sortie du film (comprendre « coup de bambou » pour cause d'insuccès du film…). À bien des égards, son discours est visionnaire.

 

Suit une série de commentaires et de documentaires passionnants, d'époque ou plus récents, revenant par exemple sur les génériques séparés femmes (en premier)/hommes (en second), les nombreuses références du film au XVIIIe siècle, l'histoire de sa folle restauration en 1959 et de son montage d'origine, ou encore la méthode très particulière de travail de Renoir sur un plateau de tournage.

 

Des compléments mettant toujours la forte personnalité de Renoir en avant (il se met d'ailleurs parfois en scène, à la manière d'Alfred Hitchcock). Autre passage intéressant, le ressenti de quatre personnalités du cinéma au sujet de La règle du jeu ou d'une de leurs scènes préférées. Certains expliquent ne pas avoir tout de suite saisi l'importance capitale du film, pour finalement être emportés par la beauté du cadre, le sens du rythme et la mise en scène brillante du maître. 

 

Parmi les nouveautés : l'analyse passionnante de Philippe Roger d'un point de vue sonore, maître de conférences en études cinématographique (il évoque notamment la caméra‑micro de Renoir : le son guide l'image et impose parfois un travelling uniquement pour happer une petite phrase) ; l'extrait de l’opéra‑comique Le déserteur (Collection Philippe Morin) ; le dialogue entre Jean Douchet et Arnaud Desplechin datant de 2014 à la Cinémathèque française (l'historien nous rappelle que le film comporte pas moins de huit personnages principaux et autant de secondaires, et met l'accent sur le jeu avant‑gardiste pour l'époque des comédiens et de Renoir lui‑même) ; ou encore la présentation avant/après visionnage de François Truffaut (dont c'était le film préféré, le « Citizen Kane français ») en compagnie d'auteurs, journalistes et scénariste (Jean‑Loup Dabadie). Tout est passionnant, succulent, essentiel. Un grand bravo à Rimini d'avoir réuni autant de pépites autour de ce film majeur. 

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