La tour de glace
Dans les années 1970, une adolescente orpheline trouve refuge dans des studios de cinéma où se tourne une adaptation du conte La reine des neiges, d’après Hans Christian Andersen. Elle y croise Cristina, l’actrice principale, qui décide de prendre la fugueuse sous son aile.
Au bout du conte
Lucile Hadžihalilović n’est pas une réalisatrice prolifique. Avec seulement quatre films en vingt ans, elle poursuit pourtant avec constance un cinéma exigeant, singulier et profondément personnel. Compagne de Gaspar Noé, qui incarne ici le réalisateur du film dans le film, elle partage avec lui un goût certain pour les expériences cinématographiques radicales. Inutile donc d’espérer une relecture du conte qui ferait pâlir la version popularisée par Disney.
Ici, le cinéma est envisagé comme un terrain d’expérimentation artistique. La tour de glace se déploie comme un objet presque contemplatif, volontiers esthétisant. Chaque plan semble composé avec une précision quasi picturale, comme un tableau soigneusement agencé.
Sans doute réalisé avec des moyens limités, le film n’en demeure pas moins d’une beauté saisissante, froide mais étrangement hypnotique. À l’image de Marion Cotillard, évanescente en diva du cinéma, à la fois protectrice et vampirique. Magnétique, l’actrice choisit une interprétation étonnamment retenue, évitant les excès d’un rôle qui aurait facilement pu sombrer dans la caricature. Peu présente à l’écran, elle impose pourtant une fascination immédiate à chacune de ses apparitions.

Froid comme la glace
Le monde du cinéma dépeint par le film apparaît troublant, presque toxique, même si ce n’est pas là son véritable sujet. Très contemplatif, La tour de glace entraîne surtout le spectateur dans un univers onirique, presque irréel, mais parfaitement assumé. Libre à chacun d’adhérer ou non à cette proposition, car il s’agit bien d’une expérience.
À travers le parcours (ou peut‑être l’enfermement) de son héroïne, le film évoque avant tout le passage à l’âge adulte. Un thème classique, raconté ici sous le prisme du rêve et du symbolisme.
C’est souvent très beau, parfois un peu long. Film de silences plus que de mots, il séduit par sa mise en scène. Mais malgré sa grâce plastique, La tour de glace laisse au final une impression persistante de froideur qui laisse de glace.
Pas tout le monde puisque le film a décroché l'Ours d'argent de la Meilleure contribution artistique à la dernière Berlinade.