Man on Fire
Avant même sa conception, rien qu’envisager une adaptation en série du roman Man on Fire et passer après le petit chef‑d’œuvre de Tony Scott, porté par Denzel Washington, Christopher Walken, Mickey Rourke et Dakota Fanning, il fallait oser. Ils l’ont fait. Et le résultat est plus que mitigé.
Autant l’écrire tout de suite : le seul véritable point positif de cette adaptation en 7 épisodes du roman d’A.J. Quinnell, développée par Kyle Killen, reste la performance de Yahya Abdul‑Mateen II. En succédant à Denzel Washington dans la peau du mercenaire vengeur John Creasy, l’acteur fait mieux que simplement reprendre le rôle. Il ne tombe jamais dans l’imitation ni dans la caricature, il joue sa propre partition. Sa performance est suffisamment solide et étonnante pour être soulignée.
La vengeance pas dans la peau
Le vrai problème, justement, c’est la partition. Dans les deux précédentes adaptations du livre de 1980, où Creasy, personnage ultra‑entraîné brutal et sans remords, d'abord incarné par Scott Glenn puis par Denzel Washington, la vengeance était présentée comme une force qui ronge l’âme. Dans la série Man on Fire, elle devient résolument source d’optimisme et permet de se faire des potes, voire de se reconstruire une nouvelle famille. Un changement de ton radical, particulièrement gratuit ou stupide, cochez la case qui vous convient.

On se rapproche plus ici de The Night Agent que du mercenaire torturé et introspectif des deux films. Certes, le Creasy de Netflix est hanté, alcoolique, et lorsqu’il repense à son traumatisme initial, il tombe dans les pommes. Mais il sait aussi piloter un avion. Bref, la série n’est qu’une succession de scènes d’action invraisemblables et sans réelle tension, entrecoupées de séquences de torture qui n’exploitent jamais son matériau de départ : le retour à une humanité au contact d’une jeune fille, puis la vengeance, le chaos et le sacrifice.
Man on feu follet
En mal de propos cohérent autour du parcours obsessionnel de son héros et tout juste passable en elle‑même, la série devient médiocre lorsqu’on la compare au film de Tony Scott. Sans parler de Poe, interprétée par Billie Boullet, qui n’est qu’un archétype dont le scénariste ne sait visiblement pas quoi faire. Dans le film de Tony Scott, Dakota Fanning livrait une performance qui permettait de comprendre comment cette petite fille pouvait, temporairement, rendre John Creasy humain à nouveau. Ici, on comprendrait surtout qu’il laisse tomber avant même de commencer, retourne se coucher, et nous avec.