Obsession
Après avoir brisé un mystérieux jouet à vœux, un jeune introverti désespéré obtient exactement ce qu’il demandait : gagner enfin le cœur de celle qu’il aime. Il découvrira à ses dépens que certains désirs ont un prix.
Quand tu te sens plus chatte et que tu deviens chienne
Après un premier moyen métrage très remarqué, Milk & Serial (facilement visible en ligne), le réalisateur Curry Barker est rapidement repéré par les productions Blumhouse, spécialistes des films d’horreur fauchés mais malins (The Purge, M3gan, Split ou encore Get Out). Avec Obsession, son premier long métrage, le jeune réalisateur ne trahit ni la confiance que lui a accordée Jason Blum, ni le chèque qui certainement l’accompagnait. Sans surprise, son film s’apparente à un long épisode de La quatrième dimension, en un peu plus pervers.

Le réalisateur Curry Backer sur le tournage d'Obsession © Le pacte
L’histoire est simplissime, les personnages et les décors peu nombreux et les rebondissements assez attendus. C’est de prime abord ce que l’on peut lui reprocher. Malgré ce manque d’originalité, le plaisir du spectateur est bien là. Curry Barker sait tenir une caméra et diriger un casting. On sursaute, on est tour à tour effrayé puis dégoûté : le contrat tacite avec le spectateur est respecté. Malin et jouissif, on reconnaît la patte Blumhouse, celle de ses meilleurs jours.
Il faut dire que, dans le rôle de l’amoureuse à mort, Inde Navarrette (Nikki) est franchement flippante. Vous n’oublierez pas de sitôt sa façon de regarder dormir son chéri ou de lui préparer des lunch boxes avec amour. C’est clairement la révélation du film. Face à elle, Michael Johnston incarne à la perfection Bear, un personnage limite incel, tout aussi inquiétant dans son rapport aux femmes. Un héros qu’il devient de plus en plus difficile d’apprécier à mesure que le film avance. Il est d’ailleurs assez énervant.
C’est une des forces d’Obsession : sous ses airs de film d’horreur pour ados se cache en réalité une métaphore assez fine de l’emprise masculine. Un bon film d’horreur est souvent un film qui fait peur tout en ayant du fond, qui nous parle du monde qui nous entoure. Obsession remplit ce contrat allègrement, sans pour autant oublier de divertir.
L’amour à mort
Peu à peu, notre regard sur Nikki évolue. Elle reste effrayante, bien sûr, mais notre perception de Bear, l’ours bien nommé, se fissure à mesure que le film avance. La victime, à la fin, n’est plus vraiment celle que l’on croyait au début. Obsession délivre finalement un message assez fort sur les relations hommes/femmes, avec une démonstration plutôt implacable, efficace, voire brutale. Et les rares instants de lucidité de Nikki n’en sont que plus glaçants.
Malin, le réalisateur s’amuse avec les codes de l’horreur et les attentes du spectateur, préférant s’appuyer sur l’ambiance, la musique ou encore les clairs‑obscurs (superbe image) pour installer l’angoisse. Les jump scares ne sont pas si nombreux, mais on ne reste pas pour autant confortablement enfoncé dans son fauteuil. Il évite l'humour potache et les fioritures, va à l'essentiel.
Comme le veut la tradition du genre, le troisième acte est bien sanglant, à la limite du gore, sans jamais basculer complètement dans le grand‑guignol. Cerise sur le gâteau, grâce à un petit twist final, la morale est sauvée de justesse. Et avec un tel point de départ, ce n’était pas gagné.
Curry Barker : un réalisateur qui se déguste, assurément à suivre.