Pirouette fatale
Il y a certains plaisirs coupables dont il ne faut pas se priver. Et même si le titre français trahit à lui seul un manque total d’imagination doublé d’un assez mauvais goût, la bande‑annonce de cette comédie horrifique laissait espérer du fun, du gore, et surtout des protagonistes un peu moins convenus que d’habitude, puisqu’il s’agit ici de ballerines.
Tout commence comme un banal film d’horreur de série B : un bus rempli de danseuses, en route pour l’opéra, tombe en panne au fin fond de la pampa hongroise et se retrouve coincé dans une auberge. C’est là que le scénariste commence à tirer la nappe : l’établissement est tenu, comme par hasard, par une ex‑ballerine devenue figure de la mafia locale, et sert de repaire à une faune criminelle peu recommandable. Bon, admettons, on a vu pire. D’autant que l’ex‑ballerine vieillissante est incarnée par Uma Thurman avec une certaine gourmandise. Son imitation de l’accent hongrois reste certes à revoir, mais elle s’en sort encore mieux que Vincent Elbaz dans la saison 1 de BRI, ce dont on ne s’est toujours pas remis.
Bain de sang en tutu
Grâce à quelques scènes d’action plutôt bien troussées, qui exploitent intelligemment les capacités spécifiques des ballerines lancées dans un carnage contre une bande de criminels hongrois, le film parvient d’abord à faire oublier des dialogues indigents et des personnages d’une rare crétinerie. Mais dans sa seconde moitié, le bain de sang en tutu marque sérieusement le pas. Les scènes répétitives s’enlisent dans des considérations absurdes et ridicules, l’opéra gore vire au grotesque, et les personnages, pourtant tous correctement incarnés, sont si mal écrits que la chute, après l’élan du début, en devient vertigineuse. Quant au final, il se révèle d’une nullité sans artifice.
Bref, on y a cru : le potentiel ballerinesque n’est au final que très peu exploité et les clichés du genre finissent par envahir l'écran. La promesse était sympathique, elle n’est pas tenue. Reste malgré tout le charme et le talent des jeunes ballerines, qui méritaient d’être nettement mieux servies.