Spartacus : House of Ashur
Déclarer que la série Spartacus n'est qu'un simple plaisir coupable blindé de sang et de sexe à en faire passer Game of Thrones pour une série pour enfants serait réducteur (mais pas totalement faux). Grâce notamment à ses personnages mémorables et à son sens du spectacle épique jusqu'à sa conclusion en 2013, la série de Starz est devenue un produit assez addictif, dans son genre. Alors, quand des années après, la chaîne a annoncé la mise en chantier surprise d'une suite, nous étions comme des enfants à la cantine après l'annonce d'un rab' de frites.
Dans Spartacus : House of Ashur, le créateur Steven S. DeKnight est de retour avec une idée originale pour justifier ces nouveaux épisodes : et si le personnage d'Ashur n'était pas mort sur le mont Vésuve à l'issue de la deuxième saison et avait plutôt aidé Crassus à stopper la rébellion de Spartacus ? En récompense pour ces services, le vil et ambitieux Syrien hérite alors du ludus du défunt Batiatus pour monter sa propre école de gladiateurs. Un sympathique what if donc, qui permet non seulement de faire revenir un personnage aussi détestable que formidable, mais aussi d'explorer la suite de l'Histoire romaine avec un grand H.
Avec des Scythes, on ne fait pas rien
On pourrait en effet découper l'intrigue de Spartacus : House of Ashur en deux axes. Le premier permet de s'approcher d'une certaine Rome avec moult mentions de personnalités iconiques de cette période comme César (de retour sous de nouveaux traits), Crassus et Pompée. Même si les intrigues du célèbre triumvirat sont majoritairement évoquées de loin depuis Capoue et qu'il n'est pas question de voir Rome, la série reste hautement politique avec ses nombreuses intrigues et trahisons. Sans surprise, le retors Ashur se sent comme un poisson dans l'eau malgré de nombreux déboires dus à ses erreurs et au mépris dont il fait toujours l'objet.
L'autre axe de cette « suite » est davantage centré sur le ludus et rappelle fortement la première saison de Spartacus. Avec l'arrivée dans l'école de gladiateurs d'une toute première gladiatrice, de fortes tensions vont naître (y compris chez les spectateurs qui croient au « wokisme »). Le personnage indésirable incarné par l'habitée Tenika Davis va devoir se faire sa place à grands coups d'épée et de bouclier. Les similitudes avec la première saison de Spartacus, avec qui elle partage une certaine dynamique et de nombreux lieux, ne s'arrêtent pas là dans cette série qui a parfois un air de déjà‑vu. Mais celle‑ci tient cependant plus de la suite sympathique que de la redite inutile ou du spin off indépendant.
Les références à Spartacus et à acolytes décédés sont très présentes (pour faire office de récap' bienvenu, mais aussi de fan service), on regrettera cependant une réelle absence de conséquences à la rébellion parmi les gladiateurs. Aucun ne semble vouloir se révolter de nouveau (bravo la Via Appia), et cette absence de tension liée à des événements historiques majeurs joue en la défaveur d'une série qui semble évoluer sans direction précise en dehors de suivre l'Histoire. En tout cas durant la première moitié de la première saison. La seconde se libère véritablement de ses fers et ose beaucoup plus que la première, un peu sage, en adoptant pleinement son statut de what if absolument jouissif.

Un spectacle de gladiateurs qui Ashur
Comme sa grande sœur, Spartacus : House of Ashur est toujours aussi frontalement ouverte sur la sexualité, la question de l'esclavage et des sujets sociétaux connexes. Riche sur le fond, elle est aussi un vrai plaisir à regarder pour qui aime le spectacle graphique dans le lit ou dans l'arène. Cela est permis évidemment par ses combats toujours aussi sanglants et sans filtres, très bien filmés, chorégraphiés et soutenus par un pan technique logiquement un peu plus réussi que par le passé. Pas de panique, tout le cachet kitsch du show original est toujours là.
On aime aussi toujours autant les dialogues, comme par le passé extrêmement savoureux en VO en mêlant comme personne langage extrêmement soutenu et vulgaire. Enfin, si Spartacus : House of Ashur peine un peu à créer de nouveaux personnages aussi cool que Crixus ou Gannicus, de nouveaux venus sont un réel plaisir à aimer ou à détester. Mention spéciale au doctore incarné par Graham McTavish, qui nous ferait presque oublier Oenomaus. Impossible également de ne pas saluer le travail de Nick E. Tarabay, dont son Ashur fait jongler les sentiments du spectateur en permanence.
Reste désormais à voir où l'hypothétique et espérée saison 2 de Spartacus : House of Ashur ira. Mais étant donné les ultimes épisodes de la première, autant vous dire que nous avons hâte. AVcesar.